La guerre du Rif vue par la presse allemande - Courrier du Rif

Plate-forme d'information sur le Rif et l'Afrique du Nord

Les derniers articles

natif

dimanche 21 juillet 2019

La guerre du Rif vue par la presse allemande

Capture d'écran de l'Echo d'Alger. Le 19 juin 1925


Comment la presse de la république de Weimar et l'opinion publique allemande voyaient la guerre du Rif ? L'Écho d'Alger qui était un quotidien français parut en Algérie entre 1912 et 1961, a rapporté ce que la presse allemande écrit sur la guerre du Rif, celle-ci ne ménageait pas ses mots en ce qui concerne les Français et les Espagnols, la Gazette de Francfort estimait que les Français, tout comme les Espagnols, sont une nation finie, où une majorité de lâches veut la paix à tout prix, même au prix des plus humiliantes concessions, et elle amène ses lecteurs à penser que, dans ces conditions, la puissante Allemagne n'a pas besoin de les ménager, ni de les respecter.


Les Affaires Marocaines et l'opinion allemande
(De notre rédacteur spécial)
Francfort, 19 juin 1925.

Comme il fallait s'y attendre, l'opinion allemande suit avec le plus vif intérêt la campagne d'Abd-el-Krim. Des correspondants et envoyés spéciaux, le plus souvent anglais, américains, voire espagnols, renseignent chaque jour nos voisins d'outre Rhin sur les péripéties de la lutte engagée entre les Français et les Rifains, et on trouve dans les feuilles allemandes une abondance de détails surprenante. Il n'est pas douteux que l'Allemagne ne juge sur la guerre marocaine notre capacité de résistance, pour le cas où elle-même voudrait se mesurer avec son vainqueur d'hier.

En ouvrant, ce matin, la Gazette de Francfort, journal démocrate, j'ai eu la surprise d'y lire, sous la signature du colonel Siegfried Boelcke, un commentaire charmant. Ce soudard n'hésite pas à écrire que nos difficultés au Maroc ont, pour tout Allemand, "un charme inexprimable".

Il mise sur la victoire totale d'Abd-el-Krim et se base, naturellement, sur la dégénérescénce de la race française, incapable de soutenir une lutte avec une race saine qui est animée par le feu sacré de l'indépendance. Les Espagnols, d'ailleurs, ne sont pas mieux traités par le colonel, et si la Gazette de Francfort est lue par les germanophiles espagnols, ceux-ci se trouveront sans doute bien mal récompensés de leur zèle en faveur du germanisme.

En somme, le journal démocrate estime que nous sommes, tout comme les Espagnols, une nation finie, où une majorité de lâches veut la paix à tout prix, même au prix des plus humiliantes concessions, et il amène ses lecteurs à penser que, dans ces conditions, la puissante Allemagne n'a pas besoin de nous ménager, ni de nous respecter.

Par dessus tout cela, l'opinion allemande voit dans le réveil du sentiment « national rifain » le prélude du soulèvement général de l'Islam contre l'Europe, et, les incidents de Shanghaï élargissant ce mouvement, l'Allemagne, qui n'a plus de colonies, éprouve une joie sans mélange à penser que, dans quelques années, les peuples qui l'ont dépouillée seront logés à la même enseigne qu'elle.

Les socialistes eux-mêmes prennent nettement position contre nous et nous accusent d'avoir attaqué une « nation » paisible, et ils concluent que c'est à la S.D.N.à juger cette affaire, comme toutes les autres. Bien entendu, c'est nous qui sommes des impérialistes que l'on compare avec amertume à la paisible Allemagne.

Les fausses nouvelles se répandent à foison. La pangermaniste Berliner Bcersenzeitung publie un télégramme de Lyon, qu'elle prétend avoir surpris, à la manière de M. Doriot, et d'après lequel nous ferions un usage considérable des gaz asphyxiants....

La Koelnische Zeitung n'est pas rassurante: "Lord Salisbury avait prédit que la prochaine guerre européenne s'allumerait au Maroc." Bigre, voilà ce qui s'appelle aller fort !

Ce qu'il y a de drôle, c'est que les nationalistes revanchards allemands ont adopté et font leurs les thèses de nos députés communistes.

Et chaque jour on martèle dans les crânes allemands cette conclusion : Il ne faut compter que sur sa propre force, pour être respecté. Les Turcs ont commencé en brisant le traité de Sèvres, l'Allemagne doit briser de même le traité de Versailles.

Un autre point sur lequel la Presse allemande et l'opinion qui la suit docilement est unanime, c'est la non-participation officielle de l'Allemagne à la guerre rifaine.

Accuser l'Allemagne de cette nouvelle guerre est ridicule. Il y a des Allemands dans la légion française, pourquoi n'y aurait-il pas des aventuriers allemands ou anglais dans les rangs rifains ? Le peuple et le gouvernement allemands n'y sont pour rien et il faut être hystérique pour s'imaginer que le Reich va s'engager dans une pareille aventure. Les commentaires de la presse nationaliste française, qui voit dans l'offensive d'Abd-el-Krim la main de l'Allemagne, ont le don d'exaspérer tout le monde et sont cités comme des exemples de la mauvaise foi de la France. Toutefois, la déclaration de M. Painlevé à ce sujet, qui met hors de cause le gouvernement allemand, a produit une certaine détente.

Comme je le disais tout à l'heure, les Allemands ne se gênent pas pour appeler de leurs vœux la victoire d'Abd-el-Krim, mais, au fond, ils n'osent trop compter dessus. D'après eux, tout dépend de l'Angleterre. Celle-ci ne peut tolérer que la France s'installe sur la côte, faisant ainsi une mer française de la Méditerranée, et, d'autre part, on ne peut vaincre les Rifains qu'en entrant chez eux. Dans ce dilemne tragique, l'Angleterre a à dire son mot. Aussi l'on espère que l'affaire marocaine va susciter des rivalités entre alliés, surtout si l'Italie fait valoir ses prétentions.

C'est là le principal bénéfice que le Reich pompte tirer des affaires marocaines.

En attendant, il nous observe avec impatience, marquant les coups, et peut-être attendant son heure.

Georges WAGNER

L'Écho d'Alger, 19 juin 1925

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Post Top Ad

Pages