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jeudi 26 septembre 2019

L'escadrille chérifiennne : des aviateurs américains bombardaient le Rif pour le compte du sultan marocain


L'escadrille cherifienne/DR


La guerre du Rif fut parmi les premières guerres de libération dans le Tiers Monde au XXe siècle. Elle fut aussi parmi les plus sanglantes où des techniques modernes ont été utilisées : artillerie, aviation, bombardement, arme chimique, etc. Les puissances coloniales, la France et l’Espagne, concernées directement par le conflit, ont eu recours aux alliances militaires, blocus maritime, guerre psychologique pour la conquête de l’opinion nationale et internationale. Aussi, cette guerre a participé au développement de la conscience nationale dans le monde musulman.

Les États-Unis, champions de l’anticolonialisme, n’ont nullement contesté l’hégémonie politique de la France sur le Maroc. Cependant, pour défendre leurs intérêts capitulaires, ils avaient protesté contre le « grignotage des textes internationaux » impliquant la liberté, l’égalité de traitement des puissances sur le plan économique [1].

Après la disparition totale de l’Allemagne de la scène marocaine, le Maroc ne suscite aucun intérêt particulier sur le plan international [2]. Dans ce contexte, le déclenchement de la révolte rifaine attira de nouveau l’attention de l’opinion internationale sur la question marocaine. Abd-el-Krim, le leader rifain, a profité des déclarations anticolonialistes du président Wilson dans son message du 8 janvier 1918, notamment le point V de ses 14 points qui prévoyait « un règlement large, libre et complètement impartial de toutes les revendications d’ordre colonial » et soutenait le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes [3]. Il a adressé un message à l’opinion américaine pour la sensibiliser à la cause rifaine [4].

Dès lors, une véritable bataille s’est engagée entre la France et Abd-el-Krim pour la conquête de l’opinion américaine.

I – L’opinion publique américaine et la guerre du Rif

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la majorité de l’opinion américaine était favorable à la politique d’isolement et de désintéressement des affaires européennes. Plusieurs facteurs expliquent le renforcement de cette tendance : les Américains estimaient que l’entrée des États-Unis dans le premier conflit mondial et le règlement de la paix ne leur avaient apporté aucun bénéfice. Ils se sont opposés à la signature du pacte de la SDN. C’est dans ces conditions que le candidat républicain Harding a gagné les élections présidentielles, le 19 mars 1920, en tenant compte de ce sentiment dominant [5]. Cependant, la lutte menée par Abd-el-Krim devait être mieux connue au sein de l’opinion publique américaine grâce aux reportages et aux articles de deux journalistes américains, Vincent Shean et Paul Scott Mower. Paul Scott Mower a publié plusieurs articles dans le journal Chicago Daily News [6], et Shean, qui était sympathisant des Rifains, a publié un ouvrage relatant son séjour chez les Rifains, intitulé An American among the Riffi, à New York en 1925 [7].

Une autre action a été menée au sein de l’opinion publique américaine, pour la sensibiliser à cette guerre, par des organisations de volontaires telle que l’American Friends of the Rif. Cette organisation a créé une commission pour la solidarité avec les Rifains et a envoyé le 6 février 1926, au secrétaire d’État, une note l’informant de ses réclamations ; son président était Herbert Myrick [8].



Cette même organisation a pris le nom de « conférence pour les interventions internationales d’urgence ». Elle a publié une déclaration demandant au « gouvernement de Washington d’offrir au plus vite ses bons offices pour le rétablissement d’une paix équitable entre la France, l’Espagne et le Rif » [9]. Elle a également renforcé ses contacts avec un autre groupe britannique dont le capitaine Gordon Canning était le secrétaire [10]. Ils étaient convaincus que « le peuple rifain est une petite nation opprimée qui lutte pour son indépendance et se défend contre l’impérialisme français et espagnol, ils comparent cette nation à la Belgique envahie par les Allemands, et demandent à M. Coolidge de faire respecter, en faveur des Rifains, le principe wilsonien du droit que les peuples ont de se gouverner eux-mêmes » [11].

Malgré cette pression au sein de l’opinion publique américaine, le gouvernement de Washington a conservé une attitude de stricte neutralité dans ce conflit. Ainsi, il s’est refusé à participer au blocus maritime que la France et l’Espagne ont établi sur les côtes marocaines pour isoler Abd-el-Krim.

Un accord de coopération navale entre l’Espagne et la France a été signé à Madrid, pour assurer le blocus des côtes marocaines. Aux termes de cet accord, on prévoit l’établissement d’une force navale franco-espagnole pour surveiller les côtes du Maroc, surtout celle du nord et les frontières algériennes. Dans ces zones, les navires de guerre des deux puissances devaient coopérer pour empêcher l’importation d’armes et de munitions. Pour faciliter l’exécution de ces mesures de surveillance, les navires de guerre espagnols étaient autorisés à fréquenter les ports algériens tels qu’Oran ; de même, la France avait la possibilité d’utiliser ceux d’Algésiras, Malaga, Almeria en Espagne [12], et de contrôler tous les bateaux qui traversaient ces zones.

Le gouvernement américain a été avisé de ces mesures, mais il n’a pas reconnu aux gouvernements français et espagnols le droit d’intercepter ou de contrôler les bateaux américains. Il a considéré ce blocus comme une atteinte à la liberté des mers. L’ambassadeur des États-Unis d’Amérique à Paris a fait savoir, le 3 août 1925, au ministre des Affaires étrangères que « le gouvernement américain ne reconnaissait le droit, ni au gouvernement français, ni au gouvernement espagnol, d’exercer un contrôle sur les navires américains, en dehors des trois miles reconnus par le droit international, et que, de plus, il ne reconnaissait pas ce droit de contrôle vis-à-vis desdits navires, dans la limite des trois miles, que dans les termes prévus par l’acte d’Algésiras » [13].

Mais l’affaire la plus grave qui a risqué d’impliquer le gouvernement américain dans cette guerre est celle de la participation de citoyens américains à ce conflit.

II – Des aviateurs américains combattant dans le Rif : la reconquête de l’opinion publique américaine

Après la défaite des troupes espagnoles à Anoual, le 21 juillet 1921, Abd-el-Krim contrôlait toute la partie nord du Maroc et menaçait aussi d’étendre son action au reste du Maroc. La France a ressenti le danger et les deux puissances coloniales se sont empressées d’unir leurs efforts et de déployer le maximum de moyens pour vaincre Abd-el-Krim. L’aviation a été parmi ces moyens modernes utilisés. Elle avait des missions multiples à remplir : bombardements, reconnaissance du terrain, ravitaillement des troupes, liaisons, etc. [14].

La France a engagé un grand nombre d’avions dans cette guerre, mais elle a aussi engagé une escadrille américaine pour des raisons que nous allons évoquer : cette escadrille américaine était constituée d’aviateurs américains, qui faisaient partie pendant la Première Guerre mondiale de l’escadrille Lafayette. « Ils ont fait savoir au ministre de la Guerre qu’ils désiraient combattre au Maroc pour la cause de la France. Leur offre a été acceptée, et ils étaient incorporés dans l’armée chérifienne » [15], car la constitution française ne permet l’engagement des étrangers dans aucune section de l’armée [16], sauf dans la Légion.

Le colonel américain Sweeny, qui commandait cette escadrille, s’est engagé en 1914 dans la Légion étrangère, a fait la guerre aux côtés des Français et, plus tard, est devenu colonel dans l’armée américaine. C’est lui qui a eu l’idée de constituer cette escadrille d’une dizaine d’aviateurs américains. Painlevé, ministre de la Guerre, « a accueilli très favorablement la demande du colonel Sweeny, il a été d’avis que la meilleure formule d’engagement pour maintenir la liberté à la fois des aviateurs et du gouvernement français serait un engagement de trois mois, renouvelable, au service du Sultan du Maroc » [17].

Afin d’éviter toutes complications diplomatiques avec Washington, aucun papier ou contrôle formel n’a été signé ; de même, le nom de l’unité aérienne qui était l’ « escadrille Lafayette » a été abandonné et remplacé par celui d’ « escadrille chérifienne » [18]. Cette participation de militaires américains dans l’effort de guerre de la France aura un double objectif pour les autorités françaises :

Tout d’abord, elle contribuera à consolider l’effort de guerre de la France et de l’Espagne, pour accomplir des opérations militaires difficiles, surtout dans une région de montagnes et face à une tactique de guerre spécifique à Abd-el-Krim.

Ses dix membres sont des militaires ayant combattu pendant la Première Guerre mondiale, et ayant une grande expérience et connaissance dans le domaine de l’aéronautique :

1 / le commandant Parker, Austin Gillette, a servi dans l’aviation navale américaine de mai 1918 à janvier 1919. C’est un écrivain réputé en Amérique pour les questions de technique aéronautique et pour tous ouvrages de vulgarisation sur ce sujet ;

2 / le major Baer, Paul Franck, après la guerre a été membre de la réserve de la police aérienne à New York, commandant en second de l’aéronautique péruvienne ;

3 / le major Pollock (A.), Granville a servi dans l’armée américaine et a été pendant quelque temps officier chargé du matériel volant au parc de réception de l’armée américaine d’Orly. Il a organisé et a commandé la police aérienne de New York ;

4 / le colonel Sweeny, chef de bataillon dans l’armée américaine en 1917, officier de la Légion d’honneur ;

5 / le colonel Charles Kervood et les capitaines Rodgers, Paul Rocwell, Reginal, Weller, Buffum Thomas, et le major Cray ont tous eu de grandes responsabilités dans ce domaine [19].

Le deuxième objectif que visait le gouvernement français en engageant cette escadrille était l’effet psychologique ainsi que la portée médiatique qu’aurait pu avoir cette participation. Sachant qu’une partie de l’opinion publique américaine était sensibilisée au combat des Rifains, le gouvernement français a voulu l’influencer en engageant des citoyens américains. D’ailleurs, c’est ce but de propagande que souligne un télégramme du ministre de la Guerre envoyé au résident général, le maréchal Lyautey : « Cette manifestation de solidarité américaine paraît particulièrement intéressante en ce moment et de nature à exercer en Amérique une action de propagande favorable à notre cause, redressant le sentiment américain par rapport à l’agression de Abd-el-Krim... » [20]

Pour réaliser cet objectif, une escadrille de sept avions transportant des officiers américains effectuera un vol « Le Bourget - Rabat » [21], accompagnée de journalistes qui serviront la propagande française et américaine. Un rapport a été adressé, par l’état-major de l’armée, au maréchal Lyautey, précisant que, « ce voyage ayant surtout pour but la propagande, des télégrammes devaient être adressés d’Espagne à la deuxième direction, relatant les fêtes organisées aux escales et les noms des principales autorités » [22].



Le rapport souligne que, sur la demande de l’Espagne, les aviateurs américains feront trois escales en Espagne. Dès le départ de cette escadrille (le 5 août 1925 du Bourget vers Lyon), une fête officielle a été organisée : « La propagande était parfaitement organisée par le colonel Sweeny. Les reporters, photographes et cinématographes américains étaient aussi nombreux que les Français. Après avoir parlé à l’attaché militaire espagnol, le colonel Sweeny fut persuadé que les Espagnols nous ménageraient, aux trois escales, un accueil chaleureux. » [23]

Il s’agit de Barcelone, d’Alicante et de Malaga. Ce voyage fit un grand effet sur la population espagnole : « De l’avis de tous les Français interrogés au cours du voyage, il y a, depuis trois mois, un revirement très net en faveur de la France dans l’esprit de la population de toutes les villes que nous avons traversées. » [24]

De Malaga, ils partent à Rabat, où ils sont accueillis par le résident général. « La mission de propagande en Espagne a été remplie (autant qu’il fut possible de le faire). » [25] Ce voyage de propagande avait aussi des effets immédiats sur l’opinion publique américaine. « Une partie de cette opinion a montré sa solidarité à la France dans cette guerre, en rappelant que la France et les États-Unis ont combattu ensemble dans la première guerre pour la même cause. » [26]

Aussi, à la suite d’articles de la presse américaine, sur la création de cette escadrille américaine, le ministre de la Guerre français recevait de nombreuses demandes d’Américains qui désiraient s’engager dans cette escadrille [27].

Les officiers américains étaient au Maroc sur le même pied d’égalité que leurs camarades français. Ils recevaient les mêmes soldes et les mêmes indemnités [28].

Aussi, le gouvernement français a insisté pour que cette escadrille, dans son organisation administrative au Maroc, soit considérée isolément du reste des troupes engagées dans cette guerre, afin de ne pas avoir de problèmes avec le gouvernement américain.

Quant à la position du gouvernement américain, vis-à-vis de cet engagement de ses citoyens, l’ambassadeur des États-Unis en France a déclaré : « C’est l’esprit de la jeunesse, mais c’est aussi un amour intense et inné pour la France qui ont conduit ces jeunes gens à abréger volontairement les vacances qu’ils passaient dans l’Ohio. » [29]

Le gouvernement de Washington a pris ses précautions, afin que cette action de ses citoyens ne soit pas attribuée à sa propre volonté, ni à une ingérence quelconque dans cette guerre, et qu’il désirait rester neutre [30]. Les responsables diplomatiques américains installés au Maroc étaient invités par leur gouvernement à attirer l’attention de ces aviateurs sur le fait que la loi américaine punit tout engagement de ses citoyens dans une armée étrangère, et qu’ils risquaient une amende et une peine de trois ans de prison [31].

De nombreuses protestations furent publiées dans les journaux contre cette participation de citoyens américains. « Devant l’ampleur des protestations et des réactions que la nouvelle avait provoquées au sein de l’opinion américaine, une intervention fut faite auprès du gouvernement français qui ordonna la dissolution de l’unité en novembre 1925. » [32]Painlevé transmit cette décision au général commandant supérieur des troupes au Maroc : « L’escadrille américaine dont la création avait été prévue le 18 juillet 1925 sera dissoute à la date du 15 novembre. Les officiers américains qui entraient dans sa composition seront ramenés en France aux frais de l’État... » [33]

Ainsi, cette escadrille a contribué à l’effort de guerre des deux alliés, la France et l’Espagne, contre la « république du Rif », suivant l’hommage que leur rendit le maréchal Pétain dans la citation à l’ordre des troupes d’occupation au Maroc :

« Escadrille brillamment commandée par le colonel Sweeny ; et solidement encadrée d’officiers volontaires : les lieutenants-colonels Kervood et Parker, les chefs de bataillon Pollock et Sussan, les capitaines Holden, Buts, Mustain, Weller, Marc Gibry, Sparks, Rockwell, Bollen, les lieutenants Cousins, Bennengton, Jibeny et Day, désireux de se dévouer à la cause française, et venus au front du Maroc dans un beau mouvement d’enthousiasme et de solidarité envers leurs camarades de la Grande Guerre. Cette unité remarquable par l’entrain, l’abnégation et la haute valeur morale de ses équipages, a journellement effectué des missions difficiles et lointaines de liaison, de reconnaissance et de bombardement, accomplissant en six semaines plus de 350 missions de guerre et lançant plus de 40 t de projectiles » [34].

Notes:

[1] J.-L. Miège, « Introduction historique, les relations internationales », Abd-el-Krim et la République du Rif, Paris, F. Maspero, 1976, p. 25-32, p. 28 (actes de colloque international).

[2] Vincent Sheean, « Abd-el-Krim and the war in Africa », Atlantic Monthly, LXXXVI, August 1925, p. 251-263, p. 251.

[3] « Les États-Unis et le Maghreb », Maghreb,no 7, janvier-février 1965, p. 38, Fondation nationale des sciences politiques, études et notes.

[4] René Pottier, « Les rapports entre les États-Unis et les États du Maghreb », Le Mois en Afrique, mars 1966, no 3, p. 82-95, p. 87.

[5] R. Girault, R. Frank, Turbulence : Europe et nouveaux mondes, 1914-1941, Paris, Masson, 1988, p. 83-84.

[6] A. Harouchi, « Les États-Unis face à la République du Rif », Abd-el-Krim et la République du Rif, op. cit., p. 367-373, p. 369.

[7] L. Carl. Brown, « The United States and the Maghreb », The Middle East Journal, Winter 1976, Washington, no 30, p. 273-290, p. 283.

[8] L. J. Hall, The United States and Morocco 1776-1956, The Scarocrow Press, Inc., Meutuchen, NJ, 1971, p. 758.

[9] « L’Amérique et le Rif », L’Europe nouvelle, 30 janvier 1926, p. 131-132, p. 132.

[10] L. J. Hall, op. cit., p. 759.

[11] L’Europe nouvelle, art. cité, p. 132.

[12] Foreign Relations of United States, 1925, vol. II, p. 602-603.

[13] Jacques Hubert, L’Aventure rifaine et ses dessous politiques, Paris, Éd. Bossard, 1927, p. 231.

[14] Ibid., p. 362-363.

[15] « Des aviateurs américains offrent leurs services à la France », Le Figaro, 16 juillet 1925, p. 1.

[16] Rom Landau, Moroccan Drama, 1900-1955, London, Robert Hale Lilited, 1956, p. 127.

[17] Service historique de l’armée de terre(Vincennes), Fonds de l’Aéronautique du Maroc, C.35, C2 35B, télégramme du 16 juillet 1925.

[18] Paul Ayres Rocwell, Dale L. Walker, « Moroccan Bomber : Americain Fighters in the Rif war, 1925 », Aviation Quarterly, vol. 5, 1979, p. 108-135, p. 115-118.

[19] SHAT (V), télégramme du 16 janvier 1925, op. cit.

[20] Ibid.

[21] Robini (capitaine), « Raids et performances, le voyage aérien France-Maroc des aviateurs américains », Revue de l’Aéronautique militaire, janvier 1925, p. 113-115, p. 113.

[22] SHAT, op. cit., rapport du 24 août 1925.

[23] Ibid.

[24] Ibid.

[25] Ibid.

[26] « American aviators start for Morocco », The New York Times, August 6, 1925.

[27] SHAT (V), op. cit., lettre du 22 juillet 1925.

[28] Ibid. Lettre du 23 juillet 1928.

[29] Le Figaro, 16 juillet 1925, p. 1.

[30]Frus, op. cit., 1925, vol. II, « Enlistment of American citizens for military service in Morocco », p. 606-613, p. 607.

[31] Ibid, p. 608.

[32] A. Harouchi, op. cit., p. 372.

[33] SHAT (V), op. cit., lettre du 28 octobre 1925.

[34] Ibid.

Par El Mostafa Azzou
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