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mardi 10 septembre 2019

Tizirte, le désert, la mort et le Makhzen

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Tizirte, est retourné à sa misère habituelle. Comme de coutume, dans ce pays où règnent l’injustice et la loi du plus fort, chaque fois qu’un douar, perdu au milieu de nulle part, subit les feux de la rampe, c’est qu’il est l’épicentre d’une tragédie sans nom. Une fois les feux éteints, plus personne ne s’inquiétera du sort de cette population, ni ira inquiéter les responsables du drame.





Il y a quelques semaines, alors que les vacances battaient leur plein, début août, la Province de Taroudant s’illustrait dans l’affaire des bénévoles belges rénovant une rue à Adar-Ou-Amane. Une affaire qui avait suscité l’ire d’un membre du PJD et celle d’un enseignant. Ce dernier avait lancé une sorte d’appel à égorger les jeunes filles coupables, selon lui, d’attenter aux bonnes mœurs et à la pudeur des marocains.

La province vient à nouveau de faire parler d’elle avec la crue de l’Oued qui a emporté le stade construit sur son lit et entraîné la mort de plusieurs personnes.

Le diable se cache dans le budget


Le proverbe soutient qu’ « on est toujours plus intelligent après ». Mais à considérer la topographie des lieux, sans doute était-il plus facile et plus abordable de construire un stade sur ce rare replat constitué par les berges de l’Oued, plutôt qu’ailleurs, à flanc de coteau, sur les escarpements, autour de Tizirte. Il aurait alors fallu décaper le terrain, déblayer la terre et les rochers, consolider l’arasement obtenu par des murs de soutènement et stabiliser les pentes. N’importe quel ingénieur vous aurait même expliqué comment exploiter la pente comme base pour des gradins. Le coût aurait sans doute été de cinquante fois supérieur à celui du stade emporté par la crue.

C’est dans ce genre de détails, le budget, que se cache le diable. L’argent qui a fait défaut ici pour exécuter un stade dans les règles de l’art se trouve pourtant, fatalement ailleurs :




Dans l’acquisition de matériel militaire qui ne servira sans doute jamais. Une guerre contre notre voisin algérien signerait la fin des régimes « frères » des deux côtés de la frontière, les deux peuples n’étant plus les dupes de la guerre des sables. Une guerre contre le puissant voisin ibérique signifierait une cuisante défaite pour le Maroc et la fin du régime marocain. 

Dans l’achat de matériel servant à espionner et réprimer les citoyens qui manifestent pour leur dignité, contre la prédation des richesses du pays et l’injustice.

Dans le budget pharaonique alloué quasi automatiquement au Palais royal, sans même qu’il fasse l’objet de la moindre interpellation, ni questionnement par nos députés. Une manière pour ces derniers de récompenser leur bienfaiteur qui leur permet de vivre, tout comme lui, au-dessus des moyens de leur pays.

Dans les dépenses inconsidérés des ministères, des Secrétariats et Sous-secrétariats d’Etat dont les responsables roulent en limousines allemandes et pillent les caisses de l’Etat en faux frais, en frais de déplacements fictifs, en dotations et primes diverses.

Dans le budget indûment consommé par les milliers d’employés fictifs et la rente, résultats du népotisme et du système mafieux mis en place par les thuriféraires du régime marocain.

Tragédie pour les uns, comédie pour les autres 

La tragédie de Tizirte s’est achevée par la perte de onze vies dont personne ne s’inquiétera jamais plus. Le gouverneur de la province en a apporté la preuve vivante,  par la voix et par l’image. Devant les caméras de télévision qu’il avait, toute honte bue, pris la peine de convoquer, pour l’occasion. L’homme était apparu en tenue militaire suintant la naphtaline, entouré d’un aréopage de flagorneurs et de « béni-oui-oui », comme seul sait en produire le régime du Makhzen. Alors qu’il était urgent d’ordonner et de conduire aussitôt les recherches des disparus, le responsable s’est fendu d’une décision sentencieuse.

-« Dès qu’il fera jour, nous entamerons les recherches…… », avant de poursuivre dans un dialogue surréaliste avec une assistance docile :

-« L’oued n’avait-il jamais cru à ce point ? »




-« Non ! Si ça avait jamais été le cas, nous n’aurions pas joué au football,  N’3amassi ! »

Tizirte, est retourné à sa misère habituelle. Comme de coutume, dans ce pays où règnent l’injustice et la loi du plus fort, chaque fois qu’un douar, perdu au milieu de nulle part, subit les feux de la rampe, c’est qu’il est l’épicentre d’une tragédie sans nom. Une fois les feux éteints, plus personne ne s’inquiétera du sort de cette population, ni ira inquiéter les responsables du drame.

A choisir entre le désert et un stade périlleux, les Tizirtis ont, un jour, préféré le stade, pour autant qu’ils aient eu leur mot à dire avec les élus incompétents, cupides  et opportunistes qu’on connaît du Maroc. Un choix qui incite à paraphraser un vieux proverbe :

« Ils avaient le choix entre le désert et le stade, ils choisirent le stade. Ils eurent le désert……………et la mort ! »

Par Salah Elayoubi
Lire l'article sur le blog de Salah Elayoubi
Suivre l'auteur de l'article sur Twitter: @salah_elayoubi





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