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vendredi 29 mars 2019

26 mai 1926: la reddition d'Abdelkrim

Abdelkrim avec des officiers français lors de sa reddition

Le 26 mai de chaque année, les Rifains commémorent la reddition d'Abdelkrim, un événement qui a mis fin à une guerre sanglante entre les Rifains d'un côté et la France, l'Espagne et le sultan marocain de l'autre côté.

Refusant d'être un subalterne et un vassal, l'homme qui mena la guerre du Rif et le père spirituel de la lutte anticolonial, a capitulé un 26 mai 1926, un événement qui habituellement passe sous un silence officiel et officieux, comme la plupart des événements qui ont corrélation avec cet homme. La capitulation d'Abdelkrim était la fin d'une époque glorieuse et pénible à la fois. Glorieuse avec les succès et les victoires consécutives remportées par les Rifains sur les troupes espagnoles et françaises, ces victoires qui inspirèrent Hô Chi Minh, Che Guevara, Mao Tsé-Toung et l'ensemble des peuples colonisés, sans oublier l'admiration du Mahatma Gandhi qui salua les succès des Rifains. Pareillement, cette époque était douloureuse et triste avec ses armes chimiques larguées sur la population en faisant des dégâts monumentaux et atroces aux niveaux humain et matériel, afin d'obliger les Rifains à assujettir. Ce sont ces armes chimiques qui obligèrent Abdelkrim à se rendre, claironnant le jour de sa capitulation :« Nous n'avons pas été vaincus par le courage et la vaillance de vos soldats, mais nous avons été vaincus par vos forces mécaniques et vos armes chimiques ».
La reddition d'Abdelkrim El Khattabi
Devant l'omnipotence de deux superpuissances européennes avec force armement et prééminence en nombre, 325000 hommes pour venir à bout de la guerre du Rif, de surcroît, les quatre cinquièmes de la population du Maroc qui avait fourni les supplétifs pour appuyer l'armée française, alors qu'Abdelkrim disposait seulement d'une fraction des Aïth Znassen de 75000 hommes environ, dont 20000 armés(1), face au froid, à la faim et à l'absence de médicaments, Abdelkrim préfera capituler sous condition pour une sorte honorable(2), parmi ces conditions, l'amnistie générale pour tous ses hommes(3). Avec un groupe de ses combattants, Abdelkrim monta sur son cheval, et se dirigea vers Targuist, dès son arrivée, il contacta les autorités françaises, annonçant sa reddition, ce qui fut accepté par les Français.
Après la reddition, en vertu d'un Dahir chérifien, de centaines des familles rifaines furent déportées vers Meknés, Fés, El Hadjeb, Zerhoun et Sidi Kassem et de nombreuses terres furent confisquées(4).
Abdelkrim préféra se rendre aux Français
Devant la situation critique et intolérable, Abdelkrim avait la totale conviction de se rendre aux Français plutôt qu'aux Espagnols, parce que ces derniers le haïssaient à cause de la sanglante guerre dont il dirigeai, qui coûta la vie à plus de 500000 soldats et officiers et les obligea à dépenser la quasi-totalité de budget de l'État espagnol sur la guerre(5). Ainsi, Abdelkrim pensait que les Français se comporteraient envers lui avec considération, à l'opposé des Espagnols.
A cet égard, Abdelkrim sollicita du gouvernement français, la protection urgente pour sa famille laissée à Kammoune, de sa part, le gouvernement français répondit favorablement à sa demande en envoyant une armée vers Kammoune et en demandant aux Espagnols cesser leurs attaques, ainsi ces derniers se résignèrent à accepter la demande avec une certaine amertume, car Abdelkrim et sa famille leur avaient échappé(6), alors que ceux-là auraient l'intention de l'arrêter et de le juger.
Le 2 septembre 1926, Abdelkrim et tous les membres de sa famille, furent envoyés en exil dans l'Île de la Réunion à l'océan Indien, après qu'Abdelkrim conseilla ses combattants de quitter le Rif, car l'Espagne avait l'intention d'arrêter les gens qui se trouvaient dans sa liste noire(7).
Les vainqueurs d'Abdelkrim El Khattabi
Après la reddition d'Abdelkrim, les vainqueurs de la guerre du Rif vécurent un moment d'euphorie en dit long sur l'ampleur de défi qu'avait incarné Abdelkrim pour eux, ainsi qu'ils s'échangèrent des compliments et des félicitations, à cette occasion le général Théodore Steeg qui gouvernait le Maroc du 27/9/1925 au 30/11/1928, adressait une lettre de félicitations au sultan Youssef (8).
Et à l'occasion du 14 juillet 1926, le sultan Youssef fut invité à un dîner par le président de la République française Gaston Doumergue (1924 -1931) pour fêter le triomphe de la coalition des vainqueurs d'Abdelkrim, le dîner rassemblait Aristide Briand, président du Conseil, entouré d’Édouard Herriot, Paul Doumergue et Philippe Pétain, du dictateur espagnol Primo de Rivera et du sultan marocain Youssef. Rappelez-vous que l'histoire est impitoyable !
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(1)Edgar Faure. Mémoires II. Paris, 1984, P.240
(2)Mimoun Charqi, My. Mohamed Abdelkrim El Khattabi. L'Émir guerrillero, p.166
(3)Fernando p. De Cambra. Op. Cit. P.50
(4)Le bulletin officiel de la zone du protectorat espagnol au Maroc,1926, pages 507-508 et pages 683-684
(5)Mohamed Omar Belkadi, Le lion du Rif, Mohamed Abdelkrim El Khattabi, p.164
(6)Mohamed Omar Belkadi, Le lion du Rif, Mohamed Abdelkrim El Khattabi, p.166
(7)Mohamed Omar Belkadi, Le lion du Rif, Mohamed Abdelkrim El Khattabi, p.168
(8)Afrique francaise : N0 7, 1926

Par la rédaction

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