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mercredi 13 novembre 2019

Le budget colossal alloué au palais royal: seulement deux parlementaires s’en prennent à ce tabou

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Dans le projet de loi de finances pour l’année 2020, le palais royal s'est doté un budget comptable de 2,543,503,000 Dirhams (238.511.999,91euros), dépassant de loin le budget de toutes les monarchies européennes réunies. 


Il y a 395 membres dans la Chambre des représentants du parlement marocain, tous muets, excepté deux parlementaires de la Fédération de la Gauche Démocratique ont osé proposer réduire ce budget alloué au palais au profit des secteurs de la Santé et de l’Education. Il faut se féliciter de cette initiative, d'après le chroniqueur Salah Elayoubi.




Deux parlementaires de la Fédération de la Gauche Démocratique, Omar Balafrej et Mustafa Chennaoui, ont proposé des amendements au projet de loi de finances 2020, sous la forme d’«une réduction raisonnable» des budgets du Palais, de la Défense nationale, du Parlement, du Ministère de l’Intérieur et du Ministère des Finances, au profit des secteurs de la Santé et de l’Education.

Tout le monde aura noté que la proposition est assortie d’une prudence de sioux et d’une habileté toute politique. En évoquant une « réduction raisonnable » et en ciblant d’autres départements dont ceux dits de souveraineté comme  l’Intérieur et la Défense, les deux socialistes évitent une attaque frontale du Palais, dont le budget 2019 alloué sans l’ombre d’une discussion, se monte à deux milliards cinq cent quarante-trois millions et cinq cent trois mille (2,543,503,000) Dirhams (238.511.999,91euros).

On imagine la solitude de nos deux héros, les raclements de gorge, les froncements de sourcils et les sorties précipitées de l’hémicycle, engendrés par cette déclaration dont il faut se réjouir. Ces quelques voix minoritaires pour le moment et qui s’élèvent au sein de la Gauche marocaine, sont au diapason de celles de la société civile. Et même s’il faut se méfier de nos politiciens, en raison des trahisons auxquelles ils nous ont accoutumés, occupés qu’ils sont à brouter au piquet d’un système qui les corrompt et les vide de toute substance, il faut se féliciter de cette initiative et en prendre acte, parce qu’elle pourrait constituer un préambule et un encouragement à d’autres prises de positions similaires.



« Than mou ! », « Déchiquète sa mère !¨ »

Nabila Mounib, la Secrétaire Générale de la Fédération de la Gauche Démocratique, s’en prend régulièrement au régime marocain, à ses sécuritaires ou encore aux parlementaires, dont elle disait récemment, lors d’une de ses interventions, que « la moitié d’entre eux dorment pendant que l’autre moitié ignore les raisons pour lesquelles ils se trouvent là ». Une saillie digne d’un sketch qui n’avait pas manqué de déclencher l’hilarité générale dans l’assistance et qui rappelle la cruelle réalité d’un parlement dans lequel siègent des analphabètes, des incompétents et des traîtres en réunion.

La même Nabila Mounib, des trémolos dans la voix, s’était indignée de l’expression « Than mou ! ». Exclamation criminelle d’un des responsables de la mort de Mouhcine Fikri, le vendeur de poisson, tué alors qu’il tentait désespérément d’empêcher le camion benne de déchiqueter sa cargaison d’espadons. Un meurtre qui avait déclenché le soulèvement du Hirak dans le Rif.

En ces temps qui nous rappellent les années de plomb, tout décidément part du Rif et tout y revient. Ainsi, lorsqu’Omar Balafrej et Mustafa Chennaoui expriment une volonté somme toute légitime, d’amender le budget en question, ils n’ont, en effet, pas exprimé autre chose que Nasser Zefzafi et ses compagnons qui réclamaient des hôpitaux, des écoles, des universités et du travail. Nos deux parlementaires s’en prennent à un tabou, même s’ils le font à pas feutrés. Ils ont le mérite de s’être fait les porte-voix de nous autres, les sans-voix.

Nul ne viendra jamais interpeller nos deux parlementaires, au petit matin, au saut du lit, les menotter, les battre comme plâtre, les sodomiser avec un bâton et les doucher de son urine, comme il en fut fait de Nasser Zefzafi, ce lundi 29 mai 2017, Car ces deux-là appartiennent au sérail et s’en prendre à eux, signifierait une nouvelle révolte, sinon une révolution qui signerait la fin du Makhzen et sans doute celle de la monarchie.

Alea Jacta Est

Les marocains attendent avec beaucoup d’intérêt, sinon de curiosité, la suite de ce débat et ses développements. Car tous se souviennent des effets d’annonce du PJD de lutte contre la corruption et les corrupteurs et qui avaient soulevé l’enthousiasme général et la suite qui en a été faite, une fois les élections terminées. Avant les barbus, les socialistes avaient également trahi leurs engagements envers les marocains.

Alea Jacta Est. Les dés sont jetés, selon l’expression consacrée. Mais ce n’est ni le fait de nos deux parlementaires qui ne font là que leur travail ni non plus celui de ces millions de marocains qu’ils représentent et qu’on dupe depuis des décennies. Mais c’est plutôt le fait du régime, de ses mains si sales de basses besognes et de sang des marocains, et qui ignore cette vieille citation qui prétend qu’« on peut tromper une partie du peuple, tout le temps et tout le  peuple, une partie du temps, mais on ne peut tromper tout le peuple, tout le temps ».

Par Salah Elayoubi 
Lire l'article sur le blog de Salah Elayoubi
Twitter:@salah_elayoubi 






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