Les derniers articles

Post Top Ad

Your Ad Spot

14 juil. 2019

Quand le sultan marocain fêtait la défaite des Rifains dans la guerre



Un jour comme aujourd'hui, le 14 juillet 1926, le sultan marocain a traversé la Mer Méditerranée pour la première fois de sa vie, direction Paris, pour fêter la défaite des Rifains dans la guerre avec le président de la République française Gaston Doumergue, Aristide Briand, Édouard Herriot, Paul Doumergue, Philippe Pétain et Primo de Rivera.

Le Rif et le Makhzen marocain, deux entités qui n'ont jamais été en harmonie, au moins au niveau historique et politique. Antagonisme, dissonance et voire haine réciproque. Des événements, des massacres, des guerres, des assassinats et des prises de positions ont abouti à l'accentuation du fossé entre les deux parties. «Tous les dirigeants du Maroc auraient aimé que le Rif n'ait jamais existé. Qu'à la place de cette région montagneuse, pauvre et indomptée et de ses habitants rudes, il y aurait eu une autre géographie moins accidentée, d'autres populations plus enclines à se soumettre à une capitale lointaine et oublieuse, hier Fès, aujourd'hui Rabat. Toute l'histoire du Rif et de son peuple depuis que nous avons documenté les relations de cette région avec le reste du monde, c'est-à-dire depuis le XIXe siècle, réside dans une équation impossible à résoudre par la monarchie marocaine, à savoir comment soumettre cette région, dont les villageois sont allergiques à tout pouvoir central et autoritaire», explique le journaliste Ali Lmrabet cette relation tumultueuse dans la préface qu'il a rédigée pour le livre du politologue et journaliste espagnol David Alvarado "Rif: De Abdelkrim a los indignados de Alhuecemas" [Rif: D'Abdelkrim aux indignés d'Al-Hoceima].

Lors de la guerre du Rif, les sultans alaouites éprouvaient une sensation désagréable d’insécurité, à cause de la révolte armée du Rif dirigée par Abdelkrim, le motif qui les a poussé à stigmatiser les Rifains et à demander l'aide de la France -avec laquelle ils avaient déjà signé un «acte de vente» le 30 mars 1912- pour se débarrasser définitivement de l'«agitateur» rifain (agitateur: un terme qui a été utilisé par le sultan Youssef en allusion à Abdelkrim).

L'hostilité envers le Rif a été incarnée sur le terrain, en 1925, le sultan Youssef a appuyé l'armée française en fournissant des supplétifs pour combattre à côté de la France et de l'Espagne contre les Rifains, et a également ordonné la population du Maroc de faire des appels de diabolisation des Rifains dans les marchés et les mosquées en les qualifiant d'«envahisseurs».



L'hostilité envers le Rif a poussé le sultan Youssef à fêter sous l'Arc de Triomphe la défaite des Rifains, après la fin de la guerre, ensemble avec le président de la République française Gaston Doumergue, Aristide Briand, Édouard Herriot, Paul Doumergue, Philippe Pétain et Primo de Rivera à Paris le 14 juillet 1926. 

Ainsi la France du Cartel des Gauches a rassemblé sous l’Arc de Triomphe la coalition improbable des vainqueurs de la guerre du Rif.

Un sultan collaborateur et deux futurs dirigeants du fascisme européen accueillis par un gouvernement de gauche pour fêter sans vergogne une victoire contre un petit peuple charcuté par les armes chimiques et les gaz toxiques !

Lors de cet événement, le sultan marocain a exprimé sa gaieté et sa joie et a remercié la France de la victoire sur les Rifains en disant:«Je suis très content de répondre à l'invitation digne du président de la France après la victoire écrasante de l'armée française et de nos soldats, qui a mets fin à la rébellion qui a menacé nos deux pays, dans le but de rétablir la paix et la sécurité dans notre empire chérifien, j'avais eu, ce matin devant la tombe du soldat inconnu, un sentiment de gaieté très particulier, les soldats frères très courageux (Français) qui ont fait un travail excellent dans notre empire comme je suis très content d'annoncer notre grande reconnaissance pour la France, protectrice du Maroc, qui a fait des efforts extraordinaires pour accomplir sa mission civilisatrice dans notre pays... Nous et nos sujets, nous n'oublierons jamais les grands sacrifices fournis par la France pour nous protéger, je vous remercie beaucoup monsieur le président, et je vous souhaite beaucoup de bonheurs, comme je lève mon verre pour la dignité et le progrès de la France»[1].



Vidéos: Le sultan du Maroc fête à Paris la chute de la République du Rif en 1926






Vidéo: Sous l’Arc de Triomphe, le 7 juillet 2013, Yuba ZALEN, un journaliste rifain en visite à Paris commémore au même endroit la célébration de la chute de la République du RIF en 1926 par le sultan alaouite et ses alliés de l’époque




Notes:

[1] Afrique Française, Année 36, n. 7, juillet 1926

Post Top Ad

Your Ad Spot

Pages