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mardi 21 mai 2019

Quand Hassan II et la France guerroyaient contre les Rifains

Rif 58/59: Briser le silence



En dépit de la croissance spectaculaire qu'a connue le nord du Maroc ces dernières années et que la réalité berbère commence à être reconnue, il reste encore des causes économiques et sociales qui ont ravivé la flamme du mécontentement et des protestations de la population du Rif, dirigé à cette occasion par Nasser Zefzafi, un jeune homme d'Al Hoceima, l'ancienne ville espagnole Sanjurjo. La région d'Al Hoceima, fief de Beni Ouriaguel, a été le foyer traditionnel de la résistance rifaine, contre les troupes du sultan du Maroc, contre les Espagnols et en 1958 également contre le nouveau gouvernement issu de l'indépendance du pays.

L’indépendance du Maroc, réalisée en deux temps, d’abord la zone administrée par la France et peu de temps après la zone espagnole, a été l'occasion pour le peuple rifain de voir comment les autorités coloniales espagnoles ont été remplacées par des autorités originaires des régions arabophones du sud du Maroc, majoritairement du parti Istiqlal, qui ne connaissait ni la langue ni les coutumes millénaires des Berbères. Ce changement d’administration a également entraîné une modification de la législation, de la langue officielle, de la monnaie et du système éducatif en vigueur dans l’ancien territoire espagnol pour celui importé de la zone méridionale du Maroc, administré par la France. Tout cela était lié à une grave crise économique générant de graves troubles dans tout le nord du Maroc, car ils ne voyaient pas que le nouveau gouvernement était intéressé par le développement de cette région.

Bien que Mohamed V ait obtenu avec son action personnelle que la grande partie de l’Armée de Libération, formée dans la vieille zone espagnole et ayant combattu contre les Français, s’est unie à l’Armée Royale, formée en grande partie par de vieux soldats des forces coloniales françaises, avec ce que que de nombreux combattants armés se retiraient des luttes possibles, elle est restée la cendre de l'esprit de résistance de nombreux Rifains qui ne voyait pas dans le développement des événements que leurs demandes allaient être satisfaites. Abdelkrim, le chef de la résistance contre l'Espagne et la France, n'a pas voulu retourner au Maroc après l'indépendance pour protester contre cette situation, qui a enflammé ses anciens partisans qui ont manifesté jour après jour et manière de plus en plus virulente. De même, Abdeljamik Torres, l'un des principaux dirigeants politiques du nord du Maroc, a vivement critiqué la politique du gouvernement à la radio Tétouan avant de partir en tant qu'ambassadeur au Caire. Mohamed V a décidé de placer le général Mizzian à la tête des troupes stationnées dans le nord du pays, celui-ci né dans la région de Guelaya, près de Melilla, avait fait sa carrière militaire au sein de l'armée espagnole combattant contre Abdelkrim et, plus tard, contre la République espagnole, sous les ordres de Franco.

Mizzian, qui connaît la région et ses habitants, a tenté en vain de pacifier les esprits, mais les événements ont été précipités au cours de l'année 1958. De nombreux Rifains ont quitté des villages pour pénétrer dans les montagnes où ils ont entamé une guerre de guérilla contre les forces gouvernementales. Les médias liés à l'Istiqlal ont accusé l'Espagne de soutenir le mouvement du Rif depuis Ceuta et Melilla, en plus du fait que de nombreux Espagnols vivaient encore dans l'ancien protectorat et que les troupes espagnoles n'avaient pas fini de se retirer. Dans la région d'Al Hoceima, les troupes espagnoles étaient encore cantonnées à ce moment-là. Cela a rendu la position officielle espagnole prudente et favorable à Mohamed V. Dans la presse espagnole, ils ont voulu voir la rébellion comme une protestation contre les autorités locales et non contre le roi. Dans l’ABC du 6 décembre 1958, on peut lire: Les habitants veulent être administrés par des autochtones de la région qui parlent les dialectes locaux et comprennent ainsi mieux les préoccupations et les problèmes de chacun.

Les dernières tentatives de médiation avec les Rifains n'ont pas abouti. Début janvier 1959, un contingent marocain de 20 000 hommes, soutenu par la France et commandé par le futur Hassan II et le colonel Oufkir, a atterri à Tanger et à Al Hoceima avec infanterie, voitures de combat, artillerie et aviation qui a bombardé les positions rifaines, les villes et villages de montagne, des faits qui ont été dénoncés par Abdelkrim depuis Caire. En mai 1959, on considérait que le soulèvement avait été réprimé.

Il y a des milliers de victimes parmi les morts, les disparus et les blessés. Les détenus ont subi des actes de torture et des mauvais traitements qui ont été signalés à l'instance Équité et réconciliation créée par l'impulsion de Mohamed VI en 2004.





Par Carlos Esquembri
Lire l'article original en espagnol






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