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samedi 27 juillet 2019

Un siècle après la bataille d’Anoual, le RIF peine à sortir de la servitude



Manifestation le 18 mai 2017, Al Hoceima/ Therese Di Campo. AFP





La bataille d’Anoual (Le 21 juillet 1921) va au-delà d’un simple événement historique. C’est un événement majeur, qui a bel et bien les attributs d’une journée historique, salué comme tel dès son avènement. Cette grande bataille, a fait rage, et a rayonné partout, dans le monde colonisé et ailleurs. Anoual est à rattacher à ce processus révolutionnaire de libération du tiers-monde. Anoual a donné naissance à la décolonisation des territoires coloniaux vis-à-vis des métropoles colonisatrices, à l'indépendance des pays colonisés. C’est aussi la matrice de l’identité rifaine, qui a irrigué l'histoire. Un moment fondateur de la conscience politique et nationale rifaine puisque dans la foulée fut proclamée la république des tribus confédérés du RIF.

98 ans après, il est pertinent de jeter un regard rétrospectif à cet évènement, et d‘opérer une liaison avec la réalité vécue de notre période-ci, ce qu’il reste d’Anoual, sa signification, et sa portée. Je pars du postulat qu'Anoual n’est pas une abstraction, un fait banal, qu’il ne faut pas l’enfermer dans du folklore, mais bien un moment trés fort, un fait majeur, inscrit dans la mémoire collective et qui véhicule un sens. Il faut se l’approprier comme il faut. On doit se rappeler d’Anoual comme un grand moment où le peuple s’est rassemblé autour de son leader pour infliger à l'armée coloniale une défaite spectaculaire.

A mon sens, les Rifains ont dilapidé le fruit de la victoire, chèrement remportée et payée. Cet énorme sacrifice aura été vain car il n’a pas produit l’effet escompté, il n'a pas fait avancé la cause de la liberté. les Rifains sombrent à nouveau dans le sommeil et la servitude.

Prés d’un siècle aprés, à nouveau, tout bien considéré, le RIF continue d’évoluer dans une autre phase d’un même cadre socio-historique, qu’est le fait colonial larvé, en terme de mode de gestion, d'exploitation et d’administration directe de l’espace rifain, accompagné par un certain degré d’hégémonie, une pratique d’assimilation (Le peuple rifain doit renoncer à sa culture pour épouser les valeurs du makhzen), des représentations, un schéma et des effets identiques, pernicieux dans l’ensemble.

Autrement dit, la réalité se reproduit à l’identique, car point de changement si ce n’est une régression. Ce fait colonial vise à y créer la pagaille, pour saper sa stabilité, avec ses particularismes politiques, historiques et culturels, le mettre à genoux et le dominer d’une part, et réduire les Rifains à des serviteurs dociles, à des sujets corvéables à merci, d’autre part.

Beaucoup de points communs de concordances et les mêmes usages ! L’œuvre politique, culturelle, administrative et économique établie dans le RIF, représente, à bien des égards, une œuvre d’essence coloniale.

Tout y est fait pour renforcer la présence de la couronne alaouite, asseoir ses intérêts, gêner et stériliser la prospérité de la population locale. Tout est fait pour servir les intérêts particuliers, avantager le monde des affaires marocains, les grands patrons, et les réseaux politiques au détriment de la population locale.

Les Rifains n’ont aucune existence dans leur fief, pas droit de regard sur la façon d'exploiter leur pays, ils n’ont aucun pouvoir local, qu’il soit d’ordre politique ou économique. Pas de substrat institutionnel classique de la démocratie, des organisations représentatives. Le makhzen est tout-puissant, lui seul exerce les pleins pouvoirs, exerce tous les contrôles ( politique, commercial, judiciaire...) il a la mainmise sur tout .

Par ailleurs, la région subit une série de déstructurations, connaît une hémorragie démographique associée à l’exode massif des campagnes vers les villes, mais aussi en direction de l’Europe, le détournement des devises envoyés par les Rifains De la Diaspora (RDD) vers d’autres objectifs que le développement du RIF...

De nos jours, ce constat se vérifie plus amplement, étayé par des preuves tangibles et objectives. Un mécontentement généralisé et radical pour dénoncer la tyrannie et une dégradation sociale inquiétante qui touche toutes les couches sociales, une vague de rejet inégalée de la part d’une population meurtrie. Une succession des résistances et de contestations.

Les Rifains vivent sous la contrainte, les peurs, les angoisses... Le RIF est abandonné à des visées spéculatives des grands patrons, livré à une administration directe de Rabat, à l’armée, l’escalade sécuritaire et militaire, les tribunaux, la répression politique, les mesures de rétorsion de toutes sortes. Le territoire rifain est soumis à un régime d’exception, en l’occurrence l’état de siège, souhaité et décidé au plus haut niveau de l’État marocain.

Il est clair que l’État marocain ne poursuit aucun projet sociétal consistant, prometteur, et libérateur, dans le RIF ! Il est clair qu’il n’y poursuit aucun effort pour lutter contre le sous-développement, la corruption, la pauvreté et l’inégalité. L’État marocain ne s’attache aucunement à élaborer une quelconque solution pour une gouvernance démocratique, la protection des droits de l’homme, le développement durable, promouvoir la prospérité et instaurer une paix durable dans la région. Tous les indicateurs socioéconomiques, les études sociologiques, les recherches empiriques, les données statistiques les plus récentes, ainsi qu’un large éventail de sources, vont dans ce sens.

Il est clair que l’État marocain ne poursuit aucun effort pour soutenir l’activité économique, les compétences et le potentiel humain, créer des cadres juridiques favorables à l’entreprise, et au développement industriel rentable et durable, développement socioéconomique, harmonieux et intégré.

Il est clair que l’État marocain ne poursuit aucun effort pour créer des bases propices aux investissements, l’industrie et les infrastructure qui demeurent des objectifs primordiaux. Il n’œuvre pas non plus pour améliorer la qualité de vie de chacun, diminuer la pauvreté, garantir la bonne santé, le bien-être. Pire, le makhzen, la force structurante de l’État marocain et le Léviathan local, se réjouit de cette situation de blocage.

Il est évident que l’Etaet marocain ne poursuit aucun effort pour créer de nouvelles opportunités, protéger la sécurité économique de la région, améliorer l’accès au travail de la population locale.

Tout le monde déplore le manque d’infrastructures, le sous-développement, et dénonce une situation de ralentissement de tout processus de développement, et d’appauvrissement multidimensionnel de la population !

Dans le cas contraire, où sont les avancées ? Où sont les progrès réalisés ? Où sont les investissements stratégiques dans l’infrastructure et dans le développement humain ?

Où sont les projets visant à combattre la pauvreté, promouvoir la bonne gouvernance, protéger l’environnement, l’enfance, la scolarisation ?

Où sont ces budgets de l’État alloués au développement du RIF ?

Le RIF ne fait que stagner en queue de peloton. Il est clair que l’agenda du Maroc dans le RIF est ailleurs, à préserver les intérêts du régime ! Les intérêts du RIF demeurent au dernier plan des priorités de Rabat.

Le RIF est livré à lui-même

Cet état de fait bat en brèche l’idée d’une quelconque volonté politique envers le RIF. C’est l’expression tragique de l’échec du régime. Autant dire que ce contexte historique colonial n’est pas si lointain que ça, puisque nous y sommes. Seule, a changé , le nom de la puissance tutélaire, la puissance occupante.

De nos jours, la lutte anticoloniale conserve toute sa pertinence ! C‘est sous cet angle que la lutte contemporaine doit être envisagée. La cicatrisation des plaies, la réconciliation, etc… relève d’un vieux discours colonial trompeur.

Dès lors, il n’est pas étonnant de voir la radicalisation des principes et l’escalade dans les formes de la révolte. Une grosse majorité des commentateurs partage ce point de vue et souscrit à cette vision et à ce diagnostic qui semblent progressivement s’imposer dans la pensée populaire. L’appel à la LIBERTE retentit partout. Il est sans cesse réitéré par l’essentiel du corps social, politique et économique rifain et forme l’ossature des aspirations à tous les niveaux de la société rifaine, sans parler de l’intelligentsia rifaine.

Anoual doit servir de modèle

Le monde politique rifain est appelé à aller au bout de ce processus vital et à prendre en main la phase actuelle pour reconstruire ce RIF, il doit s’atteler la recherche de solutions, de même, il est appelé à accélérer ce processus pour freiner les ardeurs des forces hostiles. Les acteurs et tous ceux et celles qui sont animés par ces questionnements fondamentaux, doivent s’appuyer sur tous les leviers possibles et imaginables. Le grand défi, c‘est réaliser cette rupture qui est nécessaire. Le peuple rifain a droit à la liberté, à être maître de soi en toutes circonstances. Je pense que les Rifains ont les ressources, les ressources matérielles, le potentiel humain, la capacité et la volonté de s’autodiriger, pour construire l’État de droit et la démocratie. Le régime marocain est épuisé historiquement et idéologiquement et il est en retard sur la société rifaine. Notre crédo doit être aussi de révéler les talents et libérer les énergies, développer de nouveaux modes d’engagement, et les démarches innovantes.

Par Rachid Oufkir

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