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lundi 28 octobre 2019

Les prisonniers politiques rifains responsabilisent l'État français et l'Union européenne de la situation dégradée des droits humains au Maroc

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Dans un communiqué publié par les prisonniers politiques rifains, à l'occasion du 3e anniversaire de l'assassinat de Mohcine FIkri, ils responsabilisent l'État français et l'Union européenne de la situation dégradée des droits humains au Maroc 





Communiqué des détenus du Mouvement populaire de la prison de Ras El Ma à Fès à l'occasion du 3e anniversaire du martyre de Mohcine FIKRI.

Nous tenons à commémorer aujourd’hui l’anniversaire d’un grand événement. Un événement dans lequel la fierté et le déni se sont mêlés au sacrifice, au courage et à la nostalgie de la dignité pour laquelle notre martyr et l'étincelle de notre mouvement, Mohcine Fikri, a été mis à mort.

L'assassinat de Mohcine FIKRI, son exécution odieuse, sur un ordre direct visant à le broyer, n'exprime pas seulement l’aspect criminel qui est à la base de la formation et de la structure de l'État marocain, mais il témoigne crûment de la façon dont l'Etat marocain perçoit le Rif. Aux yeux du makhzen, la question du RIF ne peut être traitée que par l'état de siège, la désintégration et l’exclusion. Cette politique s'appuie même sur l'instinct meurtrier et le recours à l’assassinat, que l'Etat n'hésite pas à inculquer à ses fonctionnaires dans les instituts de formation de l'administration territoriale.

Que l'opinion publique nationale et internationale sache que les RIFAINS qui commémorent le 3e anniversaire du martyre de Mohcine FIKRI à Paris n'entendent pas se taire. Nous dénonçons ici même le rôle de la France car elle est un partenaire et un responsable de tous les crimes contre notre peuple, car elle est le défenseur et le protecteur de l’État autoritaire et de la dictature, son bouclier de protection dans les forums internationaux, visant à couvrir ses crimes en lui évitant d'être tenu pour responsable de tous ses crimes, et de sa politique d'apartheid contre un peuple sans défense. La France dont il s’agit ici, est cette France néocoloniale qui soutient les dictatures qu'elle a mise au pouvoir, pour sauvegarder ses colonies et assurer la pérennité de ses intérêts. Cette France-là, n'est pas la France des valeurs démocratiques, fondatrice de la Ve République. Il n'est pas surprenant qu'elle soit intervenue, immédiatement après notre enlèvement, par le biais d’une déclaration du président, Emmanuel Macron, lors de sa visite au Maroc. Il avait déclaré que le dossier du RIF intéressait le sommet de la pyramide du palais. M. Macron a promis une issue et une solution, déclarations qui se sont avérées mensongères. Sa position prouve que la France est le superviseur effectif, celle qui élabore les politiques, le cerveau stratégique qui tire les ficelles de l’Etat marocain, mis en place après Aix-les-Bains. Dans le passé, elle a supervisé le génocide et les crimes contre l’humanité, contre les Rifains, à l'aide de gaz toxiques et chimiques pour, écraser la révolution et l'Etat naissant de notre leader historique Abdelkrim EL KHATTABI. 

Aujourd’hui, la communauté internationale est pressée de divulguer les dispositions tenues secrètes de l’Accord d’Aix-les-Bains, afin d’informer le monde sur l’ampleur de la transaction conclue, aux dépens de la population et de ses aspirations, visant à assurer la pérennité des familles dans le contrôle des arcanes de l’État et des volontés du maréchal Lyautey.



Que l'opinion publique nationale et internationale sache que, l’État marocain est en train de négocier cette tragédie, en utilisant la carte de l’immigration, comme un outil de chantage et de pression, pour se soustraire à ses responsabilités dans la violation des conventions et des pactes internationaux. 

De même, l'Union européenne est responsable de la situation, de par son silence, en privilégiant la consolidation de la sécurité de ses frontières, par le biais de subventions et de liquidités, injectées dans les caisses de l’État marocain, attitude camouflée par un prétendu soutien visant à éliminer les migrations et à arrêter le flux vers la rive nord de la Méditerranée. Le Maroc harcèle son peuple et le contraint à l'émigration, pour faire chanter l'Union européenne, arracher un soutien et s’imposer comme un partenaire stratégique, en tant que gendarme de l'Europe en Afrique en matière d'immigration, obtenant en contrepartie que les Européens se désintéressent de la réalité et de la situation des droits de l'homme au Maroc, en couvrant ses violations, et en s’intéressant uniquement à sa sécurité et ses finances. Cela est stratégique dans l'agenda des intérêts des deux parties, qui espèrent tirer de gros profits des accords d'agriculture, de libre échange et de pêche, ainsi instrumentalisés en vue d'acheter le silence des pays de l'Union européenne, garantir leur alignement sur l'Etat marocain, détourner le regard sur les conditions prévues dans l'octroi de ce soutien. Avec cette politique de tergiversation, les gouvernements européens donnent des garanties à l’État marocain de pouvoir contourner la réédition des comptes. Pour nous, il s’agit d’un feu vert pour la poursuite de la répression et de l’intimidation des populations. La plus grande preuve en est la distinction décernée à des personnalités marocaines, accusées de violation des droits de l’homme. C’est le cas d’Abdellatif HAMMOUCHI directeur général de la Direction générale de la sûreté nationale ainsi que directeur de la Direction générale de la surveillance du territoire marocain, décoré d’une médaille espagnole, tout en fermant les yeux sur toutes les affaires le mettant en cause, au niveau international, au point d’être recherché par la justice de nombreux pays.

Que l'opinion publique nationale et internationale sache que notre mouvement populaire dans le RIF, le Hirak, est structuré autour d’une vision moderne, porté sur l'action de protestation et la critique du pouvoir politique dans des pays dotés de régimes autoritaires et répressifs. Notre mouvement a été fondé pour faire entendre la voix des sans-voix, ce qui lui a permis de s'étendre géographiquement et régionalement, au point que les peuples du Soudan et de l'Algérie ont repris ses tactiques et même l'appellation de Hirak comme un acte social fondé sur un affrontement pacifique et la valorisation de le protestation au-delà des étiquettes idéologiques, ethniques et d’appartenance. C’est le mouvement du peuple pour ses droits. Nous n’avons donc pas été surpris de l’exportation de sa charge sémantique jusqu’à l’Égypte, où l’on emploie, dans les manifestations des opprimés, la nom de HIRAK à la place de la révolution.

Notre mouvement lutte pour la justice sociale et la liberté pour tous. Il considère la dignité comme un droit universel. Sa nature est invariable quel que soit le territoire, la région et la politique des régimes.

Notre procès et notre condamnation, à plusieurs années de prison, sont une preuve de la nécessité urgente pour la communauté internationale de se mobiliser et d'agir afin de réhabiliter la justice, piétinée sur l'autel des intérêts communs, des partenariats et de l’amitié entre le Maroc et ses complices français et européens.

Il s'avère que l'État marocain n'a aucune volonté réelle de se réformer et de rompre avec la culture de soumission, de démonstration de force et d'intimidation. Au contraire, le makhzen persiste toujours à maintenir l'état-entreprise , à accréditer le monopole d’une poignée de personnes dans le pays, en exploitant ses richesses à renforcer les mécanismes de dissuasion, parfois pour faire des cadeaux à ses alliés sous forme d'accords bilatéraux, de partenariat et de coopération qui lèsent les intérêts du peuple. Dans une telle situation, il incombe malheureusement au peuple de supporter le coût élevé de cette corruption, qui mine la structure et le système de l’État.



CHER(E)S RIFAIN(E)S
Votre manifestation et vos cris montrent l'échec de l'État dans ses tentatives de contenir le mouvement. Ce que vous faites, relève plus d'un devoir que d'un soutien, car dans votre lutte pour le RIF, vous avez déjoué les calculs du makhzen en déplaçant le conflit vers un lieu où ne s'appliquent pas les mécanismes de ses approches répressives et ses instruments de dissuasion : les enlèvements, la répression, les intimidations, l'état de siège sécuritaire et militaire et l’accentuation du terrorisme psychologique et de la peur.

L’anniversaire du martyre de Mohcine FIKRI et notre message représentent pour nous l'occasion de réaffirmer notre position et notre volonté de répudier la nationalité marocaine afin de rompre tout lien d’allégeance à la personne du roi. Si les patries se construisent sur la liberté, sachez que c'est pour défendre cette liberté que nous avons été condamnés à 20 ans de prison et privés de cette même liberté, car nous avons aspiré à un État où le peuple est souverain, et pas esclave de l'Etat.

La lutte pour la liberté et la dignité est une lutte de plusieurs générations. Pour y accéder, la première étape consiste à prendre conscience de la valeur de la parole. C’est ce que nous avons fait et c’est ce que vous incarnez, par votre persévérance qui s'inscrit dans l'histoire à défendre votre RIF et votre peuple. Il ne s’agit pas de vous remercier parce que vous faites ce qui est notre devoir à tous, mais, conscients de la tâche qui est devant nous tous, unis dans la même cause, nous vous remercions de votre sacrifice continu et de votre détermination à continuer la lutte jusqu’à ce que les ténèbres du despotisme se dissipent, nous permettant de retrouver enfin la dignité dont l'Etat marocain essaie de priver le peuple.

Soyez, dans le RIF, SOLIDAIRES et UNIS contre l'injustice. La vérité finira par triompher. L'intensité de la répression et de l'oppression finiront par reculer devant le courage de nos frères, et finiront par se briser devant la majesté des montagnes du RIF qui témoignent des sacrifices de nos prédécesseurs, les plus dévoués aux RIF.

Quant aux prisons de la dictature, ses tribunaux, ses responsables et ses gouverneurs marionnettes du pouvoir, ils ne resteront pas à l'abri du flot des défenseurs de la liberté, malgré les arrestations et les assassinats.

Pour conclure, nous exprimons notre sincère GRATITUDE et notre RECONNAISSANCE à toutes les organisations internationales de défense des droits de l'homme, politiques, culturelles et artistiques, ainsi qu'à toutes les organisations et instances qui nous ont soutenus solidairement et qui suivent inlassablement notre cause, ainsi qu'à quiconque, ici ou n'importe où dans le monde, qui croit en notre innocence et dans le caractère juste et légitime de notre cause. A tous ceux qui ont exprimé leur soutien et leur solidarité, nous leur disons merci.

Que vive le RIF et que ne vive point dans le RIF quiconque le trahit.

La prison de Ras El Maa
Fès





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