Il y a trois ans que Mohcine Fikri a été écrasé dans un camion à ordures - Courrier du Rif

Plate-forme d'information sur le Rif et l'Afrique du Nord

Les derniers articles

natif

lundi 28 octobre 2019

Il y a trois ans que Mohcine Fikri a été écrasé dans un camion à ordures

DR

Il y a trois ans que Mohcine Fikri a été écrasé par le mécanisme d’un camion à ordures alors qu’il tentait d'empêcher la destruction de sa marchandise saisie par les forces de l'ordre. Une mort tragique qui a entraîné des manifestations importantes dans le Rif pendant plus de sept mois et qui a donné naissance à ce que l'on appelle le Hirak du Rif. 

Une vidéo, largement relayée sur les réseaux sociaux, a montré la scène du drame : trois personnes ont monté sur l’arrière du camion pour protester contre la saisie. Alors que deux individus arrivent à s’en extirper, le troisième, Mouhcine Fikri, a resté prisonnier. Des cris d’effrois se sont fait entendre, alors que la victime se fait prendre dans le mécanisme. 



Une vague d’indignation s’est emparée des réseaux sociaux après la diffusion de la vidéo, et qui a provoqué une marée humaine envahissant le centre ville d'Al-Hoceima. "Criminels criminels, assassins terroristes", "Arrêtez la hogra [l'arbitraire]", ou encore "Ecoute Makhzen [palais royal], on n'humilie pas le peuple du Rif !", ont notamment scandé les manifestants sans incident.

"Si les gens sont autant descendus dans la rue après cet horrible drame, c'est aussi parce qu'ils ont vécu un choc terrible en apprenant qu'il était mort broyé dans une benne à ordures. Les images qui circulent sont abominables. Tout le monde ressent également cette mort comme une grande injustice. Les policiers lui reprochaient d'avoir du poisson interdit à la pêche en ce moment, mais ce n'est même pas lui qui l'avait pêché, il n'avait fait que l'acheter. Les propriétaires de grands bateaux, beaucoup plus puissants que ce jeune homme, eux, ne sont pas inquiétés. Il y a un sentiment d'humiliation qui est de moins en moins accepté", a expliqué l'ancienne présidente de l'Association marocaine de défense des droits humains (AMDH) Khadija Ryadi dans une interview avec l'OBS au lendemain de drame.

Au même instant, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de plusieurs villes dans les autres régions au Maroc pour rendre hommage au « martyr Mouhcine Fikri ». Mais contrairement au Rif, ces manifestations n'ont pas persisté. 



"(..) ce ne sont pas les premiers morts restés impunis à Al Hoceima. Aucune enquête n'a abouti après le décès de jeunes militants du mouvement du 20-Février. Cela joue aussi dans l'ampleur des manifestations. La mort de Mouhcine Fikri est l'acte de trop", a précisé Khadija Ryadi dans son interview avec l'OBS. 

Depuis lors, la province d'Al Hoceima et la région du Rif en général sont devenues le théâtre de manifestations spontanées, pacifiques et sous tension en raison des intimidations du régime marocain. Les manifestations ont perduré pendant plus de sept mois, jusqu'à la décision du palais royal de mettre un terme aux manifestations par le biais d'arrestations massives, la répression et la torture. 

Le lendemain de l'assassinat de Mohcine Fikri, le ministre de l’Intérieur à l'époque, Mohamed Hassad, a été chargé par Mohammed VI de suivre de près l’affaire, d'établir les circonstances exactes de la mort tragique et à "punir les responsables de ce drame". Le résultat ? Des peines allant de cinq à huit mois de prison ferme à l’encontre de sept accusés dans l'affaire et quatre autres personnes ont été acquittées, tandis que ceux qui ont dénoncé le drame et revendiqué la cessation de l'arbitraire ont été condamné à de peines allant jusqu'à vingt ans de prison ferme par une "justice" dont la réputation est nulle en matière d'indépendance. 








Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Post Top Ad

Your Ad Spot

Pages