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samedi 1 juin 2019

Chants de femmes rifaines : une image, une identité

Aith Turirth 1962.


La tradition orale de l’« izri » rifain qui caractérise la poésie populaire d’une manière générale et le chant des femmes, en particulier ; qui fait partie de ce patrimoine de l’oralité était et continue de l’être, d’un degré moins marquant, très productif. La richesse de la culture rifaine s’est imposée à travers des ensembles signifiants tels les contes, les chants, les proverbes, les énigmes etc. Au moyen de cette production culturelle diversifiée la société rifaine confirme son identité et garantit sa continuité dans le temps selon les mots de l’auteur Monsieur Moumen Chikar lors d’une communication où il suggère des remarques et des interrogations qu’il propose désambiguïser tout en abordant un ensemble de principaux thèmes qu’actualise la femme rifaine par ses chants.

Le chant des femmes rifaines occupe une place importante dans le système socioculturel rifain et la preuve selon l’auteur en est dans un fait historique qui est en rapport avec l’interdiction de la poésie et le chant pendant la guerre du Rif dans les années 1920. En effet, Abdekrim El khattabi qui était, à cette époque, à la tête de la résistance à l’occupation espagnole avait prohibé, à la suite d’un profond désarroi qui toucha la population rifaine à cause des pertes humaines à la guerre et de la misère , les chants ainsi que la danse des femmes mariées, veuves ou divorcées et pour les hommes il avait interdit le chant de profession religieuse « La Ilaha Illa Llah » dans les tranchés de combat parce que pour lui les mosquées étaient l’endroit convenable pour le faire. Quant aux rites et cérémonies traditionnelles du mariage étaient réduites à une durée de trois jours au lieu de sept comme il était de coutume.

Abdelkrim comme chef religieux et militaire était une personnalité qui jouissait d’une grande respectabilité parmi les tribus, mais il n’était pas à l’abri des critiques. De la même manière que la population rifaine a dénoncé sa décision de mettre l’armée espagnole battue à l’abri des attaques des rifains dans Mont Aroui, le nouvel ordonnancement juridique lui aussi a été critiqué et des femmes rifaines qui par un chant lui imploraient de revenir sur sa décision :

A yarebbi ad tehdid ad anex yewc ttesriḥ
Ad anex yuc ttesriḥ x lalla buya d cdiḥ
A sidi Muḥend ma war iḥin wur nnec
Aqqac ralla buya tekkes zi tmurt nnec

L’auteur examine aussi l’actualisation du chant rifain dans différentes circonstances, au moment de joie ou au moment de deuil. Il nous explique que la femme veuve rifaine qui ne se remarie pas et meurt, est considérée comme une sainte et qu’elle ira au paradis et c’est en lançant des youyous et des chants qu’on l’accompagne pour être enterrée.




L’auteur dit qu’il y a aussi un autre type de chant de femmes dans les moments douloureux et dans un autre contexte. Il s’agit d’un chant chanté à l’occasion de la disparition ou de la mort d’un jeune célibataire qui lui aussi occupe une dimension religieuse aussi marquée que la précédente chez les femmes rifaines. Le jeune dans ce contexte est un saint et il va se marier dans le paradis.

Il conclut à ce sujet que le chant rifain chez la femme comme chez l’homme ne reflète pas seulement le divertissement, la joie et le bonheur mais aussi le désarroi, la souffrance et tout trouble psychique interne.

D’autre part et en dehors de ces contextes cités ci-dessus par l’auteur, celui-ci nous révèle la vraie situation sociale du chanteur « amedyaz » et de la chanteuse « tamedyazt » dans la société rifaine. Il est d’après lui une personne mal vue et méprisée. Pis encore, malgré son rôle et sa fonction qui consiste à calmer les âmes bouleversées et à exalter les sentiments de bonheur chez les rifains, ces derniers ne lui permettent pas d’avoir ordinairement, lors de sa mort, un enterrement digne comme les autres. Le chanteur se sent rejeté et c’est pour cela qu’il exprime dans ces vers en s’interrogeant comme étant lui aussi autochtone s’il n’a pas de droits comme les autres :

Mali wah ya mali
Axmi wa da nexriq axmi wa da neymi
Axmi wa da neḥtic tamensixt d imendi
Axmi wa da necci axmi wa da neswi
Axmi wa da nezzi tifunasin uɣi

L’auteur répond par l’affirmatif quant à une autre interrogation qui s’ajoute aux précédentes et ce à propos de l’évolution du chant de la femme rifaine. La manière de concevoir l’« IZRI » traditionnel et la thématique de chant féminin ont remarquablement progressés. La démarcation au niveau de la création poétique de la femme contemporaine, aspirant au changement, par rapport à ses prédécesseurs lui a permis de d’aborder une thématique poétique large et d’actualité.

Tout chant, toute danse et toute poésie en générale ne faisant pas référence à « ralla buya » s’éloigne de l’identité rifaine. Mais le contexte historique et sociale de l’apparition de ce phonème reste une énigme malgré quelques apports de certains chercheurs comme l’anthropologue David Hart et le colonel espagnol Emilio Blanco Izaga. Il y a aussi la thèse selon laquelle que ralla buya était une femme charismatique qui a réussi à unir les tribus rifaines et régner sur tout le territoire rifain.

A la fin de sa communication, Monsieur Chikar, établi une liste de principaux thèmes qui apparaissent dans la poésie contemporaine chez la femme rifaine et qu’on peut résumer ainsi :




-Thème de souffrance chez Aicha Bousnina
-Thème de la terre, la langue, l’identité chez Fadma El Ouriachi et surtout le thème obsessionnel de la quête d’un amant inconnu.
-La révolte contre les conditions de la vie traditionnelle chez Rachida Mayssa et Rachida El Marraki
-Le rejet de colonisateur

L’image reflété fidèlement par toute cette poésie est unique et ne peut être que la mentalité des rifaines dans espace nommé « Rif », en d’autres termes c’est l’identité culturelle et sociale rifaine.

Source: Tirawinino




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