Wafi Kajoua: « J'avais envie de mourir, à chaque fois je me demandais comment mettre fin à ma vie ? » [Interview] - Courrier du Rif

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lundi 3 juin 2019

Wafi Kajoua: « J'avais envie de mourir, à chaque fois je me demandais comment mettre fin à ma vie ? » [Interview]

Wafi Kajou/ DR



Wafi Kajoua, militant rifain et défenseur des droits de l'homme de nationalité belge. Arrêté et emprisonné par le régime marocain pendant plus de 8 mois. Le régime a accusé Wafi Kajoua d'atteinte à la sûreté de l’Etat, incitation à la rébellion et atteinte à l’intégrité territoriale du royaume. La défense de Wafi a expliqué que le parquet s’était basé sur dix commentaires postés par le militant rifain sur le réseau social, Facebook pour fonder les accusations. Wafi n'a été libéré qu'après avoir purgé la peine de prison. Interview.


Courrier du Rif: Comment allez-vous maintenant ? 

Wafi Kajoua: Je vais bien même si au niveau de santé ce n'est pas le top car je souffre encore de cette incarcération injuste, problème psychique et physique dû à une condition pitoyable et inhumaine dans les prisons.


Courrier du Rif: Parlez-nous un peu sur votre expérience avec l'emprisonnement arbitraire, ce que vous avez vécu dans la prison, vos sentiments etc.. Certes, vous avez souffert en vivant ce calvaire. Comment avez-vous vécu et vivez vous cette détention ?


Wafi Kajoua: C'est un calvaire que j'ai vécu dès le 1er jour, la chaleur, l'attente du jugement, le manque d'information, les conditions inhumaines où on devait dormir les uns sur les autres avec un espace de moins d'un mètre carré, le robinet cassé durant mon jugement exprès pour que je ne dors pas, les problèmes avec les codétenus qui communiquent entre-eux qu'avec des insultes, les gardiens qui me menacent, les transferts dans des cages à poules avec plusieurs prisonniers, on était à 12 dans une camionnette prévu pour 4 personnes, le cachot au palais de justice surchargé où on devait faire nos besoins devant tout le monde dans une bouteille, et dans l'ancienne prison de Nador pour aller aux toilettes il faut faire une file de 30 minutes en plus on est interdit de doucher aux heures de pointe, c'est-à-dire le matin et au retour de la cour, dans la cour il n' y a pas de toilette. J'avais envie de mourir, à chaque fois je me demandais comment mettre fin à ma vie ? Heureusement que certains détenus rifains m'ont encouragé et respecté pour que je ne pense pas au pire en rigolant avec moi et en partageant nos repas faits sur place car l'alimentation de la prison était une torture en elle-même, on la recevait dans des boites en plastique que nos familles nous ont apporté et pour ceux qui n'ont pas de boite ( Tchopina on appelait ça), ils recevaient leur nourriture dans des broutilles coupées... je n'ai pas vécu en détention j'ai survécu en captivité !

Courrier du Rif: Vous avez observé une grève de la faim en juin 2018. Quelles étaient les causes de la grève ?


Wafi Kajoua: C'est une grève contre la justice qui a refusé de me laisser voir un avocat et avoir un interprète pro en français.


Courrier du Rif: Comment vous avez été traité par les responsables de la prison ? Avez-vous vécu une certaine mésaventure à l'intérieur de la prison ? Et l'administration pénitentiaire où vous avez été emprisonné était-elle politisée ?


Wafi Kajoua: Comme un animal en cage comme tous les prisonniers marocains, des sous-hommes qui n'ont aucun droit en tant qu'être humain. Il y avait des fonctionnaires sympas qui rigolaient et parlaient avec moi mais pas de politique et d'autres agressifs et insultants. Ils avaient reçu l'ordre de la direction de ne pas me frapper car les châtiments corporels étaient la norme en cas d'énervement ou de conflit mais moi j'étais un prisonnier plutôt calme et sociale, je n'avais aucune haine envers les fonctionnaires et mes discours étaient respectés car remplis de vérité et le Hirak était respecté car c'est rare qu'une personne soit en prison pour ses idées, par exemple on nous attache par 2 pour aller au palais de justice et un jeune qui vendait du cannabis m'a dit "c'est un honneur d'être à côté de toi Wafi, toi qui a tous les droits en Europe et qui vient défendre les nôtre ici". J'avais trop de soutiens et toute tentative de me mettre la pression pouvait se retourner contre eux. Ils ont fait très attention pour que je ne me sens pas mal après qu'un comité est venu de Rabat suite à ma plainte pour conditions de détention inhumaine et dégradante.


Courrier du Rif: Vous avez la nationalité belge, et vous êtes premier activiste rifain de la diaspora dont le régime marocain a osé vous emprisonner pour vos opinions. L'État belge n'a rien fait pour vous libérer, pourtant on sait qu'il y a déjà un autre belge dans les geôles du régime marocain totalement abandonné par la Belgique dont le nom est Ali Aarras. Quel est votre message pour l'État belge et pour l'ensemble de ces pays européens qui ferment les yeux sur les violations des droits humains au Maroc en général et dans le Rif en particulier ?


Wafi Kajoua: Ils ont voulu envoyé un message aux citoyens et soutiens du Hirak du Rif en Europe. Le message était clair : si vous soutenez le Hirak vous n'êtes pas les bienvenus au Maroc sinon vous allez en prison, et comme j'étais le plus actif entre le Rif et l'Europe on m'a condamné pour faire peur aux MRE possédant une nationalité européenne. Une stratégie qui a marché vu le nombre de gens qui ont reculé ou moins actif sur le terrain. En prison au Maroc vous êtes des sous-hommes et les sous-hommes n'ont pas de nationalité même nos droits en tant que marocain ont été violé donc à quoi va me servir la nationalité belge en plus avec un gouvernement fédéral raciste, pour eux nous sommes que des belges avec une origine, on nous appelle les binationaux ou encore les plus gentils nous appellent "les nouveaux belges", une députée fédérale a demandé au ministre des affaires étrangères en voyage au Maroc de parler de mon cas, il lui a répondu: "Nous allons au Maroc pour signer des contrats pour une mission économique pas humanitaire...", donc je vais attendre quoi de ces racistes qui gouvernent la Belgique. Quand un ministre fait une loi sur les binationaux pour ne pas leur apporter l'assistance consulaire et que cette loi passe et que c'est la société civile qui défend le cas d'Ali Arrass en prison pour rien, les valeurs que défendent ces partis politiques sont que mensonge et on ne se laissera pas faire, on continuera à dénoncer leur agitation et au conflit d'intérêt qu'ils ont avec le Maroc.


Courrier du Rif: Votre perception de la politique a-t-elle évoluée ou changé depuis plus de 8 mois d'incarcération ?


Wafi Kajoua: Je suis devenu républicain du Rif le jour où ils ont tué Mohcine Fikri, j'étais un opposant des revendications du Hirak du Rif et je n'étais pas d'accord avec Nasser Zefzafi même si j'avais un grand respect pour lui et que je l'appelais "le président" dans mes posts mais depuis leur arrestation, je défend leurs revendications car elles ont traversé la Méditerranée. Ma logique était comment peut-on avoir des revendications face à un régime esclavagiste qui veut soumettre le peuple ?  La prison ne m'a pas changé, je suis et je reste républicain du Rif et démocrate.






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