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lundi 10 juin 2019

Comment la monarchie républicaine de la France couvre les violations de la monarchie absolue de droit divin du Maroc

CHESNOT VIA GETTY IMAGES


La collusion du pouvoir français avec le régime marocain n'est pas un scoop ou quelque chose à prouver, mais c'est un flagrant fait. Quelques exemples pour dénoncer cette complicité qui renforce l'autoritarisme.

«Le Maroc est une maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n’est pas particulièrement amoureux mais qu’on doit défendre», cette incroyable déclaration datant de 2013 n'est pas anodine, elle résume à elle seule la relation spéciale entre le pouvoir français et son homologue marocain, et devinez son auteur, c'est Gérard Araud, l'ex ambassadeur de la France aux États-Unis connu pour ses déclarations sans langue de bois et ses réactions peu diplomatiques qui ont souvent suscité de vives polémiques.

En effet, cette relation spéciale fignolée par une poignée de l'élite politico-médiatique française qui a des intérêts personnels, économiques et politiques au Maroc est souvent basée sur la corruption. «Le Maroc compte sur un impressionnant réseau de complicités étrangères, basé souvent sur la corruption, le chantage et les prébendes. En France, il y a Valéry Giscard d’Estaing, Hubert Védrine, Jacques Chirac, Jack Lang, Nicolas Sarkozy et d’autres personnalités devenues de véritables sentinelles au service du Maroc», note le journaliste Ali Lmrabet. La principale mission de cette élite peu scrupuleuse est de soigner et embellir l'image du régime marocain et couvrir ses brimades, ce qui affaiblit le courant démocratique au Maroc. «Le problème, c’est que cette influence affaiblit de nombreuses valeurs, comme la tolérance, le respect des libertés individuelles, la séparation du politique et du religieux… au profit des courants conservateurs, elle affaiblit le courant démocratique et laïc dans son bras de fer avec les mouvements conservateurs», analyse Omar Brouksi, l'auteur du livre "La République de Sa Majesté" qui qualifie également cette relation de «liaisons dangereuses».



«Cette relation, très sophistiquée, rappelle la connivence qui existait entre cette même élite française et le régime de Ben Ali. Souvenez-vous, quand, au début de la révolution tunisienne, Michèle Alliot-Marie, alors ministre des Affaires étrangères, avait proposé le savoir-faire français à la police tunisienne «pour régler les situations sécuritaires», relève Omar Brouksi.

De l'autre côté, le cousin du roi du Maroc Hicham Alaoui qui -selon ses dires- revendique un État démocratique et la fin du Makhzen au Maroc, a déclaré récemment lors d'une conférence dans l'université de Georgetown à Washington que le terme de l’«exception marocaine» promu par des intellectuels et écrivains français et l'élite marocaine est une invention francaise pour entraver la démocratie.

En effet, le terme est utilisé pour désigner la monarchie marocaine comme un élément indispensable de la stabilité et de développement du Maroc. «La thèse de l’«exception marocaine », défendue par les irréductibles chantres du régime, y compris par certaines chancelleries occidentales, ne résiste désormais plus à l’analyse d’une réalité sociale accablante», estime le docteur en sciences politiques Aziz Chahir.

On peut évoquer certains exemples incontournables et certains infâmes incidents pour démontrer et mettre sous les yeux la manière avec laquelle le pouvoir français couvre les violations du régime marocain et devient un complice éhonté. Par exemple, en 2014, la justice française a déclaré vouloir auditionner le patron des renseignements marocains Abdellatif Hammouchi, objet de plusieurs plaintes déposée par une ONG pour des faits présumés de torture, mais l'Exécutif a choisi une autre voie pour contourner l'affaire, il a fait appel à Elizabeth Guigou, un des grands soutiens de la monarchie marocaine, pour qu’elle impose un protocole additionnel à la convention d’entraide judiciaire entre Paris et Rabat – protocole qui oblige un juge français à se dessaisir de tout dossier impliquant un responsable marocain au profit d’un juge marocain. «Il faut savoir que ce texte a pu être élaboré avec des conseillers du roi du Maroc», révèle Omar Brouksi, l'auteur du livre "La République de Sa Majesté". Voilà comment l'"indépendance" de la justice française est bafouée au profit d'un régime étranger et non démocratique.



Les exemples ne sont pas rares en fait pour agrémenter la complicité de la France, mais ils sont palpables et abondants. En juin 2017, le Rif était à feu et à sang, une répression épouvantable s'est abattue sur la population de la région, des centaines d'arrestation et plusieurs cas de torture dénoncés par les ONG. Le 14 juin de cette même, Emmanuel Macron s'est rendu au Maroc dans une visite officielle, et il s'est érigé en porte-parole et voire en avocat du palais royal lors d'une conférence de la presse très attendue qui a failli être annulée par l’entourage du président français, et elle s'est tenue finalement peu avant le repas «familial» et n'a duré que treize minutes. Le journaliste de France Inter Bertrand Gallicher a posé la question suivante au président français : «Vous parlez de stabilité politique et économique. La révolte du Rif qui semble s’accentuer ces dernières semaines vous préoccupe-t-elle en tant que risque de déstabilisation d’une région qui est aux portes de l’Europe ? Est-ce que vous ne craignez pas également que la répression de ces manifestations puisse comporter des atteintes aux droits de l’homme, et avez-vous évoqué ces questions avec votre interlocuteur, le roi du Maroc ?». La réponse de Macron était: «La discussion que nous avons eue ne me donne pas lieu de craindre justement une volonté de répression quelle qu’elle soit, mais plutôt une réponse dans la durée et sur les causes profondes de ce qui est advenu. J’ai enfin plutôt entendu le roi du Maroc préoccupé par le sort de cette région qui lui est chère et où il a pour habitude de passer du temps, ce qui est d’ailleurs une pratique qu’il a inaugurée». Pour Macron, les centaines d'arrestation et les cas de torture ne signifient pas une volonté de répression, mais une réponse dans la durée et sur les causes profondes de ce qui est advenu (sic).

L'autre exemple qu'on peut parallèlement citer pour dénoncer cette étrange complicité, le 15 février 2019, l’Association de défense des droits de l’homme au Maroc (Asdhom) organisait à Paris un débat sur la liberté de la presse au Maroc, et soudainement une quinzaine de voyous à la solde du régime marocain ont saboté la conférence en passant directement aux menaces et aux violences verbales avant de s’attaquer physiquement à la soixantaine de participants en jetant sur eux des chaises. Imaginez: des mercenaires étrangères agressent des journalistes et des militants en toute quiétude au coeur de la capitale française, mais pas de souci, la liberté de la presse qui était visée. Aucune enquête n'a été ouverte pour déterminer les responsables de cette attaque et les punir, puisqu'il s'agit du régime marocain, et même la presse française n'a pas fait la lumière sur l'incident excepté deux articles de Mediapart et Orient XX et un rapport de RSF. Ce qu'il faut souligner dans cette affaire, c'est que ces barbouzes marocains n'auraient pas pu agir sans l'aval des barbouzes français.




Ces exemples sont assez révélateurs concernant les complaisances de la France à l'égard du régime marocain, mais également, de la même façon, à l'égard de l'ensemble des régimes dictatoriaux et des hommes autoritaires dans l'Afrique du Nord. Cette collusion a été dénoncée par exemple récemment en Algérie par les manifestants qui ont accusé la France de soutenir le pouvoir algérien, ou également en Libye où des manifestants ont accusé la France de soutenir le maréchal Haftar, ce soutien à cet ancien homme du régime de Kadhafi n'est plus un secret. En avril 2019, la Tunisie a arrêté treize hommes en possession d'armes et de munitions, et... de passeports diplomatiques français alors qu’ils quittaient la Libye, ces hommes apportaient un soutien logistique aux forces du général Khalifa Haftar dans son offensive à Tripoli, ont-elles affirmé des sources tunisiennes à Middle East Eye. Un scandale !

F.B


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