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samedi 6 juillet 2019

Hirak du Rif: L'opinion publique scandalisée par un rapport partial présenté par Ahmed Chaouqui Benyoub

Ahmed Chaouqui Benyoub. La Map.


Un rapport présenté par le délégué interministériel aux droits de l'homme Ahmed Chaouqui Benyoub, en ce qui concerne le Hirak du Rif, a indigné l'opinion publique et les observateurs en raison de sa flagrante partialité. Pour Ahmed Chaouqui Benyoub, le régime et sa police n'ont commis aucune violation des droits de l'homme lors des manifestations dans le Rif, mais ce sont les activistes rifains et notamment Nasser Zefzafi les responsables de la violence et de la situation dégénérée.

Le rapport de 65 pages a été présenté lors du Forum de la MAP ce jeudi 4 juillet à son siège à Rabat, sous le titre « les événements d’Al Hoceima et la protection des droits de l’Homme ».

Pour la préparation du rapport, Benyoub et son équipe se sont basés sur plusieurs sources, notamment la lecture approfondie des documents, des matériaux et des vidéos, ainsi que l’analyse des aspects structurels et les dimensions fonctionnelles.

Plus de 200 vidéos ont été visionnées et analysées en profondeur, dont la durée de chacune varie entre 2 minutes à 15 minutes. Les vidéos traitées concernent les manifestations et les marches ainsi que les discours des activistes du « Hirak du Rif » prononcés dans les grandes places de la ville d’Al Hoceima.

Il s’agit aussi de vidéos d’activités menées en Europe en soutien au « Hirak », des déclarations d’activistes d’Al Hoceima considérés comme étant les organisateurs et encadrants des manifestations, les Live de ces derniers sur les réseaux sociaux, et qui suscité des débats entre différents intervenants ou encore les débats des activistes du Hirak et analystes des événements diffusés sur les différentes chaines télévisées, rapporte la version française de Hespress.

Dans le rapport en question, Benyoub a «loué les efforts déployés par les forces de l’ordre dans la manière avec laquelle ils ont interagi avec les manifestations durant les 6 premiers mois, en essayant au maximum de garder la situation sous contrôle et garantir les droits et les libertés avant que cela ne dégénère et trouble l’ordre public », refusant ainsi « toutes les accusations émises à l’encontre des forces de l’ordre concernant la violation des droits de l’Homme dans la région pendant la période de tension ».

Benyoub qui était un ancien prisonnier politique au Maroc avant de tourner la veste et de rejoindre les rangs du régime a défendu bec et ongles les forces de l'ordre en accusant Nasser Zefzafi d'être le responsable sur la violence. « Aucune balle n’a été utilisée lors des manifestations dans la région, quel que soit le degré de tension qu’il a pu y avoir, puisque le forces de l’ordre ne disposent pas de balles, et que le seul cas de violence observé est celui du moment de l’arrestation de Nasser Zefzai, le leader du Hirak du Rif, lorsqu’il a interrompu la prière du vendredi 26 mai, ce qui représente une violation flagrante du caractère sacré de la mosquée et la perturbation de la pratique du culte », dit Benyoub dans son rapport.

Il convient de souligner que le rapport de la délégation interministérielle a « évité » d’évoquer les lourdes peines d’emprisonnement prononcées à l’encontre des activistes du Hirak du Rif, dont certaines arrivent jusqu’à 20 ans de réclusion, note Hespress. Mais on peut observer également que Benyoub a évité de faire la lumière sur les cas de tortures dénoncés par les ONG de défense des droits humains, y compris le fameux rapport du CNDH enterré par le régime marocain.

Après la publication du rapport, les détenus rifains et la société civile ont dénoncé un rapport qui est tout sauf impartial. Nasser Zefzafi a été le premier à tirer à boulets rouges sur le rapport du Délégué interministériel aux droits de l’Homme (DIDH), Chaouki Benyoub. Dans une conversation téléphonique avec son père, le leader du Hirak a affirmé que le document a «davantage aggravé les blessures de la mémoire collective en glorifiant l’action de l’institution sécuritaire. Celle-ci a commis des crimes et des dépassements contre les filles et les fils du Rif. Ses éléments se sont délectés à me torturer et à me violer en scandant vive le roi», rapporte le site Yabiladi.

Et quant à la réaction de l'AMDH, son président Aziz Ghali a estimé que le rapport rendu public par Ahmed Chaouki Benayoub « a été rédigé selon une vision du ministère l’intérieur et non sous l’angle des droits de l’Homme », ajoutant que le document « n’apporte rien de nouveau, notamment en ce qui concerne la fuite de vidéos montrant des activistes du Hirak », indique Hespress.

« Nous nous attendions à ce que le rapport fournisse une réponse à la cause du décès d’Imad El Attabi et qu’il explique pourquoi des dizaines de détenus avaient été soumis à des tests ADN », a dénoncé Aziz Ghali.

L'indignation a été exprimée aussi largement sur les réseaux sociaux. « M. le délégué intereministriel nous a tenu un baratin pseudo scientifique, des ficelles rhétoriques, un tas de concepts, un vocabulaire vide de sens, des tournures typiques du pouvoir, pour ressasser et légitimer le discours classique auquel nous sommes habitués : La culpabilité des  militants rifains, d'une part, et MVI, l'Etat, le pouvoir, le makhzen, la justice, l’appareil militaro-sécuritaire incarnent l'image de l'innocence immaculée, ils n’ont rien à se reprocher, d'autre part », observe le militant rifain Rachid Oufkir.

«Tous ces éléments ne font que renforcer encore davantage ma conviction intime: pour faire bouger les lignes, on ne peut rien attendre du pouvoir », conclut-il.

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