"Le Maroc ne veut pas développer le pays pour le démocratiser" - Courrier du Rif

Plate-forme d'information sur le Rif et l'Afrique du Nord

Les derniers articles

natif

samedi 30 novembre 2019

"Le Maroc ne veut pas développer le pays pour le démocratiser"

Photo: El Faro de Melilla

Said B., activiste rifain et réfugié politique à Melilla, dont la protection internationale lui a été refusée par l'Espagne. Il confie ses opinions à El Faro de Melilla.




Said B. vivait caché dans la forêt d'Al Hoceima. Quand il voyait à travers les réseaux sociaux qu'il y avait une manifestation, il courait vers la ville, y participait et dès qu'il la terminait, il se cachait dans les montagnes.

Pâtissier de profession, Said fait partie des milliers de manifestants qui sont descendus dans la rue depuis la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de rue déchiqueté par le camion poubelle en 2016 après avoir essayé de récupérer les biens confisqués et jetés par la police marocaine. "Le peuple d'Al Hoceima est sorti pour manifester, même si le gouverneur l'a interdit.

Said a passé trois jours en prison et a été libéré. La police l'a déjà dans son dossier pour avoir participé à ces manifestations, et il est même militant sur les réseaux sociaux, où sur sa page Facebook il envoie son soutien à Nasser Zefzafi, le leader du mouvement populaire du Rif qui a été condamné à 20 ans de prison.

"Un jeune homme est mort avec nous lors d'une grande manifestation d'Al Hoceima en 2017. Il y a près de 3 000 personnes en prison, ainsi que de nombreux journalistes. La vérité, c'est que notre pays ne veut pas de démocratie, il ne veut pas de la loi, il ne veut pas de la vérité et il ne veut pas respecter les droits de l'homme", a dénoncé Said.

La situation de Said était compliquée, il a donc essayé par tous les moyens possibles de renouveler son passeport, qui avait expiré en 2012. Il a apporté tous les documents nécessaires, selon lui, il a passé "un an" à les préparer et on lui a dit au bureau que "ce n'était pas possible car il avait beaucoup de problèmes avec le gouvernement". Finalement, le 16 octobre de cette année, il a obtenu son passeport et dès qu'il l'a eu, il est venu à Melilla. Le 28 du même mois, il entra au CETI de Melilla et le 4 novembre, il demanda la protection internationale au poste frontière de Beni Enzar. Sa demande a été rejetée le 13 novembre.



Il a déclaré qu'il s'exprimait parce que "le Maroc ne veut pas développer le pays pour le démocratiser. Les gens qui sont sortis pour manifester ne veulent qu'un hôpital qui traite le cancer, une université et des bureaux pour travailler. Deux millions de personnes ont dû quitter le Rif, car nous avons le drapeau rouge. Le gouverneur est un gouverneur des mafias, ils ne veulent pas de démocratie. Si tu parles, ils te tuent, tu vas en prison ou ils te kidnappent. Notre chef, Nasser, est en prison. Je ne voulais pas quitter le Maroc, je ne suis pas venu au CETI pour manger", a dit M. Saïd.

Said a raconté avec douleur comment, lors d'une manifestation à Rabat, la police a mis le feu à deux hommes et il est venu en aide à l'un d'eux. Saïd n'a pas pu sauver sa vie et il s'est retrouvé avec des brûlures. Il a également déclaré que "la police a donné de l'argent aux prisonniers de droit commun pour battre les manifestants rifains qui sont entrés dans la prison. Il a aussi dit que lors d'une manifestation à Nador à laquelle participait Nasser Zefzafi, "des gens venaient nous lancer des couteaux. L'un d'eux était coincé en moi et j'ai dû aller à l'hôpital".

"Pourquoi m'ont-ils refusé la protection internationale ? Pourquoi ne m'ont-ils pas aidé ? Veulent-ils me tuer ? Je suis calme, je n'ai rien fait. J'ai passé trois jours en prison et ma mère est venue m'aider. Des parents m'ont dit que c'était la dernière fois qu'ils m'aidaient," confie Saïd.

"Nous nous battons pour vivre", a affirmé Said. "Le Rif n'est rien. La police secrète est partout. Si tu veux vivre et que tu es un rifain, tu ne peux pas. Si tu sors dans la rue pour demander des écoles, ils viendront te chercher. On ne peut pas dire la vérité au Maroc", a expliqué Saïd. Il a également dit que même pour simplifier le processus, il y a des problèmes si tu ne travailles pas pour le conseil municipal ou les administrations.



"Je ne peux pas retourner au Maroc. Si je pars, ils me tueront. 100%. Ou ils me mettront en prison pour 20 ans. Je n'ai rien fait, je suis juste un activiste qui se manifeste".

Son frère a obtenu l'asile politique et vit maintenant en France avec ses deux enfants.

Said a été contacté par la police marocaine pour lui dire que "si vous restez calme, nous vous donnerons 100.000 euros et nous aiderons votre frère à rentrer au Maroc". "Je ne veux pas d'argent. Je veux la démocratie. Je veux que mes frères sortent de prison. Ils font la grève de la faim".

Dans la décision d'asile de Said, il est décrit que "la demande de non-retour dans son pays d'origine n'est pas basée sur une crainte bien fondée de persécution politique". Il a le droit de faire appel, mais il n'est pas le seul rifain dans cette situation. Nombreux sont ceux qui continuent de dénoncer la répression du Rif par le Maroc.

Lire l'article original en espagnol sur El Faro de Melilla


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Post Top Ad

Pages