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samedi 1 juin 2019

L’épopée de Dhar Ubarran : une poésie de résistance rifaine


Plan :
Première partie : poésie populaire de résistance en Rif
Contextes historique, politique et social
Deuxième partie : analyse de l’épopée de Dhar Ubarran.
Introduction générale
« […] Ils sont les meilleurs guerriers du monde. Ils possèdent surtout une qualité maîtresse : le mépris absolu du danger, et une merveilleuse faculté innée d’exploitation du terrain, une sûreté exceptionnelle dans le tir, une notion étonnante de la tactique, du mouvement d’encerclement, de l’attaque éclair sur le flanc, et finalement une sobriété qui élimine le ravitaillement et confère à leurs formations, ou mieux à leurs groupes, une mobilité stupéfiante. Tel est le bloc rifain, tribu d’une race pure et primitive, guerriers incomparables, mais incapables de supporter une autorité qui ne soit pas de leurs élus. »[1] Pierre Dumas, Le Maroc, Arthaud, 1931.
Dhar ubarran est un poème narrant les faits de la résistance des combattants rifains contre l’occupant espagnol. Le poème à tonalité épique ou héroïque est un texte qui se présente sous forme de plus de 160 vers libres[2] et il en existe plusieurs versions : « le texte appartient à la culture dite populaire, opposée à la culture dite savante ou élitaire, il a connu une large diffusion sur toute l’étendue du territoire rifain. Appartenant à l’oralité, il est par conséquent anonyme, c’est un bien symbolique collectif, l’ego haïssable s’efface devant l’intérêt de la communauté. Il est donc difficile de parler de version originale et authentique puisque le texte voyage ; il est donc soumis à des mutations par excès ou par défaut, à des troncations ou des ajouts plus au moins apocryphes, puisqu’il n’a pas été consigné par écrit. De part sa nature donc, il ne peut être soumis au figement puisqu’il comporte des variantes selon l’aire culturelle, selon la tribu et selon les exécutants. Ces variantes sont minimes, elles ne peuvent modifier en rien ni l’esprit, ni la thématique. Ainsi chaque tribu y laisse une empreinte plus ou moins subtile. »[3]
Les vers de ce poème relatent les exploits des combattants rifains lors de la bataille qui eut lieu le 1er juin 1921 et postérieurement, sous le commandement de Mohamed ben Abelkrim Alkhattabi dit Abdelkrim ou Si Muhend. Le champ de bataille est un mont qui se trouve dans le territoire de Temsamane, nommé Dhar Ubarran, un mont occupé par les troupes espagnoles et repris le même jour par les résistants rifains, une victoire écrasante avec un lourd bilan de côté espagnol.
Ce poème fait partie d’une culture de longue tradition orale dont le mode de production littéraire est dépendant de compétences appartenant à la mémoire et à la créativité langagière. La poésie orale rifaine, notamment les ‘’Izran’’, se caractérise par sa structure rythmique, appelée ‘’rmizan n εachi’’ ou encore ‘’rmizan n bouya’’ qui compte généralement 12 syllabes.
L’izri rifain a été très productif dans la poésie évoquant et témoignant des atrocités des guerres qui ont laissé leurs séquelles dans la mémoire collective. L’izri rifain a été aussi un moyen de résistance et de dénonciation qui a fait face aux invasions des européens.
Etant de tradition orale, cette poésie portée sur une période de l’histoire du Maroc et surtout de la région du Rif, peut-elle être considérée comme support et document historique ? et comme dans toute poésie engagée, le poète met son art au service d’une cause qui souvent s’ancre dans un contexte historique précis, il invite à la réflexion ou à l’action, on s’interroge alors sur l’influence qu’elle eu sur les populations et comment fut-elle divulguée et sauvegardée dans la mémoire collective de toute la région.
Partie I : La poésie de résistance ; contextes historiques, politique et sociale.
Introduction
Tout fait ou événement qui surgit du réel et de l’existence du peuple rifain se voit reflété dans l’‘’Izri’’ ou ‘’Izran’’ qui est le produit de sa poésie populaire, orale et collective. Cette poésie révélait ses expressions et sensations de bonheur et de malheur ainsi que celles des travaux pénibles et fatigants de la vie quotidienne des hommes et femmes du Rif.
Ces expressions se manifestent soit pendant des réunions de diversion au cours des spectacles de festivité, soit pendant l’exécution, tant par les hommes que par les femmes, d’un certain travail épuisant (par exemple pour la réparation d’un canal d’irrigation, pour la construction d’une maison ou faucher le blé et l’orge pendant les périodes des moissons). Ce travail qui, ordinairement, comme la tradition l’exige, est effectué collectivement en ‘’T(a)wiza’’ qui est non seulement une forme d’entraide et de solidarité tribale mais aussi une forme de travail et de production sociale et espace de production culturelle où se crée, se partage et circule le patrimoine poétique.
Ces chants que chantaient les rifains dans les plaines et montagnes du Rif, au milieu des champs de culture ou pendant les spectacles de diversion organisés à l’occasion des fêtes, exprimaient non seulement la joie de l’amour, les bons moments de la vie quotidienne, mais aussi de la solitude, des pleurs, le deuil et tout trouble psychique interne.
Depuis plus d’un siècle et demi (XIXe siècle – début XXesiècle) le peuple rifain est confronté aux convoitises et à l’interférence des européens surtout espagnole. Mais la région du Rif, depuis le XIXe siècle, vivait aussi un état de trouble, de confusion, et de discorde extrême entre tribus ;les guerres et les confrontations permanentes,d’une part intestines, et d’autre part contre l’envahisseur étranger , faisaient partie de la vie quotidienne. Le rifain Adopte par conséquent une culture de résistance et intègre tout ses éléments (tactique, ruse, etc..) dans son système de valeurs, il était constamment sur la défensive et toujours prêt à attaquer son adversaire.
En ce qui concerne ces luttes intra tribales, qui parfois sont déclenchées par la moindre des choses, on peut citer un exemple rapporté par R. Montagne dans la tribu des Aït Ouriaghel où, à cause d’un chien tué, une lutte de 7 ans éclata entre les membres de deux villages voisins et qui fit 50 morts d’un coté, 70 de l’autre. Les vaincus émigrèrent à Zerhoun et vendirent leurs biens, ils louèrent ensuite les services d’assassins à gage pour tuer leurs vainqueurs.
Selon Mohamed Serhoual une typologie de poésie orale du Rif est possible et cela selon l’activité nécessitée par les circonstances, ou selon le climat. On distingue alors une poésie pastorale, une poésie festive, une poésie des travaux agricoles (labours, moisson, battage des céréales, fenaison), une poésie féminine (chants de femmes en noces, baptême, circoncision), une poésie de travaux domestiques (broyage des grains à la meule, bercement des enfants) et enfin une poésie des conflits (conflits intertribaux ou contre les envahisseurs étrangers) (Serhoual, 2007, 108).
Produit d’une société égalitaire, gérée par des coutumes ancestrales, le peuple rifain a depuis longtemps refusé le pouvoir central ‘’le Makhzen’’ et a préféré vivre sa liberté totale, dans un environnement ou chaque tribu possédait un pouvoir politique et militaire organisé par un conseil ou assemblée, et qui parfois déléguait certaines prérogatives à la confédération d’un groupe de tribus.
Pour les tribus rifaines, vivre dans cet état d’anarchie organisé était un choix et une conviction, même après avoir été unifiées sous le commandement de Mohamed Abdelkrim El khattabi, elles projetaient, une fois terminée la guerre contre les espagnoles, à revenir à leur situation antérieure : les rifains ne luttaient que pour la foie et leurs propres tribus ; le concept d’une nation était totalement absent de leurs esprits et n’avait aucune signification, en contrepartie l’identité tribale était plus forte.[4]
La société tribale rifaine et son organisation des pouvoirs politiques et militaire sont étudiées selon deux thèses majeures :
La thèse segmentaire élaborée par l’ethnologue britannique Evans-Pritchard et qui fût adoptée par l’anthropologue américain David Montgomery Hart dans ses études sur la société tribale berbère rifaine, et plus particulièrement la tribu des Aït Ouariaghel. La synthèse du principe selon lequel est constituée la société tribale rifaine, se résumerait pour D. Hart en un jeu d’oppositions et d’équilibres entre segments rivaux et conflictuels, qui garanti le maintien de l’ordre et empêche qu’un chef unique s’impose, surtout au niveau de la tribu. L’autorité politique s’exerce au moyen des assemblées ou conseils représentatifs superposés qui vont de niveau inférieur (la communauté locale) vers le niveau supérieur (la tribu) tout en passant par le sub-clan et le clan[5].
La deuxième théorie est celle des « leffs » ou lignes de protection, élaborée par le français Robert Montagne suite à une étude anthropologique faite au sud du Maroc sur des tribus berbères. Cette théorie est basée sur l’existence des lignes de protection « leffs » qui se forment au delà de la communauté territoriale, entre différentes fractions tribales ou entre certaines familles ou individus[6].
L’assemblée dont nous parlons est un conseil des anciens de la tribu et qui est convoquée toutes les fois qu’une décision grave intéressant l’ensemble de la tribu doit être prise : relations avec les tribus voisines, guerre, alliance ou affaire de politique intérieure, police[7]. A cette assemblée doivent assister tous les hommes valides et les enfants qui peuvent porter une arme.
Les poèmes et les vers que nous citerons dans ce travail sont recueillis en grande partie dans les travaux du Abdeslam Khalafi et dans l’ouvrage de Mohamed Akoudad et Mohamed El Ouali, qui eux-mêmes, ont utilisés les sources des travaux des mémoires de licence des étudiants.


Les débuts des convoitises étrangères (1844-1893)
Déjà dés la fin du XIXe siècle le Maroc fût la cible des convoitises étrangères, surtout française et espagnole. En raison de sa position géographique privilégiée et ses ressources naturelles dont il regorge ; il a toujours été au centre des visées coloniales européennes.
Depuis Ceuta et Melilla les espagnoles firent plusieurs tentatives d’expansion, avortées par l’action défensive des tribus, respectivement, des Anjera et de Guel’ia. Le siège des deux présides espagnols qui se faisait par petits contingents tournants et qui était poursuivi sans relâche et rigoureusement, leur fut confié par les sultans successifs du Maroc, et cela pour exalter leur patriotisme vivace et aussi pour dévier vers l’extérieur leurs instincts belliqueux[8] .
Pour le Rif central il y avait une légende qui se référait à de l’or ou de l’argent enfuit dans des grottes ou dans des montagnes. Des auteurs comme Gonzalo Raparaz ou E. Biarnay faisaient déjà référence à ‘’Jbel Hamam’’ dans le territoire des Aït Ouariaghel où se trouverait un gisement d’or et d’argent[9]. C’est à propos de cette montagne qu’on chantait en Rif un Izri, un poème, dans lequel, selon E. Biarnay, on pouvait noter une certaine inquiétude ou appréhension envers le future de la région[10] :
Oh, mon fils, oh Djbel h’amam !
Tu es la cause que ne soyons pas en paix !
Tes eaux sont fraîches,
Elles font pousser des arbres touffus sur tes flancs !
La défaite de l’armée marocaine (les mehellas) en 1844 (14 août) à la suite de la bataille d’Isly marqua la fin des craintes françaises à entreprendre une compagne de colonisation contre le Maroc. Les espagnoles eux aussi attendaient avec impatience, depuis des siècles, un tel moment pour envahir le Maroc et ils ont eu enfin le courage en 1859 d’entrer ouvertement en guerre avec les troupes marocaines. Cette deuxième défaite du Maroc l’obligea à accepter les conditions imposées par l’Espagne après la bataille de Tétouan. Les européens avaient expressément alourdi le pays par un endettement extrêmement élevé et qui se traduisait par l’abandon de sa souveraineté au profit de ses créanciers.
Confrontés à la supériorité militaire espagnole, les rifains se voyaient impliqués dans une guerre qui n’était pas comme les autres et dans des conflits jamais expérimentés auparavant. Les défaites qui se succédèrent étaient vraiment insupportables pour les rifains, leur dignité a été tellement touchée, ainsi un climat de détresse et de deuil régnait sur toute la région. La déception était alors exprimée dans les vers relatant cette sensation d’amertume :
TamazightFrançais
A tzizwit, a yadjiÔ mon abeille, ma fille
Ssarayi di hedduEmmène-moi dans les pâturages
D Spanya i yejjinC’est l’Espagne qui a laissé
Ddunect marra tetruTout le monde en deuil
A ƕemren’d ighezranLes rivières coulent
S ddem makan amanDe sang et non de l’eau
Spanya mani ghaben ayradenOh Espagne ou sont partis les lions ?
Dans ces vers le poète est consterné par l’écoulement abondant du sang qui est comparé à l’écoulement ou inondation des rivières et se demande en s’adressant à l’Espagne qui est la cause de ce malheur, l’interrogeant sur le sort des braves combattants, comparés métaphoriquement aux lions. Pour les deux premiers vers on pourrait leur donner une interprétation tout à fait différente de premier sens traduit en français dans ce texte : le mot ‘’tzizwit’’ dans le langage des rifains est polysémique et c’est le contexte qui détermine le vrai sens. Dans ce poème il est question de guerre et de confrontation avec l’ennemi espagnole, ce qui nous laisse à dire que le poète ne fait pas allusion à une abeille comme insecte appartenant au monde animal mais à un sens secondaire du mot ‘’tzizwit’’ ou encore ‘’tzizwit ne-nnican’’ qui est le cran de mire d’un fusil auquel le poète, en le personnifiant, lui demande de lui faire visiter les pâturages pour chasser les soldats espagnols. Il y a un autre poème rifain cité par Abdallah Bounfour, dans son livre ‘’Introduction à la littérature berbère : La poésie’’ à la page 176 du chapitre 7, dans lequel on fait référence explicitement à ce cran de mire (‘’t(a)zizwit ne-nnican’’) :
AmazighFrançais
A lalla lmarikanPauvre dame américaine (fusil)
Tazizwit ne-nnicanAu fin cran de mire
Izzenzicam uεaffanLe méchant t’a vendu
Iswicam de-dduxanPour avaler de la fumée (te fumer)
‘’Lalla lmarikan’’ est une expression métonymique qui pourrait désigner un type de fusil américain utilisé à l’époque par les rifains.
L’anthropolgue David M. Hart rapporte que dans la région des Aït Ouariaghel il y avait au moins cinq types d’armes à feu en circulation à l’époque du Siba: le Zidane ou fusil à silex (flintlock), connu aussi sous le nom de ‘’buchfar’’, la plus ancienne des armes en Rif ; la machuka ou fusil à tir unique (single shot rifle), en grande partie le fusil américain 1560 model Remington, mais aussi probablement le français 1874 model Gras [..] Le fusil français 1886 model Lebel (Tatsa3it) lui aussi était utilisé, surtout pendant les années postérieures à 1921[11].
La période de Bouhmara 1902 – 1908
La poésie rifaine de résistance, durant les premiers conflits contre l’agresseur espagnol était une poésie influencée par les croyances religieuses musulmanes, surtout lorsque les rifains ont accueilli chez eux Bouhmara en tant que sultan des croyants, ennemi des chrétiens et rival des autorités passives du Makhzen, à qui, ils reprochaient de céder devant la pression coloniale.
Le poète traduit cette influence par des vers qui font allusion par exemple au prophète[12] :
TamazightFrançais
A yanjeb amezyan araƕ’d jahed akidiOh mon brave ! Viens avec moi pour déclarer la guerre sainte contre le « chrétien »
A Nbi sidi ad cawaregh yemma yurwen tesseymayiOh mon prophète, sidi, je vais consulter ma mère qui m’a donné la vie.
Umi kids ghad raƕegh, nnighas a yemmaLorsque je suis arrivé je lui dis Ô ma mère
Yennayi nbi jahed akidiLe prophète m’a dit de mener la guerre sainte à ses cotés
A mminu d’amezyan,war itriƕ ca maniMon fils est petit, il ne va nulle part
Tekkar lalla Mina tseεaf nnabiLalla Mina suit le prophète
Rami’d yusa yennas ucayi mmim, adijahed akidiQuand il est venu il lui dit : donne-moi ton fils pour qu’il mène la guerre sainte à mes cotés.
Tennas, sidi nbi mminu d’amezyan, war yessin ad’iniElle lui dit : mon prophète, mon maître, mon fils ne sait pas monter.
Yennas, a tamghart aƕenna, wart yeccit usennan, war tireqqef udidiOh femme rassure toi, ne t’en fait pas de souci, ton fils sera sain et sauf
Umi’d yeffegh urumi amecnaw rεenziQuand le « chrétien » s’est répandu comme les boucs
Gha reƕmu n tfuct I yekkar umenghiLa guerre s’est déclenchée un matin chaud
Ticti tamezwart deg arba yeδmen nbiLa première balle tue le fils que le prophète a cautionné
Iruƕ reεmar nni yesfa yeghriSon âme pure est partie
Yewyit arbu yeswa qaε s tidiIl est pris d’une chaleur qui le trompa dans ses sueurs
Iruƕ ddem nni amen it yeswa yejdiSon sang est parti comme si c’est le sable qui l’a aspiré.
Iruƕ weysum nnes amen it yeca yesghiSa chaire est partie comme si c’est le … qui l’a mangé.
Rami’d gha yaregwaƕQuand il retourna chez lui
Truƕ lalla Mina s rxeffet uεezmi Lalla Mina est partie comme un éclair
Tennas, muray nbi ini mani teggid mmi?Elle lui dit : ou avez-vous mis mon fils ?
Yennas, a tamghart xemmit deg mezwuraIl lui dit : ô femme, Va le chercher parmi les premiers rangs
Itsarrej ad’ini s userham d’azizaIl prépare sa monture, habillé d’un “selham” bleu
Truƕ lalla Mina s rxeffet uεezmiLalla Mina est partie comme un éclair
Tekka qaε mayen din war dinni t’ tufi!Elle chercha partout mais il ne le trouva pas
Tuse’d lalla Mina tennas ssi Nbi sidi mani teggid mmi! Elle lui dit : ou avez-vous mis mon fils
Yennas: a tamghart  a ƕenna  xemmit deg neggura Il lui dit : ô vieille femme, va le chercher parmi les derniers rangs
S userham d’acemrar yudum xafs rƕenniPortant un ‘’selham’’ blanc tacheté de henné
Truƕ lalla Mina  s rxeffet uεezmi Lalla Mina est partie comme un éclair
Tekka qaε mayen din war dinni t’ tufi!Mais elle a cherché partout sans le trouver
Tennas: iniyi sidi, mani teggid mmi!Elle lui a dit : où est-ce que tu as mis mon fils ?
Yejbed ƕac x uzedjif war yufi min gha yiniIl ôta le keffieh de sa tête ne trouvant rien à dire
Yennas: rajar nnem d’ameqran deg Arba yeδmen Nbi,Oh femme Dieu te récompensera dans le fils que le prophète a cautionné
Yennas: a tamettut, ad am ucegh yis inu am arnigh aεejmi,Oh femme, Je te donnerai mon cheval et je t’ajouterai un taureau
Tennas: a ya Nbi sidi, mmi inu qaε xar ayiOh ! non sidi, Mon fils est le meilleur
Yennas: ad am ucegh tisarfin n yarden d imendi!Je te donnerais des silos de farine et de blé
Tennas: a ya Nbi sidi mmi inu qaε xar ayi!Oh ! non sidi, Mon fils est le meilleur
Yennas: ad am ksegh tewsar ad am arregh temzi!Je t’offrirai la jeunesse à la place de la vieillesse
Ad tarwe’d Muƕemmed mana xar zeg wenni, Tu accoucheras un Mohamed meilleur que lui
Tnnas: a ya Nbi sidi mmi inu qaε xar ayi,Elle lui dit : Oh ! Mon prophète, mon maître, Mon fils est le meilleur
Yennas: ad am ucegh jjennet ttifqaε iyenniJe t’offrirai le paradis
Tennas: a ya Nbi sidi mmi inu qaε xar ayiElle lui dit : Oh ! Mon prophète, mon maître, Mon fils est le meilleur
Ar ami’d yuri refjar, yegga agharraf deg wfus afusiÀ l’aube, il mit la carafe dans sa main droite
Yegga rudu yezzudj yestajbas arebbiIl fit sa petite ablution et pria, Dieu exauça sa demande
Ad yeƕya arruƕ nni zi manis war tedjiLe prophète demanda à Dieu la résurrection de l’âme du fils de lalla Mina
Yennas: a yemma tamejnunt tƕarmedayiLe fils dit à sa mère : Oh mère, pourquoi m’as tu privé de mon bonheur ?!
Tughayi gha lmalakat farƕentayiJ’étais chez les anges qui m’ont accueilli avec joie
Ggintayi di recfen s tsinaf xeydent xafiElles m’ont mis en linceul et avec les aiguilles l’ont coudé
Isinay’d tterba s zhid  n’arebbiLes tolbas m’ont pris en récitant les paroles de Dieu
Gginayi deg wander, qqimegh ƕaca waƕdiIls m’ont mis dans mon tombeau et j’y ai resté seul
Ibedd’d sidna Malik s waddud nnes acedbiEt l’ange malik se présenta devant moi
Tittawin am rbaq, tighmas am isiniIl a les yeux comme l’éclair, les dents comme les aiguilles
Yennayi (man huwa rabbuk?) a bnadem rεasi Il m’interrogea : qui est ton Dieu ? O homme pécheur
Yesfehmayi arebbi x tzadjit war nezzudj d reεcor war nuciDieu m’a expliqué à propos de la prière non accomplie et l’aumône qu’on n’a pas donné
yisi’d ij n ddabbuz deg wfus nnes afusiIl avait une matraque dans sa main droite
Umi tihez teεdu myat rtelQuand il la bougea, il pesait plus de 100 livres
Yennayi: war ccitagh ƕaca bnadem rεasiIl m’a dit qu’il ne punit que l’homme pécheur
Bouhmara ou Rougui de son vrai nom ‘’Jilali Mohamed El Youssfi Ezzarhouni, se faisait passer pour Mohamed, le fils aîné du sultan Hassan I. Pour légitimer sa prétention au pouvoir il incitait les populations musulmanes du Maroc oriental et du Rif, à mener une guerre sainte contre la pénétration étrangère et dénonçait l’impuissance du sultan Abdelaziz à défendre le pays contre les convoitises étrangères[13]. Mais il s’est avéré que celui-ci agissait pour son propre compte et ses propres intérêts : il a mis en place, dans les mines des Aït Bouyafrour un certain Chrif Nassiri pour que son autorité puisse protéger les œuvres que menaient les compagnies étrangères, cependant le mécontentement contre Bouhmara grandissait de plus en plus et de temps à autre apparaissaient de nouveaux éléments qui menaçaient d’interrompre par la force des armes la poursuite de ces œuvres. Certains chefs locaux, comme Chrif Ameziane et Lhaj Ali, caïd des Aït Saïd, faisait au nom de l’Islam une contre propagande contre la pénétration des chrétiens en territoires musulmans : dans les souks, des voies se haussaient pour dénoncer le pillage des richesses de la région par des infidèles européens[14].
Coincés entre deux menaces qu’ils devaient combattre à la fois ; les exactions de Bouhmara d’un coté et les incursions répétitives des espagnoles de l’autre côté, les rifains se sentaient seul au milieu de toutes ces rivalités, ils savaient dés lors qu’ils pouvaient ou bien même ils devaient ne compter que sur eux-mêmes. « Pour les unir, les soutenir et guider leur action, ils avaient tout d’abord, mis leur espoir dans leur nouveau sultan, Moulay Hafid. Or celui-ci leur avait dit de faire la paix, autrement dit, de se soumettre »[15] . En effet délaissés à leur sort par le makhzen, ils se voyaient perdus et impuissants mais ils essayaient par tous les moyens de se débarrasser de la tutelle du Rougui et le priver de sa légitimité. En effet le poète rifain dans cette situation prendra part en caricaturant Jelloul, le compagnon de Bouhmara :
TamazightFrançais
A ya jellul a bu-yiggezOh jelloul le tatoué !
Yekked Jnada yegwar ineggezToi qui venait de Jnada en bondant
Le poète dénonça aussi tout contact avec Bouhmara tout en stigmatisant les femmes des Aït Alla qui avaient noué une relation de mariage avec lui, en la personne de ‘Mamma fille de Hmida’, et leur demande de lamenter ce lien conjugal qui les a déshonorés :
TamazightFrançais
Haznat a tiεallatinAttristez-vous, Ô femmes des Aït Alla
Qassant ura d cεar,Coupez vos cheveux
X mamma n ƕmidaÀ cause de Mamma Hmida
I munen akd uhemmarQui a fait de Bouhmara son compagnon
Et incitant tous les tribus rifaines à s’insurger contre son autorité :
Oh Moulay Mhammed ! Pourquoi te combattons-nous ?
Parce que tu as voulu que nous appelions un esclave notre maître !
On dit : la fanfare est descendue dans la plaine de Nekour
Les Aït Abdellah et les Aït H’difa l’ont chassé
En août 1908, Bouhmara envoya vers l’ouest, en direction des Aït Ouariaghel, une armée commandée par Moul Oudou,un chef militaire très redouté par tout le monde. A son passage par les tribus qui se trouvaient sur son chemin, il faisait ravage et massacrait même les enfants. Cette expédition avait pour but de s’emparer des gisements miniers du Jbel Hamam dans le territoire des Aït Ouariaghel. Mais le cours des choses pour Bouhmara et son chef Moul Oudou allait changer : Les Aït Ouariaghel, persuadés que Moul Oudou était venu pour les soumettre et conquérir leur territoire, ils demandèrent de l’aide au nouveau sultan Abdelhafid pour faire face à cet usurpateur, tout en se rangeant de son côté. Or l’appui du sultan ne fut pas arrivé et les combattants de ces tributs avaient décidés de se défendre eux-mêmes. L’armée de Moul Oudou était bien équipée, bien organisée et disposait de nombreux soldats et cavaliers. Par contre les Aït Ouariaghel étaient mal armé mais ils savaient se retrancher et étaient rusés, en s’apercevant que l’ennemi est proche, ils avaient inondé le terrain en ouvrant les vannes des canaux d’irrigation, le champ de bataille se trouvait dans une plaine entre le fleuve Nekour et le Ghis, l’adversaire était alors pris au piége, c’est ainsi qu’ils avaient pu le repousser et l’attaquer ensuite de nuit dans son propre camp. Après cette victoire des Aït Ouariaghel, les autres tribus se joignirent à la révolte et Moul Oudou en se repliant était harcelé durant tout le trajet de retour[16].
Ce climat hostile à la présence étrangère et défavorable donc à Bouhmara qui collaborait avec l’ennemi et profitait de la situation pour s’enrichir, se traduisait en octobre 1908 en une rébellion générale des tribus rifaines contre son pouvoir et finit par être chassé définitivement de Selouane[17] . Bouhmara décampa en direction de sud où sa fin l’attendait dans les prisons du sultan Abdelhafid.
Dans ces circonstances la poésie rifaine prenait un autre parcours et un style tout à fait différent de l’antérieur ; elle commençait à se débarrasser progressivement de son contenu religieux et optait pour ce qui est économique et politique.
La prise de conscience du poète rifain sur les enjeux et intérêts qui se jouaient entre Bouhmara d’un coté et les compagnies françaises et espagnoles de l’autre coté, l’exprimait dans ces vers :
TamazightFrançais
A yadrar n waksanÔ montagne d’Ouksane
Yezzanzit MuƕamedIl t’a vendu, Mohamed (Bouhmara)
A yadrar n waksanÔ montagne d’Ouksane
Yebna days urumiC’est là que le chrétien construit (le foyer du chrétien)
A yadrar n waksanÔ montagne d’Ouksane
A yassus n yaxsanÔ carie des os (mort imminente)
Yewta dayk urumiLe chrétien t’a envahi
Yezzu dayk ssenyanEnfonça les pylônes dans ta terre
A yadrar n waksanÔ montagne d’Ouksane
Yeffegh’d days rmaεdanOù jailli le minerai
Teffegh’d days nnuqartOù jailli l’argent
Regnus ad mmenghenLes pays vont être en guerre
ƕaznant a tiεallatinÔ femmes des Aït εella, mettez-vous en deuil
Wir ttaqnant tizawghiNe chaussez pas le rouge
Wir ttardant tazeddi (tazdudi)N’habillez pas de beaux vêtements fins
La montagne d’Ouksane, une montagne des Aït Bouyafrour, était riche en minerai et on croyait même à l’époque qu’elle cachait dans sa profondeur le métal d’argent. Or au lieu de se réjouir de cette richesse qui pourrait être bénéfique pour toute la région, les rifains, et en particulier les femmes, se mettaient en deuil parce qu’ils étaient au courant des convoitises des puissances étrangères, qui pourraient entrer en guerre entre elles. Par conséquent la région deviendrait un champ de bataille et les populations civiles victimes de ces affrontements.
 La période de Mohamed Chrif Ameziane 1909 – 1912
Comme le souligne Maria Rosa de Madariaga « A partir de 1909, le mouvement de résistance à l’occupation coloniale prend une nouvelle dimension. Avec l’installation des entreprises minières dans le Rif, aux appels traditionnels au Djihad contre l’envahisseur chrétien, s’ajouta celui de la lutte contre l’exploitation des richesses minières du pays par les étrangers. Le mouvement de résistance dirigé par Mohamed Améziane traduit bien, dès lors, la transition entre le Djihad traditionnel de défense du territoire et le passage à une nouvelle étape de la lutte anti-coloniale, même si celle-ci continue de s’exprimer en tant que Djihad[18].
Mohamed Ameziane jouissait dans l’ensemble rifain, dès les premières années du XXe siècle, d’une grande notoriété :
TamazightFrançais
Isuδa’d usammiδ di tghallact urumiLe vent souffla dans la bouilloire du chrétien
Yandar’d xas arebbi amjahed aqerεiDieu le condamna à subir le châtiment du combattant ‘’Guela’i’’
Netta d sidi Muƕand itjahaden arumiC’est sidi Muhand(Ameziane) qui combat le chrétien
Le poète nous explique l’état des choses entre l’avancement de l’Espagne dans les plaines et la mobilisation de la résistance pour barrer la route aux soldats espagnols qui doivent augmenter à chaque fois leur effectif puisqu’ils sont exterminés :
TamazightFrançais
Manaya d’asenyan isarƕen di ruδaQu’est ce que c’est tous ces pylônes étalés dans la plaine !
A yamjahad aƕorri barreƕ i rqum nnecÔ pure Combattant, appelle ton peuple
Yennas arni’d rqum, asseppanyu yeqδaL’Espagne est foutue, il lui dit d’augmenter l’effectif de ses soldats
Les vers suivants font l’éloge de Chrif Mohamed Ameziane et font ressortir ses qualités et ses mérites dans les combats :
TamazightFrançais
Sidi Muƕamed Amezyan, d’amjahed n tafsusiSidi Mohamed Amezian est un combattant expérimenté
Axedmi degw zermad, wenniδan degw fusiUn sabre dans sa main droite et un autre dans la gauche
Sidi Muƕand Amezyan, a yamjahed aƕorriSidi Mohamed Ameziane est un pure combattant
Yeccaten s uzermad, itεawaden s ufusiQui frappe avec la gauche et continu avec la droite
Yejja mawsa n jdid, tesrugha timessiIl a laissé son nouveau fusil allumer le feu
A ya sidi Muƕend, a lmalik n teqbitcÔ sidi Mohamed, Ô roi de la tribu
A yuzzer x urumi, yessidf’it ar MritcIl a chassé le chrétien et il l’a obligé à reculer jusqu’à Melilla
Sidi Muƕand amezyan, lmalik n ujennaSidi Mohamed est roi du ciel
A mawsa d taquδat, sebεaraf i tenghaAvec le fusil court il a tué 7000 hommes
Sidi Mƕend amezyan, yeccat war itegwedSidi Mohamed frappe sans crainte
War yeƕdij rεacat, ura wi kids gha ymunenIl n’a pas besoin ni de compagnie ni de compagnon
Sidi Mƕend amezyan, a cenna ma yennatSidi Mohamed Ameziane, bravo à toi si tu le dis
Cenna mara yewta, s mawsa d taquδatBravo s’il tire avec le fusil court
A ya mjahed yensa, yeccat ƕaca waƕdesNotre combattant a passé la nuit à combattre seul
Iεawnit arebbi, d lmakat nnesC’est dieu et ses anges qui l’ont aidé
Le portrait qu’en dresse Germain Ayache est assez éloquent :
D’une famille de chorfa, dont un ancêtre, Ahmed Ben Abdeslam, avait fondé la zaouïa de Seghanghan, non loin de Melilla, il avait toujours eu, dans sa tribu des Beni Bou Ifrour, la préséance que l’on accorde à un descendant du prophète. Il présidait aux actes collectifs. On s’adressait à lui pour régler des litiges. Mais on devine, à la façon dont les Rifains évoquent sa mémoire, qu’il possédait, en plus, une large gamme de vertus personnelles, intelligence et probité, amour de son pays, force de caractère, génie de l’organisation et du contact avec les gens, tout ce qui fait les individualités hors pair[19] ”.
Le 15 mai 1912 Chrif Mohamed Améziane, prédécesseur de Abdelkrim Al Khattabi et chef de fil de la lutte organisée anti-coloniale, tomba dans une embuscade avec trente de ses compagnons. A cette occasion de deuil et de douleur, plusieurs vers furent composés[20] :
Sidi Muƕamed Amezian, iƕarc uca yewδaSidi Mohamed Ameziane, attaqua puis tomba
Ifarƕas urumi, yisit di karrosaLe Chrétien est heureux, il l’emporta dans une carrosse
Yiwed Azru uhammar, yewta rmusiqaQuand il arriva à ‘’Azru Ahemar’’, il joua de la musique
Tsrayas ƕabiba, tennehmar s umeττaLorsque Habiba (fille d’Ameziane) l’entenda, elle se mit à pleurer
Ces vers introductifs donneront lieu à d’autres vers de lamentations :
Ighab uyor ghaben ra d itran nnesLe croissant a disparu, ses étoiles aussi
Ighab sidi Muƕamed iδha’d uyis nnesSidi Mohamed a disparu, son cheval est apparu
Sidi Muƕamed Amezyan a yamjahed aƕorriSidi Mohamed Ameziane, tu es un pure combattant
Xak iyaƕzan uyor war yeggi taziriC’est à cause toi que le croissant est malheureux, et qu’il n’a pas devenu pleine lune
Le peuple rifain est tellement consterné par la disparition de son chef Mohamed Ameziane qu’il se sent touché dans sa dignité surtout pour le fait que la dépouille de son martyre est emportée par les infidèles espagnols pour être exhibé en public
Sidi Muƕamed Amezyan immut wart ncehhar
Iysit upulis d rqabτan
Iwyent adas isin rewsifet nnes
Llah llah aya Muƕamed n Mesεud
Arriti’d ƕuma at ncehhar[21]

traduction

Sidi Mohammed Ameziane
Est mort ! Nous n’honorerons pas son tombeau,
La police et le capitaine ayant emporté son cadavre
Dans les villes pour le photographier !
Par dieu ! ô Mouh fils de Msaoud !
Rends-nous son corps afin que nous le vénérions ![22]
Le cadavre du Chrif Ameziane fût transporté à Melilla et exposé aux civiles de ce préside qui dansaient avec beaucoup de joie.
Le poète implore par Dieu Mouh Ben Mesaoud de venger Med Ameziane et de rendre son corps pour être enterré avec dignité. Après la mort de Chrif Mohamed Ameziane on croyait que c’est Mouh Ben Mesaoud qui serait le nouveau chef de la harka, or c’est Sid El Baraka, cousin d’Ameziane qui fût désigné, par les combattants rifains, comme son successeur.
Après la mort d’Ameziane quelques escarmouches continuèrent mais la plupart des chefs de tribus de Guel’ia se sont rendu et acceptèrent de collaborer avec les espagnoles.
Le poète dénonça alors la passivité et l’indifférence des jeunes qui avaient abandonnés la lutte pour s’adonner à d’autres choses. La non prise de position militante était alors condamnée. On considérait toute position de résignation comme preuve de lâcheté et c’est ainsi que le poète dans un style satirique se moquait d’eux :
TamazightFrançais
Iƕramen iqerεiyen znuzan ijedjabenLes jeunes de la tribu Guel’ia vendent les djellabas
jjin mawsat nsen deg wfadis n iεewwadenIls ont abandonné leurs fusils suspendus aux arbres
La douleur des populations fût tellement grande lorsqu’elles commençaient à sentir l’effet négatif de l’occupation : même les sources d’eau qui étaient un lieu de rencontres pour les femmes, sont occupées et gardées par les soldats espagnols.
TamazightFrançais
ƕaznent a tibuyin, qassent ra d’ibuyasAttristez-vous Ô femmes des Ibouyen[23], coupez aussi vos ceintures
ax rƕamman ncant, ifarqen d’iqudasVotre source d’eau qui est répartie en canalisations
L’armée espagnole commençait à gagner plus de terrains et à avancer en direction du Rif central en occupant surtout les plaines. Et comme c’était le tour de la plaine de Louta, territoire de la tribu des Aït Bouyahyi, le poète composa des vers à cette occasion :
TamazightFrançais
A yuri’d urumi, a yarsa di rewδaLe chrétien est arrivé pour s’installer dans les plaines
Ceyyar a Yamina s rmejdor azeyzaÔ Yamina, agite ta ceinture verte
Le poète demande à la femme rifaine d’agiter sa ceinture verte comme signe d’incitation à l’insurrection.
 La période de Mohamed Ben Abdelkrim Al Khattabi 1921 – 1926
Abdelkrim est le chef de guerre qui a réussi à réunir autour de lui une armée estimée au plus fort à 10.000 hommes, à unir des tribus autrefois ennemies et à instaurer un système de gouvernement républicain efficace, respectueux de la religion musulmane.
Il voulait reconstruire les structures politiques autour de deux idées principales : un Islam réformé et purifié, et l’idée d’une nation. Pour lui les systèmes anciens avaient échoué c’est pour cela qu’il visait à créer un changement radical et permanent de la société rifaine, sa vie politique et sa religion. Pourtant, la majorité des rifains ne voulaient plus que revenir à l’état des choses qui existait avant l’invasion espagnole, et laisser la société sans modification[24].
A propos de cette unification que Abdelkrim cherchait à réaliser le poète le fait ressortir dans ces vers :
TamazightFrançais
Nechnin ira nemŝebδa, nemzarwaƕ ttiqebbarNous étions divisés, dispersé en tribus
Yuse’d mulay Muƕand ijemεanegh gha wenwarMais quand Moulay Mohand est venu, il nous a unifié à Anoual
« Ce que Abdelkrim avait inversement prouvé par son exemple, c’est la puissance insoupçonnée que des populations, même primitives et sans armée, sans état préexistant, étaient capables de secouer la tutelle coloniale même acceptée par les vieux maîtres nationaux. »[25].
Lorsque Abdelkrim rentra à Ajdir, en 1919, il avait, en plus de ses études à Fès, de 1902 à 1904, par lesquelles il acquit une formation religieuse traditionnelle, les différentes missions politiques que lui confiait son père et surtout les 12 ans qu’il passa à Melilla, accumulé assez d’expérience pour en être un homme averti, rude, énergétique et courageux capable d’affronter et de déjouer les manœuvres des grandes puissances. Le poème suivant reflète quelques vertus et valeurs de ce grand homme :
TamazightFrançais
εabdekrim a yaryaz n yaryazen Abdelkrim est le héros des héros
War itegwed idurar, war’t qehharen ayraden Il ne craint rien pas les montagnes, Il ne se soumit pas aux lions
εabdekrim d’amesrem, ad t’iεawen arebbi Abdelkrim est musulman, que Dieu vienne en son aide
Aseppanyu  reεdu, g idurar iyebbi L’Espagnol, notre ennemi, dans les montagnes se déploie !
A sidi Muƕammed, d zzaεim d aseyyas O Sidi Mohammed, est un leader politique
Yejjudj ƕama yarra Afransis ar dsas Il a juré qu’il bâtera les Français (en les poussant jusqu’aux tranchées)
εebdekrim a yadbar ujenna Abdelkrim, le pigeon du ciel !
S tzirat n reεmar i dac n tmenna On vous souhaite une longue vie !
Isuge’d urumi x wanwar d uεarwi Le « chrétien » a attaqué « anoual » et « Aarwi »
Muƕammed n εebdekrim, a y amjahed aƕorri Mohammed Abdelkrim, Ô pur combattant !
Turi’d ttiyara turi’d iked uyeddim L’avion s’envole sur la montagne
A sidi muƕammed a wen imenεen ddin Sidi Mohammed est le héros qui défend la religion
Abdelkrim niait catégoriquement que la guerre qu’il menait était une guerre religieuse et il se référait à ses objectifs comme modernes et nationalistes. Toutefois pour la majorité des rifains qui étaient sous son commandement, la guerre contre les puissances européennes chrétiennes était incontestablement une guerre sainte et en plus c’était ainsi qu’elle était proclamée dans les souks. Selon Abdelkrim lui-même, il y avait une large différence d’objectifs entre lui et les masses rifaines.
Abdelkrim comme chef religieux et militaire était une personnalité qui jouissait d’une grande respectabilité parmis les tribus, mais il n’était pas à l’abri des critiques. Les Rifains ont dénoncé sa décision de mettre l’armée espagnole battue à l’abri des attaques des Rifains :
TamazightFrançais
Muƕemmed εebdekrim aneggar n regnus Muhemmed Abdelkrim, le dernier des nations
Mayemmi tejjid rεahed uεarwi deg fus Pourquoi tu nous as privés dans « Mont Arouit » de se venger ?
Et ils ont aussi dénoncé sa décision d’interdire la chanson et la danse :
TamazightFrançais
A yarebbi ad t’ tehdid ad anex yuwc ttesriƕQue Dieu le mette sur le bon chemin pour qu’il nous donne l’autorisation
Ad anex yuc ttesriƕ x lalla buya d cδiƕNous autoriser à chanter (lalla bouya) et à danser
A sidi Muƕend ma war iƕin wur nnecOh sidi Muhend pourquoi ton coeur est si dure
Aqqac ralla buya tekkes zi tmort nnecVoila que la chanson de lalla bouya est supprimée de ta terre
Tandis que les rites et les cérémonies traditionnelles du mariage rifain étaient réduites à une durée de trois jours seulement au lieu de sept, la chanson et la danse avaient leur part de prohibition mais uniquement pour toutes les femmes mariées, veuves ou divorcées. Abdelkrim interdit aussi le chant de profession islamique ‘’La Ilaha Illa Llah’’ dans les tranchées de combat parce que pour lui les mosquées étaient l’endroit convenable pour le faire[26].
La poésie rifaine accompagne la succession et l’évolution des événements en les relatant en détail, elle décrit les batailles et expose même la nature de la mentalité rifaine qui, en général, ne reste pas à l’écart de ce qui se passe au niveau de la politique internationale et de ses influences sur les peuples. Mais elle reste toujours fidèle à la prouesse des combattants :
TamazightFrançais
A ya reƕmam inu d tteyyara yettawen war trusOh mon pigeon qui est un avion qui s’envole et ne s’atterrit pas
Siwdas sram i yarrayes n regnusPasse mes salutations au président des nations
Innas ndar’d tacort, εebdekrim d’amenƕusDis-lui de jeter les bombes, Abdelkrim va vous apporter malheur
Omar n Rmadani, A yamjahed aƕimiOmar Elmadani, O brave Combattant
Tjahded s rkabus, tεawded s uxedmiTu as combattu avec un pistolet, et avec un poignard
La poésie rifaine est aussi un moyen de dénonciation des traîtres et des collaborateurs de l’étranger.
TamazightFrançais
A tasraft imendi ma teεmar a εentiÔ ma tante, as-tu rempli ton silo avec du blé ?
aqqam aryaz nnem yeggwar war yetsedƕiVoila que ton mari marche sans avoir honte
xminni war ixeddem netta iked urumiquand il ne travaille pas c’est avec le chrétien qu’il est
Aqarqac ughembub iruƕ war iδehharl’homme au visage tacheté est disparu
S weghrum d watay ittummmes deg waεrar Il est parti en portant sur son dos du thé et du pain
Tamghart tεayanit ƕma xas iddebbarsa femme l’attend pour qu’il subvienne à ses besoins
Tεejbas tzeyyat ad yemmet am uheggarIl aime boire de l’alcool, il crévera comme un chien
A min ac iseƕen, a yaxbarji n dcarQu’as-tu gagné, Ô espion du village
Ma turyac ccehriya x waddud ucewwar?As-tu reçu ton salaire pour le travail du moissoneur?
En effet l’Espagne possédait dans tout le territoire du Rif, et plus particulièrement dans les tribus ou villages avoisinants les deux présides, un réseau d’espions que les espagnoles nommaient « moros amigos » (des maures amis) ou « moros pensionados » (les maures pensionnés) qui étaient payés pour leur collaboration.
Les vers suivants font état de ces méthodes qu’utilisaient les espagnols pour gagner la confiance des rifains :
TamazightFrançais
Iŝug’d urumi yettef Aεarwi s draε nnesL’espagnol attaqua et pris El Aroui par la force
yiweδ driwec yeτf’it s imeddukar nnesQuand il est arrivé à Driouach il l’occupa grace à ses collaborateurs
yiweδ tafarsit yessu yas adrim nnes Quand il est arrivé à Tafarsit, il a distribué son argent
yiweδ tizi εezza d tzura n yexsan nnes Mais quand il a mis son pied à « Tizi Azza », c’est la fin de sa vie !
Quand il y avait un grand nombre de ces espions dans un village, une fraction ou une tribu ils constituaient ce qu’on appelait un ‘’parti espagnole’’. La mission de ce parti consistait à informer les autorités espagnoles sur l’état d’esprit et les intentions des populations rifaines envers la présence espagnole dans leur territoire et à créer un climat favorable à l’avance des troupes espagnoles tout en encourageant ces populations à rejoindre les « harkas amies », c’est-à-dire des groupes d’hommes armés qui sous le commandement du cadi financé par l’Espagne aideront les troupes espagnoles à occuper davantage de territoire[27].
Les“Izran” incitaient les jeunes à s’engager dans la lutte anticoloniale et les mettaient en garde contre les prétentions des espagnoles :
TamazightFrançais
A yeƕramen irifeyyenOh jeunes Rifains
wtet x tmort nwemDéfendez votre patrie
Aseppanyu yusse’dL’Espagnol est venu
Ad yawi recbub nwemPour emmener vos femmes
Ighzar umasin itjhad ra nettaLa rivière ‘’Amassin’’ combat elle aussi
Yejja igheyd n wezghar ihedda yezraElle a obligé le cerf à manger les pierres
Les craintes des rifains, apparemment, étaient bien fondées ; effectivement les espagnoles avaient cette tendance à conquérir les femmes rifaines et ils arrivaient parfois à se marier avec elles. Un poème populaire espagnol fait référence à cette situation où les espagnols tombaient amoureux des filles rifaines[28] :
EspagnolFrançais
A la España he de llevarte ;A l’Espagne je dois t’emmener
Alegre mi pecho crece.Joie ma poitrine grossie
Morita, he de presentarteMa petite maure, je dois te présenter
A mi rey, Alfonso XIIIÀ mon roi, Alphonse XIII
Lors des appels au combat par les différents chefs de résistance, la mobilisation des rifains était générale, surtout pendant la période où Abdelkrim faisait appel à toutes les tribus pour qu’elles oublient leurs différences et disputes internes et s’unir pour lutter contre l’intrusion espagnole :
TamazightFrançais
Babat negh ameqran rami yegga abarraƕNotre père, le grand quand il a lancé son appel au combat
War yeqqim bu umeysa war yeqqim bu fedjaƕPersonne n’est absent, ni le berger, ni l’agriculteur
A ττerba semƕen di rerwaƕLes tolbas ont abandonnés leurs mosqués
Xelli tiwessura arzint iqudaƕEt aussi les vieilles femmes ont brisés leurs pots
Xzar ghar umjahed min’d yiwi zi resnaƕRegarde le combattant ce qu’il a apporté comme arme
Reƕdida teqδaε d ufucir afedjaƕUn poignard très tranchant et un fusil de l’agriculteur
Yemnaε rekraτa yekkar ad iτeyyaƕLe fusil dans la main, il commence à abattre
A sebεa raf i tengha zi rmghab ar ŝbaƕC’est 7000 hommes qu’il tua depuis le coucher du soleil jusqu’au matin
Tenghayi Fatima s umidhin acemcaƕFatima qui portait une blouse fine m’a chagriné
Rami dayi tenna baba war’d yaregwaƕQuand elle m’a dit : mon père n’est pas rentré
Baba ma d’awaryigher yimi di reqsaƕMon père est un homme ‘’ouariaghli’’ qui a vécu dans la rudesse
Wa meqqaregh qa yemmut wa meqqaregh qa yejraƕJe te ne dis pas qu’il est mort je te ne dis pas qu’il est blessé
Babat negh ameqran I yucin rmeftaƕNotre père, le grand, qui a donné la clé
Yennawem tammort nnegh cbar war dayes nsemmaƕIl vous a dit à propos de notre terre que nous ne l’abandonnerons pas aux ennemis
Les tribus acceptaient de mettre de côté leurs rivalités pour s’unir sous la même bannière, sous le commandement de Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi. L’unification de ces tribus dans le cadre d’une entité nouvelle ne pouvait manquer d’avoir des conséquences positives sur la force de la résistance qui voit son organisation s’améliorer de plus en plus et ses attaques plus efficaces et capable d’engendrer à l’ennemi plus de dégâts.
Iƕarge’d urumi, iƕarge’d gi nhar n lƕadL’attaque du chrétien fut un jour de dimanche
Ar dhar ubarran, ghiras war dinni ƕadArrivé au Mont Abarrane, il cru qu’il n’avait personne
A dinni irifiyen war gharsen bu lƕadIls y avaient des rifains au nombre illimité
Nghinas rqabtan, lƕakem gharsenas ibedIls ont tué le capitaine et le commandant l’ont égorgé debout.
Conclusion
Ainsi il semble que toutes les batailles qu’a connu le Rif à l’époque moderne contre l’envahisseur étranger, notamment français et espagnol, furent enregistrées par la poésie populaire rifaine, avec une spontanéité qui se rapporte souvent à des réactions psychiques et émotionnelles. Cette poésie chante parfois le courage, l’héroïsme et les victoires des combattants, d’autres fois, la lâcheté de l’ennemi et ses défaites. Parfois elle se moquent de l’ennemi, dans des tournures satiriques propres à la langue rifaine, et de ses collaborateurs et exhortent les combattants à la confrontation avec ténacité. Parfois elle pleure les victimes de la guerre, l’abattement des forces des populations et la résignation. Elle désire la disparition de ce climat de guerre qui fait tant de souffrances. Elle procède ainsi à l’enregistrement des faits et des événements historiques par l’apport d’informations toponymiques et anthroponymiques. Elle emploie pour cela des expressions simples et spontanées qui évoquent souvent des images et des figures de styles et de rhétoriques propres à la langue berbère, basées sur des comparaisons, des métaphores et des métonymies.
Partie II : Analyse de l’épopée Dhar Ubarran
Introduction
La version du poème que nous étudierons ici dans cette partie est une version rapportée par Mohammed Aqoudad et Mohamed El Ouali dans leur livre ‘’l’épopée Dhar Ubarran, un chant de la résistance rifaine’’.
Le texte, dans son ensemble, semble avoir plusieurs fonctions, il utilise divers procédés stylistique, lexicaux et syntaxiques. Il se caractérise aussi par la variété des stratégies discursives : description, récit, monologue, dialogue, etc. On y retrouve différents genres ou registres comme la tragédie, la satire, l’apologie ou le lyrisme.
La structure du texte parait simple, à chaque vers correspond une idée. Mais des découpages en unités sémantiques ou thématiques sont possibles. Les rimes, les allitérations, les assonances et certains parallélismes au niveau lexiques ou syntaxiques pourraient mettre en évidence le repérage et le découpage en idées principales.
En ce qui concerne ce qui pourrait être une délimitation strophique on relève par exemple le refrain ‘’A yadhar ubarran a yassus n yexsan’’ qui se répète le long des 16 premiers vers. Ainsi les vers qui suivent le 1er et le 2e refrain mettent l’accent essentiellement sur une idée centrale qui est celle de ce qui peut être traduit par duperie, tricherie ou tromperie et qui correspond au verbe ‘’Ighar’’ que le poète utilise.
 La signification de Dhar Ubarran
Il s’agit d’une unité sémantique berbère constitué de deux mots liés par une préposition ‘’n’’ (de), créant un syntagme nominal « [Dhar]+[n]+[abarran] », de point de vue syntaxique c’est une forme figée avec chute de la préposition ‘’n’’ par assimilation.
Le premier élément du syntagme nominal ‘’dhar’’ est d’origine arabe, et qui signifie ‘’mont’’ ou ‘’colline’’.
Le deuxième élément ‘’abarran’’ est un adjectif dérivé de l’adverbe ‘’barra’’ (dehors) et qui a changé de catégorie grammaticale pour donner un nom.
Le terme ‘’abarran’’ dans le parler rifain désigne le mal de perdrix, or pour la femelle on utilise le mot ‘’tasekwart ou tasekkurt’’ qui lui-même possède un correspondant en genre masculin ‘’asekkur ou asekwar’’. L’adjectif ‘’abarran’’ est souvent utilisé pour distinguer les animaux vivants dans les bois (en dehors) de ceux qui sont domestiques. Dans ce cas on avait un syntagme nominal ‘’asekkur abarran’’ pour désigner un type de perdrix mal, qui vie dans les bois : la dénomination toponymique a fait tomber le nom ‘’asekkur’’ au profit de l’adjectif qui substitue le nom. Ainsi la dénomination initiale était ‘’Dhar n usekkur abarran’’ qui se traduit en français en ‘’Mont de la perdrix mal des bois’’.
Définition de l’épopée
Une épopée est une grande composition, généralement en vers, qui raconte quelque action héroïque, embellie d’épisodes, de fictions et d’événements merveilleux.
Par extension, elle signifie une suite de faits historiques qui, par leur caractère héroïque, rappellent les récits merveilleux des poètes.
L’épopée est donc le récit d’une grande action, mettant en jeu ou symbolisant les grands intérêts d’un peuple : sa religion, son unité, son patriotisme, son territoire, sa culture.
 Dans quelle mesure le poème ‘’Dharr Ubarran’’ est une épopée ? et quels sont ses points communs avec l’épopée classique ?

  1. C’est un poème qui relate des événements historiques vraisemblables qui ont lieu dans la région du Rif au début de XXe siècle.
  2. La longueur du poème varie selon les versions rapportées par les plus vieux de la population rifaine.
  3. C’est une poésie qui se rattache à la tradition orale, transmise de bouche à oreille.
  4. Elle est destinée à faire l’éloge des guerriers rifains qui ont battus l’ennemi espagnol tout en passant par des épreuves difficiles de la guerre.

Transcription latine du poème

01A ya dhar ubarran a ya ssus n yexsan
02Wi zzayk igharren azzays ighar zman
03Amen zzayk ighar urumi yudef Temsaman
04Temsaman ma tehwen ma tghirac d benneεman
05Nezzah a mimunt maƕend gham ayetmam
06Tteffaƕ war yenwi rbaquq d’asemmam
07A ya dhar ubarran a ya ssus n yexsan
08Wi zzayk igharren azzays ighar zman
09Rami tawtid rborqi tarni’d ra d tixuzan
10Ma igharric uqarqac ma d εmar n buyawzan
11Ma gharrentc tibrighin ibeysen s ifiran
12Am ighar ugharrabu x waεror n waman
13Aqqimen days irumiyen ttembarrazen am imuyan
14Yaqqim sraε nsen g waman am ighunam
15Xzar ghar wemjahed min’d yiwi zi resnaƕ
16raƕdida teqδ d’ufucir afellaƕ
17A ya dhar ubarran a ya ssus n yexsan
18Mani inhem rborqi mani nehcen yeysan
19Mani iqqim rεeskar ised am iserman
20qqiment ticucay nnes am rferfer yenwan
21mani yemmut rƕakem mani yemmut utorjman
22A rqeb τan wilva temži xak rƕerqa
23manis yekka rεeskar nnec ra d’ijjen ma yeddar
24ƕarcen’d yat waryigher amežyan ameqran
25gginas I buyjarwan am netta am iserman
26ƕarcen’d yat waryigher di tenεac amya
27umi’d gha εeqben a εeqben’d di xemsa
28arebbi mamec gha gegh?
29I xedduj a εemmi xmi day’d gha terqa
30xmi day gha tini Mmuƕ mani ikka?
31Mmuƕ amjahed tanghit ƕarraqa
32Arebbi mamec gha gegh?
33I waber abarcan yebbehba’d s’umeττa
34Aya lalla yemma x ufud inu iweττa
35mmi adrar n reƕmam mmi war nufi bu rehna
36Aman d’iŝemmaδen sserqaƕen taŝeττa
37ŝugen’d ghari regnus yarsa dayi wamnus
38Wallah ghar ma teqqimed a buyjawan g fus
39seppanya seppanya I’d yarxun cεar
40sighay’d fus nnem adam inigh cƕar
41A εmar n wefqir x sserk I yewδa
42A εmar n rmadani a yamjahed ahemmi
43tjahded s rkabus tεawded s’uxedmi
44kenniw a irifiyen d’imjahden zi rebda
45tjahdem s’ufus nwem jahdent ra d tiniba
46min arbunt d’iqubac gaεdent akd iŝuδar
47rmunet x waεror arbunt akd wedmar
48rqareb n ssekwar izeyyen s’ufiru
49A faδma tarifect cenna mara turu
50Cenna mara tebyes reƕzam n abεa duru
51Cenna mara tenna I wsimi hellararu
52Iŝug’d urumi x wenwar d’uεarwi
53Muƕend n εebdekrim ay amjahed aƕorri
54 taεessast n buymejjan tekkar days caεrira
55taεessast n tmammact ghar tŝuδ ameττa
56Umi yuyor urumi yisi palto deg wghir
57rami gha yadef mritc iδerqas deg webrid
58yenyarwe’d urumi yenyarwe’d a yemma
59tudarta d tudart amin umi teƕra
60iŝug’d urumi yeττef tizi εezza
61Yexs ad’iqam atay s waman n warma
62A yimjahden wtet tudart mayemmi teƕra
63Iŝug’d urumi yeττef aεarwi s draε nnes
64Yiwe’d driwec yudfit s’imuddukar nnes
65Lalla tafarsit atenni yemmenzen s rƕes
66Ifarƕas urumi yexs atyawi waƕdes
67Yiwe’d tizi n εezza d tzura n yexsan nnes
68Iŝug’d urumi war yeqqar ad’ibed
69Yiwe’d tizi n dris ighir war dinni ƕed
70Nghin din rqebτan rƕakem gharsenas ibed
71Aya muray Muƕend A zzaεim aseyyas
72Yezzudj ƕetta awmi yarra afransis ar dsas
73Aya rƕmam inu yeττawen war yetrus
74Raƕ siwδas sram I rrays n wefransis
75Iniyas teddukre’d εebdekrim d’amenƕus
76A muray Muƕend! Mecƕar umi gha neŝbar?
77ττeyarat zeg wjenna fargatat zi rebƕar
78Aya lalla yemma min rugh d’ameττa
79x dcar ameqran umi’d yeffu yexra
80A turi’d ττeyarra tegwor tedderdir
81Tus’d atewwet rƕakem n wejdir
82ŝbar a yur inu ŝbar a mmi wir tru
83Am ŝbaren idurar I tayyut d usinu
84Aya taddart nni A tin yebnan deg wedrar
85Mani raƕ bab nnem qa war dayem iδehhar
86Ma yeƕrec ma yekkar inayi mani yeffar
87A yeghžar umasin itjahaden ra nneta
88Yejja ighayden n wežghar ddarraεen I yežra
89εebdekrim d’amesrem atiεawen arebbi
90Asppanyu reεdu deg durar itebbi
91Turi’d ττeyara tzeyyar’d am ubagher
92Aya rebbi ƕeydit x idurar n yat waryigher
93Ixecce’d urumi gi xemsa xmas
94Yennas tudart n εebdekrim anessecmed babas
95Yekke’d ij ufellaƕ yeqdaten s’uqarτas
96Ura d’ij ma yeddar ura d’ij ma yekkar
97Amežyan ameqran s kurci yeqdat
98A taqbilt n temsaman gganegh abrid aneεda
99Ad neεda ghar useppanyu gi tizi εezza
100Ad neεda ghar umzawaru amcan n jnada
101Ad neεda ghar useppanyu buƕmara aqqa yeqda
102Aya rƕakem ameqran itžemman baτaτa
103Aya mulay Muƕend amjahed ameqran
104Yeƕmer’d x urumi ghar dhar ubarran
105Ca yisi’d aqarτas ca yisi’d imeyran
106Tghirasen ad raƕen ad mjaren marru deg ghežran
107ƕesben arumi amecnaw tiƕujar
108Aya tizi εezza amcan n yemjahden
109Din iτfen arumi amcnaw ifidjusen
110Arumi rkafar deg wenwar yenneghmar
111 Yuta tixuzan ijebdasent tighemmar
112Turi’d ττeyara tekke’d tizi εezza
113Tejja tamesrent qaε ttemεezza
114Turi’d ττeyara deg wjenna tegga ghidu
115Deg jarmaws I di tegga ghezzu
116Tengha muƕammed tqeδwit εad d’agheddu
117Turi’d ττeyara d sidi brahim I tewta
118Tewta lmujahidin tarwa n ŝŝuƕuba
119A yamjahed a mmi ma teswid maruxa
120Rqayed n tizi εezza itžemma baτaτa
121Yewta di ssenyan yežwa ghar malagha
122Arni’d rεeskar ma wa qa yeqδa
123Mani yegga temnaraf zi malagha težwa
124Aneggaru nsen di rƕmam I yewδa
125Mmarra min yessexsar deg wenwar itiweddar
126A tasraft imendi ma teεmar a εenti?
127Aqqam aryaz nnem yegwar war yetsedƕi
128xminni war ixeddem netta akd urumi
129Aqarqac ughembub iruƕ war’d yeδhar
130S weghrum d watay ittummes deg weεror
131Tamghart tεayanit ƕuma xas idebbar
132Tεejbas tziyyat ad yemmet am uheggar
133A min ac i ŝeƕƕen ay axbarji n dcar?
134Ma turyac ccehria x waddud ucewwar?
135Aya rebi ad tehdid anex yewc ttesriƕ
136Anex yewc ttesriƕ x lalla buya d cδiƕ
137A muray mƕend ma war iƕin wur nnec
138Aqqac lalla buya teqδa zi tmort nnec

Traduction en français du poème Dhar Ubarran

1Ô Mont Abarrane, Ô carie des os
2Celui qui t’as induit en erreur il a lui-même des déboires
3tu semble être dupé lorsque le chrétien a osé entrer à Temsamane
4Temsaman n’est pas si facile, crois-tu que ce soit de coquelicot
5Jouissez, Ô Mimount pendant que vous avez vos frères à vos cotés
6les pommes ne sont pas mûres et les prunes sont aigres
7 Ô Mont Abarrane, Ô carie des os
8 Celui qui t’a induit en erreur il a lui-même des déboires
9lorsque tu as lancé les bombes et ensuite tu as campé
10est-ce Aqarqach qui t’as dupé ou c’est « Amar Bouyeouzane »
11ou ce sont les filles ceintes avec des fils qui t’ont dupé
12comme fut dupé le bateau sur l’eau
13les chrétiens y sont resté, se heurtant les uns contre les autres comme des boucs
14leur armes, flottaient sur l’eau comme des cannes
15regard ! Ce que le combattant a comme arme
16un couteau coupant et un fusil conventionnel (banal)
17 Ô Mont Abarrane, Ô carie des os
18où les bombes explosaient et où les chevaux hennissaient
19où les soldats étaient tendus comme des poissons
20leurs casques étaient éparpillés comme des poivrons grillés
21où le commandant et le traducteur étaient morts
22Ô capitaine Huelva, le cercle s’est rétrécit sur toi
23où sont tes soldats ? Personne n’est vivant
24les Aït Ouriaghel se sont mobilisés ; petits et grands
25le mangeur de grenouilles fut traité comme du poisson
26Les Aït Ouriaghel se sont mobilisés au nombre de douze cents
27lorsqu’ils se sont revenus ils étaient au nombre de cinq
28Ô mon Dieu, comment pourrais-je faire
29pour Khaddouj, Ô mon oncle, lorsqu’elle me croisera ?
30lorsqu’elle me demandera où est passé Mouh ?
31Mouh le combattant est tué par une bombe
32Ô mon Dieu, comment pourrais-je faire
33avec le cil noire mouillé par les larmes ?
34Ô ma chère mère, c’est sur mon genou qu’elles tombent
35Mon fils, Ô Djbel Hamam, nous ne vivons pas en paix
36l’eau est fraîche, elle fait revivre les jeunes arbres
37les pays se sont fondés sur moi et l’inquiétude demeure en moi
38je le jure par Dieu, Ô mangeur de grenouilles, que tu tomberas dans mes mains
39Espagne, ô Espagne qui a laissé pousser les cheveux
40donne-moi ta main et je dirais combien
41Ô Amar fils d’Oufkir, c’est sur les fils barbelés qu’il a succombé
42Ô Amar El Madani, Ô brave combattant
43tu as combattu avec ton pistolet et tu as continué avec ton sabre
44Vous, les rifains, vous êtes depuis toujours des combattants
45vous avez combattu avec vos mains et les filles aussi ont combattu à vos cotés
46elles portaient les jarres sur leurs dos et grimpaient les rochers
47elles portaient les fournitures sur le dos et montaient la montagne
48le pain du sucre orné d’un fil
49Fadma la rifaine est digne d’avoir une telle progéniture
50elle est digne d’avoir ceint une ceinture de quatre réaux
51digne d’avoir fait des bercements au bébé
52Le chrétien a attaqué Anoual et Aroui
53Mohamed fils de Abdelkrim, Ô pure combattant
54la garde de Bouymejjan est mise en feu
55à la garde de Tmammachte on entend des lamentations
56quand le chrétien est parti, il a pris son manteau sur son bras
57quand il entra à Melilla, il le laissa tomber sur la route
58Ô ma mère, les chrétiens se mobilisent
59cette vie est une vie qui ne vaut rien
60le chrétien attaqua et prit Tizi Aezza
61il veut préparer du thé avec de l’eau d’Oulma
62Ô mudjahidins, combattez, à quoi bon la vie ?
63le chrétien attaqua Aroui et le prit par force
64quand il arriva à Dar Driouch, il y entra grâce à ses amis
65Ô chère Tafarssite, celle qui est vendue en silence
66le chrétien est content, il veut être le seul propriétaire
67il arriva à Tizi Aezza, c’est la carie de ses os
68le chrétien attaquait, dira-t-on qu’il ne va pas s’arrêter
69il arriva à Tizi Aezza, il croyait qu’il n’y avait personne
70on y tua le capitaine et le commandant fut égorgé debout
71Ô Moulay Mohand, Ô notre leader politique
72il a juré faire reculer les français jusqu’aux leurs tranchés
73Ô mes pigeons qui s’envolent mais ne s’atterrirent pas
74allez saluer le président français
75dis lui que Abdelkrim va vous apporter malheur
76Ô Moulay Mohand pour combien de temps faut encore endurer (persévérer)
77les avions nous bombardent du ciel et les frégates de la mer
78Ô chère mère, ce que j’ai dû pleurer
79sur ce grand village lorsqu’il est devenu vide de ses habitants
80l’avion monte dans le ciel et marche en désordre
81il est venu pour bombarder le commandant d’Ajdir
82Ô mon cœur, soit patient, Ô mon fils soit ferme et ne pleure pas
83regarde comment les montagnes surmontent le brouillard et les nuages
84Ô cette maison là, celle qui est construite là-haut dans la montagne
85où est passé ton propriétaire que ne nous le voyons pas
86est-ce qu’il est malade, est-ce qu’il est debout, dit-moi où est-il caché
87Ô rivière d’Amassine qui combat elle aussi !
88elle a laissé les cerfs embrasser les pierres
89Abdelkrim est un musulman, que l’aide de dieu soit avec lui
90l’espagnol, notre ennemi, rôde dans les montagnes
91l’avion plane et s’incline comme un corbeau
92Ô mon dieu, écarte-le des montagnes des Aït Ouariaghel
93le chrétien est survenu au nombre de cinq cinquièmes
94il a dit que la vie de Abdelkrim sera un enfer
95un paysan est passé et il les a exterminés en les criblant par balles
96personne ni vivant, personne ne peut se lever
97petits et grand, il les a tous exterminé
98Ô tribu de Temsamane, laisse-nous le chemin libre pour que nous puissions passer
99pour atteindre les espagnols qui sont à Tizi Aezza
100atteindre Amzaourou qui est un lieu de Jnada
101nous voulons aller rencontrer les espagnols, quant à Bouhmara, lui il est foutu
102Ô Haut commandant qui comprime les pommes de terre
103Ô Moulay Mohand, notre grand combattant
104il s’est abattu sur les chrétiens à Dhar Abarrane
105certains de tes combattants sont armés de fusils et d’autres n’avaient que des faucilles
106ils croyaient qu’ils allaient faucher de l’herbe dans les rivières
107ils traitaient les soldats espagnols comme des cibles de jeu de tir
108Ô Tizi Aezza, lieu des combattants
109c’état là que les chrétiens furent capturés comme des poussins
110le chrétien infidèle, c’est à Anoual qu’il s’est fortifié
111il a monté les tentes et il leur a tendu les coins
112l’avion a décollé, il a survolé Tizi Aezza
113il a laissé par conséquent les musulmans échanger les condoléances
114l’avion a monté dans le ciel, il a laissé une trace de fumée
115c’est à Ijarmaousse qu’il a fait ravage
116il a tué Mohamed qui était encore jeune
117l’avion a décollé et c’est à Sidi Brahim qu’il a effectué ses frappes
118il a bombardé les combattants qui sont des fils de ‘’Sahabas’’ (les compagnons du Prophète)
119Ô mon fils, as-tu bu de (l’eau)
120le caïd de Tizi Aezza comprime les pommes de terre
121il a téléphoné à Malaga :
122envoyez plus de soldats parce que celui qu’on avait fut exterminé
123où a-t-il mis ses 8000 hommes venus de Malaga
124le dernier d’entre eux a succombé dans le Djbel Hamam
125tout ce qu’il a gâché c’est à Anoual qu’il a perdu
126Ô ma tante, as-tu rempli ton silo avec du blé ?
127Voila que ton mari marche sans avoir honte
128quand il ne travaille pas c’est avec le chrétien qu’il est
129l’homme au visage tacheté est disparu
130 Il est parti en portant sur son dos du thé et du pain
131sa femme l’attend pour subvenir à ses besoins
132Il aime boire de l’alcool, il crèvera comme un chien
133Qu’as-tu gagné, Ô espion du village
134As-tu reçu un salaire plus payant que celui de moissonneur ?
135Que Dieu le mette sur le bon chemin pour qu’il nous donne l’autorisation
136nous autoriser à chanter (lalla bouya) et à danser
137Oh sidi Muhend pourquoi ton coeur est si dure
138voila que la chanson de lalla bouya est abolie dans votre terre

Analyse de fragments du poème

Vers 48 à vers 51(une autre variante)
Rqareb n ssekwar izeyyen s’ufiru
Fadma tawaryighecht[1] cenna mara turu                    (tarifect= la rifaine)
Cenna mara tebyes repzam n’arbεa[2] duru                 (sebεa=sept)
Cenna mara teggas i mmis hellararu
Le bloc de poème est rimé en “ru” et la répétition anaphorique par l’adverbe laudatif et euphorique “Cenna” se poursuit sur trois vers.
La structure de ce bloc peut être divisé en deux parties :
La première comportant un seul vers ; le premier du bloc, qui connote une certaine félicité ou une certaine ambiance de célébration. En effet, le vers parle du pain du sucre décoré ou orné d’un fil. Cette décoration est mélangée à la douceur du sucre que représente ce pain du sucre, le tout reflète un décor de festivité et un climat de bien-être.
La tradition marocaine en général, en ce qui concerne le pain du sucre, est riche en symbolique. C’est autour d’un verre de thé préparé d’une façon cérémoniale avec du sucre et de la menthe que les gens se rassemblent. Le pain du sucre a une place importante dans la culture amazighe et il est présent dans presque toutes les cérémonies et festivités. Le sucre désigne métonymiquement l’union d’individus chers réunis autour d’un plateau garni de verres remplis de thé doux à la menthe. Le sucre fut considéré comme un produit de luxe en ce début de XXe siècle.
Le combattant, au moment de repos, à la suite d’une bataille, s’assoie avec les siens pour déguster le thé, tout en savourant la victoire remportée sur les espagnoles.
La deuxième partie, formée par les trois vers qui suivent le premier, est une sorte d’éloge à la femme qui a donné naissance à ce brave combattant. Tout le mérite revient à cette femme qui a su faire d’un enfant un brave homme, cette femme des Aït ouriaghel (ou dans certaines versions on parle de la femme rifaine en général), qui est digne d’être heureuse et fière de ce fils courageux. Elle avait un rôle très important dans l’éducation des générations qui furent éduqués sur des valeurs de courage, de travail et de sacrifice, ce fut elle qui protégeait la famille pendant que l’homme est au combat. C’est pour cela qu’elle mérite toute la reconnaissance et l’estime.
Ainsi la mise en valeur du héros, dans cet extrait, est associée à la mise en valeur de sa mère. Les éléments utilisés par le poète pour faire l’éloge de la mère du héros sont d’une grande valeur à cet époque : le pain du sucre ; un objet rare et précieux, la ceinture de quatre réaux ; une somme d’argent considérable et enfin le bercement de l’enfant qui connote une valeur affective maternelle et un effort qui n’as pas été fait en vain.
A propos de la diversité des versions ou de variations dans certaines versions, on peut dire que l’une des caractéristiques du chant rifain c’est qu’il voyage et prend par la suite certains traits distinctifs d’une localité ou d’une tribu. Une fois l’apport tribal et l’empreinte tribale introduits, le texte subit une légère variation ou modification pour donner au chant d’autres versions. D’autre part, dans certaines versions c’est tout à fait l’inverse qui se produit ; les spécifications tribales ou locales tombent pour céder la place à la généralisation englobant toute la région du Rif et toute la population rifaine.
Vers 1 à vers 6
 01A ya dhar ubarran a ya ssus n yexsan
02Wi zzayk igharren azzays ighar zman
03Amen zzayk ighar urumi yudef Temsaman
04Temsaman ma tehwen ma tghirac d benneεman
05Nezzah a mimunt maƕend gham ayetmam
06Tteffaƕ war yenwi rbaquq d’asemmam
Le poète s’adresse au mont Abarrane en le personnifiant et le compare à la carie des os. La structure syntaxique ‘’ a ya dhar ubarran a ya ssus n yexsan’’ est une métaphore appositive de la forme X est Y qui pourrait être exprimée de la façon suivante : Dhar ubarran d ssus n yexsan (Dhar Ubarran est une (la) carie des os).
Le mont Abarrane un lieu où l’occupant est condamné à être détruit et enterré. Cet occupant fut dupé et osa entrer en Temsamane croyant que celle-ci est facile à prendre. Le poète le met en garde et lui annonce que Temsamane n’est pas si facile et fragile comme l’est la fleur de coquelicot. Ensuite il incite Mimounte à se réjouir tant que ses frères sont là pour la défendre. L’évocation de la fille symbolise aussi la terre de Temsamane qui est protégée par ses habitants et quand on parle de défendre la femme on parle aussi de défendre la terre. La femme et la terre sont deux éléments étroitement unis de la culture rifaine en ce qui concerne la sauvegarde de la dignité et de l’honneur de l’homme rifain. Mimounte n’est pas n’importe quelle fille, le poète la compare à la pomme non mûre et au prune aigre, cette fille est encore jeune et vierge mais non disponible au désir et l’appropriation.
Le vers (6) ‘’ttef/fah/ war/ yen/wi // rba/quq/ d’a/sem/mam’’ fait intervenir deux termes appartenant au monde végétal (les pommes et les prunes) et les termes ‘’war yenwi’’ et ‘’asemmam’’ sont synonymes, ce qui crée une structure de parallélisme simple. Dans ce même vers on peut ressortir une certaine opposition en ce qui concerne le temps de maturité de ces deux fruits : les pommes mûrissent pendant le printemps et les prunes l’été.
L’occupant espagnole a osé entrer en terre de Temsamane et s’installer dans le mont Abarrane le 1er juin 1921, tout en se basant sur des renseignements erronés de l’office des affaires indigènes qui croyait avoir gagné la confiance de certains chefs des tribus corrompus.
Vers 17 à vers 23
 17A ya dhar ubarran a ya ssus n yexsan
18Mani inhem rborqi mani nehcen yeysan
19Mani iqqim rεeskar issed am iserman
20qqiment ticucay nnes am rferfer yenwan
21mani yemmut rƕakem mani yemut utorjman
22A rqeb τan wilva temži xak rƕerqa
23manis yekka rεeskar nnec ra d’ijen ma yeddar
L’unité est riche en dédoublement de constructions syntaxiques analogues que le poète applique à des contenus différents. L’adverbe de lieu ‘’mani’’ (où) est utilisé de part et d’autre dans les vers pour créer un effet de parallélisme par une structure simple (Adverbe ‘’Mani’’ + verbe + nom) (vers 18 et 21) et donner ainsi au vers une certaine musicalité.
Le champ lexical de la guerre (canon, chevaux, soldats, capitaine, encerclé) y est présent.
Dans ces vers le poète fait la description de la scène de bataille à Abarrane où on entend l’explosion des bombes, le hennissement des chevaux et où on voit les corps des soldats espagnols étendus partout sur le sol, leurs casques éparpillés et grillés. Le cercle se rétrécit sur le capitaine Huelva, il est pris au piège, ses soldats sont tous tués.
Dans cette description tragique, le poète utilise certains procédés de comparaison pour lui donner un ton ironique et satirique. Pour se moquer des soldats tués, il les compare à un amas de poissons morts qui, sans doute cette scène, provoque une sensation de répugnance. Et il ajoute dans le même sens que leurs casques étaient éparpillés comme du poivron grillé.
Effectivement le capitaine Huelva mentionné dans ces vers et les autres officiers retrouvèrent la mort après l’attaque des mudjahidins alors que les autres soldats qui restaient encore vivants essayaient de fuir pour sauver leurs vies. L’attaque à Abarrane laissa en main des combattants rifains un matériel de guerre considérable, en plus du triomphe psychologique qui avait une grande répercussion dans tout le Rif[3].
La défaite des espagnols à Abarrane fut la première victoire de la résistance rifaine sous le commandement d’Abdelkrim en cette année de 1921. Après cette attaque, la tribu de Temsamane fut résolue à défendre son territoire contre l’occupation avec l’aide des Aït Ouriaghel. Le 17 juin 1921, une autre attaque fut lancée contre les espagnols à Ighriben, une position située à 6 km d’Abarrane que le général Silvestre venait d’occuper juste après la chute d’Abarrane. Les officiers de ce site furent tués et les soldats espagnols pris par la panique, essayaient par tous les moyens de fuir et rejoindre le site d’Anoual pour y réfugier. Peu après, le 21 juin, se fut l’attaque à Anoual[4].
L’attaque à Abarrane et en suite à sidi Driss démontrait bien que la résistance rifaine avait changé ses techniques d’action et qu’elle était par la suite dotée d’organisation, de direction et de plus de ressources et une amélioration en armement.
Vers 10 à vers 14
10Ma igharric uqarqac ma d εmar n buyawzan
11Ma gharrentc tibrighin ibeysen s ifiran
12Am ighar ugharrabu x waεror n waman
13Aqqimen days irumiyen ttembarrazen am imuyan
14Yaqqim sraε nsen g waman am ighunam
Ce passage fait appel également au registre tragique et satirique. En s’adressant à Dhar Abarrane le poète le réprimande et ensuite à travers lui blâmer l’armée espagnole pour son arrogance. Il continu et se demande, en ironisant, si cette armée fut trompée par certains de ses collaborateurs locaux corrompus qu’il cite par leurs prénoms ‘’Aqarqache’’ et ‘’Amar Bouyeouzane’’, ou encore ce sont ces belles filles élégantes qui l’ont dupé.
‘’Am ighar ugharrabu x waεror n waman’’ ou ‘’Am ighar ugharrabu sennej i waman’’
L’image évoquée dans ce vers est celle du bateau et sa relation avec le monde maritime. Ce bateau, avec tout son poids, ses bâtiments, ses compartiments et même toute la cargaison qui se trouve dans la cale, est un objet ou une structure métallique grandiose et puissante. Mais malgré tout cela, une fois au large, il est exposé aux dangers imprévisibilités de la mer ; il est seul et isolé au milieu des eaux qui l’entourent de tous les côtés et peut faire naufrage à n’importe quel moment : il est vulnérable comme l’est l’appareil et l’arsenal militaire espagnol. Ce bateau est aussi un moyen qui a servit à l’embarquement des troupes espagnoles vers les terres rifaines.
Lorsque ce bateau commençait à s’approcher de la côte et l’heure de débarquement arrivée les soldats furent surpris par les tirs des combattants rifains confinés dans les collines. Les soldats espagnols, poursuit le poète, se heurtaient les uns contre les autres comme des boucs. Affolés et pris par la panique ils abandonnaient leurs fusils qui flottaient sur l’eau comme des cannes.
Vers 39 à vers 47
39seppanya seppanya I’d yarxun cεar
40sighay’d fus nnem adam inigh cƕar
41A εmar n wefqir x sserk I yewδa
42A εmar n rmadani a yamjahed ahemmi
43tjahded s rkabus tεawded s’uxedmi
44kenniw a irifiyen d’imjahden zi rebda
45tjahdem s’ufus nwem jahdent ra d tiniba
46min arbunt d’iqubac gaεdent akd iŝuδar
47rmunet x waεror arbunt akd wedmar
Le poète fait l’éloge non seulement de certains combattants qu’il cite par leurs noms, comme Amar Oufkir et Amar El Madani, mais de tous les rifains en général.
Il attire l’attention sur leur comportement courageux, ils se battent avec de simples armes dans l’attente de s’approprier des armes de l’ennemi qui sont plus perfectionnées. Ils ont depuis toujours cette tendance à la résistance et cette disposition à combattre l’ennemi quel qu’il soit. La femme rifaine, note le poète, elle aussi est courageuse et elle est toujours présente à coté de l’homme, comme support logistique à la bataille : elle transporte de l’eau, des provisions et des munitions sur son dos depuis le pied de la montagne jusqu’au sommet et plus souvent jusqu’aux positions des batailles. L’eau que transportaient ces femmes fut un élément crucial et déterminant dans la victoire de la résistance.
Le maintien des sources d’eau sous le control de la résistance était une arme efficace contre l’avancement des troupes espagnoles. A Sidi Brahim, les combattants ont su comment barrer la route aux convois espagnols qui transportaient de l’eau sous la protection d’un contingent de soldats. Les convois étaient continuellement attaqués par les combattants rifains mais ils arrivaient souvent à leur destination d’ighriben et d’Anoual jusqu’au sa prise le 16 juin 1921. Après cette date les tentatives successives des espagnoles de s’approvisionner en eau furent en vain. Le but des rifains était d’isoler ces positions en coupant leur ravitaillement pour obtenir ainsi leur reddition[5].
Le manque d’eau dans les sites occupés par les espagnols et assiegés par les combattants rifains était une réalité. Les soldats espagnols étaient obligés parfois, pour compenser ce manque, à boire l’eau des boites de conserves, comprimer les pommes de terre pour en tirer de l’eau et voire même dans certaines situations plus graves boire leur propres urines[6]. Dans ce cas, le poète non loin de la réalité de ce qui se passe autour de lui, fait intervenir son talent pour décrire les évenements tel qu’ils sont et d’une manière à contribuer à la lutte de ses concitoyens en utilsant la satire ; le moyen stylistique le plus facile, le plus persuasif et le plus influant sur la réalité. Par exemple dans les vers (102) “Aya rƕakem ameqran itžemman baτaτa” et (120) “ Rqayed n tizi εezza itžemma baτaτa” à première vue on dirait que c’est seulement une moquerie dirigée au commandant et au caïd de Tizi Aezza respectivement. Certe elle l’est mais ces deux vers indiquent aussi la réalité des faits : essentiellement celui de faire comprimer les pommes de terres dans le but d’avoir un peu d’eau pour rassasier et apaiser la terrible soif dont souffraient les assiégés espagnols.
Vers 56 à vers 70
56Umi yuyor urumi yisi palto deg wghir
57rami gha yadef mritc iδerqas deg webrid
58yenyarwe’d urumi yenyarwe’d a yemma
59tudart’a d tudart amin umi teƕra
60iŝug’d urumi yeττef tizi εezza
61Yexs ad’iqam atay s waman n warma
62A yimjahden wtet tudart mayemmi teƕra
63Iŝug’d urumi yeττef aεarwi s draε nnes
64Yiwe’d driwec yudfit s’imuddukar nnes
65Lalla tafarsit atenni yemmenzen s rƕes
66Ifarƕas urumi yexs atyawi waƕdes
67Yiwe’d tizi n εezza d tzura n yexsan nnes
68Iŝug’d urumi war yeqqar ad’ibed
69Yiwe’d tizi n driss ighir war dinni ƕed
70Nghin din rqebτan rƕakem gharsenas ibed
Dans ces vers le poète fait dans un premier temps le bilan de la reprise des actions militaires des troupes espagnoles et leur avancement dans le territoire rifain après la mort de Chrif Mohamed Ameziane et avant la bataille d’Abarrane. Avec les deux premiers vers le poète situe ces actions dans le temps ; le temps où la résistance, sous le commandement de Mohamed Ameziane, obligea les espagnols à se retirer en hâte vers les limites de la ville de Melilla. Pour décrire cette scène, le poète nous dit que le soldat espagnol n’avait même pas le temps de mettre son manteau, il le portait dans son bras et une fois arrivé à Melilla, n’ayant plus de forces, il le lâcha.
A la suite de ces vers il nous révèle la brutalité avec laquelle l’ennemi a repris sa revanche, en utilisant tous les moyens pour conquérir davantage de territoire et avancer sans aucune intention de s’arrêter. Le terme ‘’yenyarwe’d’’ (vers 58) (il s’est mobilisé ou il a rassemblé ses forces) est répété deux fois pour renforcer l’ampleur de l’offensive espagnole et révèler l’inquiètude qu’elle occasionna aux populations. L’ocuppant espagnol, selon les paroles du poète, prit Tizi Aezza, il voulait camper et faire du thé avec de l’eau de Oulma, ensuite il prit Aroui par la force, alors que Driouch il la prit grâce à ses collaborateurs et ce fut la même chose pour Tafersit qui fut vendue en silence.
Pendant cette période les rifains étaient plongés dans le désarroi et avaient perdu l’espoir de reconquérir leur territoire en main ennemi et plusieurs tribus, qui jadis, étaient en tête de la rébellion et de la résistance passaient de côté espagnol. Les tribus de Guel’ia furent les premières à être soumises, et juste après la mort d’Ameziane en 1912, Mohamed Baraka, le chef de la résistance qui succéda celui-ci se fut soumis aux espagnols. Ensuite c’était le tour de Dar Driouach et des Aït Bouyahyi.
En 1916, El Haj Amar El Kallouchi El Metalssi, le chef de la résistance qui succéda Mohamed Ameziane pendant quelques temps, se rangea du coté des espagnols et ainsi fut pour le caid Mâache. Ces deux derniers chefs de guerre avaient une grande notoriété chez les rifains et il suffisait juste d’entendre qu’ils étaient passés de coté espagnol, que l’impact et la répercussion sur le moral des populations seraient grands.
Menant tantôt une politique de rapprochement et de corruption, tantôt de pression et de répression, l’Espagne réussit à attirer à ses cotés plusieurs chefs et notables des tribus et former ainsi des parties espagnoles, même parmi les tribus les plus offensives, comme c’était le cas avec la tribu des Bni Saïd[7]. Mais il faut noter que la majorité des notables et chefs de tribus soumis aux espagnols n’avaient pas le choix, ils étaient dans une situation difficile et n’avaient pas d’autres options.
En janvier de 1921, après l’occupation de Bni Saïd y la grande partie de Bni Oulichek, une confédération tribale composée par les tribus de Bni Ouriaghel, les Boccoya, les Bni Boufrah, les Bni Ittefte, les Zarkate et Targuiste, s’est formé pour aider les tribus nouvellement occupées. Mais la famine qui ravageait le Rif à cause de la sécheresse et par conséquent la pénurie des vivres s’opposaient à la formation d’une force suffisamment importante et capable de heurter l’avance de l’armée espagnole[8].
De l’autre côté et en parallèle avec ses événements, le poète incite les rifains à faire face à cette invasion et proclame la nécessité de consacrer la vie à défendre la terre et la dignité rifaines, sinon à quoi est bonne la vie, comme l’affirme dans l’un de ces vers. Dans un discours direct (vers 62) le poète exhorte les populations rifaines au soulèvement contre l’ennemi. La fonction conative (selon le model des fonctions du langage chez Jackobson) du discours exhortatif est exprimée par l’impératif ‘’wtet’’ (combattez, luttez), et le vocatif ‘’a’’, le destinataire étant bien sure les combattants (Imjahden). Le poète intimide l’ennemi et dit que Tizi Aezza serait la carie de ses os et que contrairement à ce qu’il pense, des combattants, des hommes courageux l’attendent à Sidi Driss et c’était en effet là que les modjahidins ont tués le capitaine et ont égorgé le commandant tout en étant debout.
Une fois la position d’Abarrane fut reprise, le petit contingent rifain de 500 combattants continuait à avancer en direction d’autres positions espagnoles. Renforcés au passage par d’éléments de la tribu des Temsamanes, les combattants assaillirent la base de Sidi Driss. Repoussés par deux fois, ils avaient pu, à la troisième, franchir les barbelés[9].
Jusqu’alors, c’était l’Espagne qui menait l’offensive. L’effet de la victoire à Abarrane avait non seulement stoppé la poussée espagnole mais que cette fois-ci c’est de coté rifain que viendrait l’offensive[10].
Vers 126 à vers 134
126A tasraft imendi ma teεmar a εenti?
127Aqqam aryaz nnem yegwar war yetsedƕi
128xminni war ixeddem netta akd urumi
129Aqarqac ughembub iruƕ war’d yeδhar
130S weghrum d watay ittummes deg weεror
131Tamghart tεayanit ƕuma xas idebbar
132Tεejbas tziyyat ad yemmet am uheggar
133A min ac i ŝeƕƕen ay axbarji n dcar?
134Ma turyac ccehria x waddud ucewwar?
Par ces vers le poète dénonce les traîtres et les espions, il essai de ridiculiser le mari de sa tante en le surnommant l’homme au visage tacheté (aqarqac ughambub), et à travers lui dénoncer tous les collaborateurs de l’ennemi espagnol.
Il s’adresse à sa tante en lui demandant si la moisson est effectuée et si son silo est bien plein du blé, tout en lui insinuant que son mari n’a pas honte d’être un fainéant et qu’au lieu de travailler et subvenir aux besoins de sa femme, il fréquente les espagnols, il espionne ses compatriotes et pire encore il s’adonne aux boissons alcooliques qui est, sans doute, une habitude mal vue dans une société musulmane conservatrice. Ce type de personne a perdu toute dignité puisqu’il a accepté d’être payé par les espagnols pour trahir ses siens au lieu de travailler honnêtement dans les champs et qu’en fin de compte cet ivrogne moura comme un chien.
Vers 28-40
28arebbi mamec gha gegh?
29I xedduj a εemmi xmi day’d gha terqa
30xmi day gha tini Mmuƕ mani ikka?
31Mmuƕ amjahed tanghit ƕarraqa
32Arebbi mamec gha gegh?
33I waber abarcan yebbehba’d s’umeττa
34Aya lalla yemma x ufud inu iweττa
35mmi adrar n reƕmam mmi war nufi bu rehna
36Aman d’iŝemmaδen sserqaƕen taŝeττa
37ŝugen’d ghari regnus yarsa dayi wamnus
38Wallah ghar ma teqqimed a buyjawan g fus
39seppanya seppanya I’d yarxun cεar
40sighay’d fus nnem adam inigh cƕar
Dans cette unité l’aède donne la parole, dans un monologue, au combattant qui est de retour chez les siens. Le ‘je’ du poète est celui du combattant. Par sa voie il relève un discours pathétique et la situation est fort bien embarrassante : que dire à Khaddouje et comment lui dire que son mari Hammou est mort sur le champs de bataille, tué par une bombe. L’angoisse est tellement grande qu’il ne peut retenir ses larmes qui inondent les cils de ses yeux pour tomber sur ses genoux, lesquels s’effondrent et ne peut se tenir sur ses jambes. L’amertume de la situation embarrassante dans laquelle se trouve notre combattant ne l’empêche pas d’annoncer la mauvaise nouvelle d’un seul coup et sans plus de détails ‘’ Mmuƕ amjahed tanghitƕarraqa”.
L’impact psychologique de la guerre et ses conséquences sur les populations etait très grand. Le poète révèle, à travers plusieurs vers, l’état d’âme des rifains durant ce conflit et les images ne manquent pas : la souffrance, la tristesse, le désespoir, l’embarras, le deuil, l’absence de paix et l’inquiétude.
Malgré l’existence des conditions naturelles d’une vie paisible auxquelles le poète fait allusion dans le vers (36) ‘’les eaux fraîches qui fécondent les jeunes arbres’’, cette paix est troublée par les convoitises étrangères qui aspirent à s’emparer des richesses et des ressources naturelles du pays surtout celles de mont Hamam que le poète cite ici.
L’eau est le symbole de la vie et de la fécondité mais cette eau est troublée par des forces intruses qui ont engendré beaucoup de mal et de morts. Le poète est plus explicite en culpabilisant l’Espagne et l’invite à reconnaître son crime et à accepter le bilan lourd des morts. Mais malgré tout ce mal et cette souffrance, le poète dans une attitude de menace, nous avance dans le vers (38) une défaite imminente de l’ennemi espagnol taxé de ‘’bouyjarwan’’ (le mangeur de grenouilles), dans une attitude péjorative envers l’espagnol.
En effet, dés la première moitié de XXeme siècle, le peuple marocain en général et le peuple rifain en particulier avait une image défavorable de l’espagnol. Au sud on le taxait dérisoirement de ‘’fauché ‘’, au nord de ‘’raccommodé’’ (butnaqqitc, ou buraqεa)[11] et voire même de ‘’aεaryan’’ (le sans habit, nu) qui reflète l’absence de la pudeur chez le chrétien par rapport au musulman. « Les espagnols étaient définies par l’absence de honte et d’honneur, puisqu’ils laissaient voir leurs corps (en fait un des noms par lequel les Guel’is désignaient les espagnols était ‘’iεaryanen’’, nus) et permettaient à leurs femmes de circuler librement en public, avec la tête découverte, ou danser avec d’autres hommes »[12] .
Vers 110-118
 110Arumi rkafar deg wenwar yenneghmar
111 Yuta tixuzan ijebdasent tighemmar
112Turi’d ττeyara tekke’d tizi εezza
113Tejja tamesrent qaε ttemεezza
114Turi’d ττeyara deg wjenna  tegga ghidu
115Deg jarmaws I di tegga ghezzu
116Tengha muƕammed tqeδwit εad d’agheddu
117Turi’d ττeyara d sidi brahim I tewta
118Tewta lmujahidin tarwa n ŝŝuƕuba
Ces vers mettent en relief la supériorité militaire de l’Espagne par rapport aux combattants rifains et cela par l’utilisation de l’armement lourd et de l’aviation de guerre. Le poète nous révèle l’intensité des raids aériens et les bombardements de l’artillerie des navires, positionnés sur la côte, que les villages et les populations civiles subissaient continuellement. Ces attaques de représailles visaient à semer le chaos et la terreur entre les populations civiles pour les démoraliser et les pousser à rompre avec la résistance. La tonalité religieuse du discours est très perceptible dans ces vers : l’ennemi chrétien est qualifié d’infidèle (arumi rkafar), les musulmans échangent les condoléances entre eux (tamesrent qaε ttemεezza) et les victimes de ses bombardements ce sont des mudjahidines (combattants de la foi) fils des compagnons du prophète, les ‘’sohabas’’ (lmujahidin tarwa n ŝŝuƕuba).
Le poète insiste sur cette supériorité militaire aérienne en employant à plusieurs reprises le mot ‘Tteyara’, avion. On le retrouve dans les vers 77,80,91,112,114 et 117. A l’exception de vers 77 où il est utilisé dans sa forme pluriel ‘tteyarat’ et dans une proposition sans verbe, les autres vers sont construits avec le verbe ‘yuri’ à la troisième personne de singulier féminin (turi) qui s’accorde avec ‘tteyara’ qui est un mot féminin.
Vers 135-138
 135Aya rebi ad tehdid anex yewc ttesriƕ
136Anex yewc ttesriƕ x lalla buya d cδiƕ
137A muray mƕend ma war iƕin wur nnec
138Aqqac lalla buya teqδa zi tmort nnec
Dans cette unité on relève l’imploration des aèdes (Imdiazen) adressée à Abdelkrim pour enlever l’interdiction de chanter et de danser.
L’interdiction portée sur le chant et la danse par Abdelkrim avait ses raisons pour cette époque, c’était un fait imposé par les circonstances de la guerre qui tenait en compte la souffrance des familles en deuil des combatants succombés dans les champs de bataille. Abdelkrim ne tolérait pas voir une partie de la population rifaine se divertir au detriment des gens qui pleuraient leurs morts et blessés.
Vers 24 – 27
24ƕarcen’d yat waryigher amežyan ameqran
25gginas I buyjarwan am netta am iserman
26ƕarcen’d yat waryigher di tenεac amya
27umi’d gha εeqben a εeqben’d di xemsa
Ces vers attestent que la mobilisation des populations des Aït Ouriaghel était totale ‘’amezyan ameqran’’ et que le bilan de la guerre dans les deux cotés était lourd. Cependant, malgré les pertes considérables dans les rangs des combattants, l’ennemi fut châtié et battu.
Les deux premiers vers sont rimés en ‘’an’’ et les deux suivants en ‘’a’’. Il y a un parallélisme entre les vers faisant état de mobilisation des Aït Ouriaghel ‘’ƕarcen’d yat waryigher’’ et un effet de symétrie des vers exprimant les conséquences de cette mobilisation. La première des conséquences est la défaite de l’ennemi, taxé ironiquement de mangeur de grenouilles ‘’buyjarwan’’ qui fut traité comme les poissons qu’on pêche avec des filets. La deuxième fait ressortir les pertes en hommes subies par les combattants qui étaient au nombre de doux cent.
Conclusion
L’épopée Dhar Ubarran est un poème appartenant à la poésie orale, populaire et collective en temps de guerre, celui de la résistance rifaine  à l’occupation.
Son intérêt historique est celui de la période à laquelle elle se rapporte. Une période de lutte contre le colonialisme sauvage, inhumain et atroce. Une période où il fut nécessaire aux peuples subissant les convoitises des puissances européennes de prendre conscience de danger à affronter et le défi qui les attendait. Et de prendre aussi conscience de leur droit à exister, à être libre et à vivre avec dignité.  C’était en fait une période noire de l’humanité où la loi de plus fort prévalait sur les principes de la justice et de l’égalité des peuples du monde.
L’épopée Dhar Ubarran a une valeur informationnelle et documentaire. Le poète ou l’aède nous donne un témoignage réel de son époque, de l’époque où le rifain était contraint à défendre son territoire contre l’occupant espagnol, à préserver sa dignité et à démontrer sa bravoure au monde entier.
Le poète évoque des lieux et des personnes. Le texte est en général incendiaire, incitant les populations rifaines à se soulever contre l’agresseur.
L’épopée Dhar Ubarran fait ressortir aussi l’échec subi par les troupes espagnoles et la première défaite d’une puissance coloniale dont les moyens et l’effectif en soldats étaient bien supérieurs par rapport à ceux d’une poignée de résistants.
La victoire de Dhar Ubarran n’était qu’un commencement et les défaites de l’armée espagnole se succédèrent. Cette première victoire était le catalyseur de soulèvement total des populations rifaines, son retentissement gagnait tout le territoire du Rif. Le pionnier de la guérilla, Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi poursuivit son offensive en lançant une grande attaque à Anoual et ce fut alors le désastre de l’Espagne,  l’une des plus douloureuses défaites de son histoire, et en l’espace de quelques jours, toutes les positions occupées par les espagnols jusqu’au Melilla s’effondrèrent comme un château de cartes. La crise politique que provoqua cette défaite fut une des plus importantes que dût subir la monarchie libérale d’Alphonse XIII. Elle fut la cause directe du coup d’état et de la dictature de Miguel Primo de Rivera. La victoire des moudjahiddines rifains venait de mettre fin au mythe de l’invincibilité des nations occidentales. Dans les pays colonisés, cette victoire était perçue comme une revanche sur l’Occident après des dizaines d’années d’humiliation.
C’était un mouvement de résistance qui s’étendait non seulement à Gomara mais aussi à Jbala et n’obéissait pas, comme fut pour les mouvements antérieurs, à l’union éphémère et circonstancielle de quelques tribus pour une action concrète, sinon que cette fois-ci il s’agissait d’un mouvement, basée sur de nouvelles règles, et qui affectait non seulement la zone de protectorat espagnol, mais tout le Maroc.
De fait pour l’Espagne Anoual était plus qu’une défaite. C’était une humiliation civilisationnelle. Enragés et en furie, les espagnoles formèrent une coalition militaire avec les français et recoururent lâchement aux bombardements sans discrimination des populations civiles et aux armes chimiques pour en finir une fois pour toutes avec la résistance rifaine.
Conclusion générale
Dans la culture amazighe, comme dans toute culture liée à l’oralité, c’est la poésie qui reflète fidèlement l’imaginaire collectif et individuel. L’importance de cette poésie comme témoignage historique est plus grande car c’est quasi le seul document authentique dont on dispose actuellement, malheureusement sans support depuis longtemps. L’épopée Dhar Ubarran fait partie de cette poésie sauvegardée par la mémoire collective des rifains, surtout par les plus vieux de la population. Une grande partie de cette poésie est probablement perdue. Il était nécessaire de réunir, dès la fin de la guerre du Rif, tous les vers de cette poésie qui accompagnait la résistance rifaine dans ses détails, pour sa valeur documentaire et esthétique. Or les rifains n’avaient pas, à l’époque, cette conscience historique et en plus l’occupant espagnol ne tolérait pas cette attitude et interdisait toute tentative de faire mention à cette désagréable expérience qui lui coûta très cher. Après l’indépendance c’était, malheureusement, la même politique de marginalisation et de méfiance à l’égard de l’histoire de cette région en cette période douloureuse, qui fut adopté par l’état marocain.
Les rifains pendant leur combat contre les espagnols connaissaient bien la supériorité militaire et technique de l’ennemi, mais ils étaient aussi conscients que la détermination, la force de la foi dans la juste cause et leur connaissance du terrain était leur véritable force. Les combattants rifains savaient tirer parti de leur espace montagneux pour affliger à l’ennemi de grandes pertes en hommes et en matériel de guerre. Mais les rifains savaient aussi tirer parti de leur savoir faire poétique pour le mettre au service de leur cause.
La première victoire des rifains sous le commandement d’Abdelkrim fut à Dhar Ubarran, une bataille qui inspira les aèdes à composer des vers relatant des événements réels se rapportant à celle-ci et à citer des noms des personnes en chère et en os qui ont participés à cette bataille. D’autres vers furent composés ensuite pour décrire des événements authentiques d’autres batailles. Le cumul des vers tout au long de la période de la guerre du Rif depuis le 1er juin de 1921 laissa un riche héritage poétique sous le nom de l’épopée de Dhar Ubarran.
De guerre en guerre, de bataille en bataille et de conflit en conflit les rifains portaient avec eux leur savoir faire poétique. Une dizaine d’années après la fin de la guerre du Rif, les rifains se voyaient obligé à participer à une guerre étrangère, dans un pays étranger. C’était la guerre civile espagnole qui débuta en 1936 et se termina en 1939. Pendant cette période de conflit qui opposa deux parties belligérantes en Espagne, les républicains d’un coté au pouvoir (los rojos : les rouges) et les putchistes militaires et nationaux (proche des fascistes) de l’autre coté, ces derniers profitaient de leur présence coloniale en Rif pour mobiliser leur ennemi d’hier (les combattants rifains) en leur faveur. En ces nouvelles circonstances conflictuelles la poésie rifaine était au rendez-vous pour décrire et relater les faits et les événements en rapport avec cette guerre. Il faut noter aussi que la grande partie de cette poésie fut produite par les femmes des combattants envoyés à la péninsule ibérique pour combattre un ennemi de plus, les rouges (rojos) infidèles.

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[1] Dans une autre version de poème en parle de la femme ouriaghli ou lieu de la femme rifaine
[2] Idem pour le prix de la ceinture qui ici dans cette version est d’un montant de 4 réaux au lieu de 7 réaux dans une autre.
[3] Rosa Maria de Madariaga, España y el Rif, p.462
[4] Ibid, p.463
[5] Maria Rosa de Madariaga, En el Barranco del Lobo : las guerras de Marruecos, p.148
[6] Ibid, p.150
[7] Maria Rosa de Madariaga, España y el Rif, p.442-446
[8] Ibid, p.459-460
[9] Germain Ayache, la guerre du Rif, p.88
[10] Ibid, p.90
[11] Abdelmajid Benjelloun, Le patriotisme marocain face au protectorat espagnol, 1993, p. 15
[12] Josep Lluis Mateo Dieste, Amores prohibidos : Fronteras sexuales y uniones mixtas en el Marruecos colonial, in Relaciones Hispano-Marroquies : una vecindad en construccion, p. 139
[1] Pierre Dumas, le Maroc, Arthaud, 1931
[2] Mohamed Serhoual, L’épopée de Dhar ubarran, un épisode chanté de la guerre du Rif (1921) : Tradition et modernité, Forum d’Imerqane, Actes du 1er Festival des Cultures Immatérielles Méditerranéennes de Nador – Juillet 2007. p.109
[3] Ibid., p.108
[4] C. Richard Pennell, La guerra del Rif : enlace o punto final ? Resistencia en la montaña y nacionalismo en las ciudades, in Fundamentos de Antropologia n° 4-5, p.35
[5] Maria Rosa de Madariaga, España y el Rif : Cronica de una historia casi olvidada, 2008, p.270
[6] Ibid., p. 268
[7] Notes de S. Biarnay
[8] Zakya Daoud, Abdelkrim : une épopée d’or et de sang, 1999, p. 33
[9] Maria Rosa de Madariaga, op. Cit., 2008, p.p. 191-193
[10] Biarnay, Notes sur les chants populaires du Rif, in les archives berbères : Publication du Comité d’Etudes Berbères de Rabat (1915-1916), p. 39
[11] Mohamed Chtatou, Aspectos de la organizacion politica en el Rif durante el reinado de Ben Abdel-Krim El-Khattabi, in Fundamentos de antropologia, n° 4 y 5, 1996, p.62
[12] Abdeslam Khalafi, La poésie de la résistance au Rif 1893-1926, in tawiza, n°63, juillet 2002 et n°64 août 2002
[13] Mohammed Essaghir Al Khalloufi, Bouhmara : Du Jihad à la compromission ; le Maroc oriental et le Rif de 1900 à 1909, Imprimerie El Maârif Al Jadida, Rabat,1993, p.8
[14] Maria Rosa de Madariaga, En el Barranco del Lobo : las guerras de Marruecos, p.x
[15] Germain Ayache, la guerre du Rif, p.24
[16] Germain Ayache, les origines de la guerre du Rif, p.134
[17] Maria Rosa de Madariaga, España y el Rif : Cronica de una historia casi olvidada, p.129
[18] Maria Rosa de madariaga, en el Barranco del Lobo : las guerras de Marruecos, p.79
[19] Germain Ayache, les origines de la guerre du Rif, p.137-138
[20] M. Akoudad & M. El Ouali, épopée de Dhar Ubarran : un chant de résistance rifaine, p.42
[21] Ibid, p.43
[22] E. Biarnay, notes sur la poésie du Rif, in Centre des Archives Berbères à Rabat, p.39
[23] Un quartier de Zegangan très connu pour sa source d’eau. Lorsque les espagnols l’ont occupé ils se sont emparés de l’eau de la source pour ravitaller l’armée et leurs nouvelles maisons bâteis dans le territoire conquis avoisinnat.
[24] C. Richard Pennell, ‘’La guerra del Rif : enlace o punto final ? , resistencia en la montaña y nacionalismo en las ciudades ‘’ in Fundamentos de Antropologia n° 4 y 5 de 1996, p.36
[25] Germain Ayache, les origines de la guerre du Rif, p.15
[26] D. M. Hart, ‘’Dos resistentes bereberes al colonialismo franco-español en Marruecos, y sus legados islamicos : Bin Abd Al-Karim y Assu U-Baslam’’, in Fundamentos de Antropologia, n° 4y5, 1996, p.55
[27] Maria Rosa de Madariaga, Mohammed ben Abd el Krim el Jatabi y las ambivalencias del ‘’progreso’’, in Fundamentos de Antropologia n° 4-5, p.15
[28] Manuel Leguineche, Annual : el desastre de España en el Rif 1921, p.87

Source: Tirawinino

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