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samedi 7 décembre 2019

«Khamiss 1984», un film sur la répression dans le Rif déçoit le public

                      

Un film qui était censé faire la lumière sur la répression du Rif en 1984, mais rien de tout cela n'est vrai. Une escroquerie, disent les détracteurs du film «Khamis 1984» de Mohamed Bouzaggou, projeté ce vendredi 06 décembre dans l'Espace Magh à Bruxelles, et dont une partie du public a quitté la salle pendant la projection.

Le film associé à la répression du mouvement de protestation en 1984, ne traite ni les fosses communes, ni les formes glaçantes de torture dans les geôles du régime, ni les enlèvements, ni les disparitions forcées, ni les raisons des émeutes etc.., au lieu de cela, le film montre des scènes de fellation, masturbation, diarrhée, balle retirée d'un anus, viol, adultère, dysfonction érectile etc.., autrement dit, tourner la répression en farce bouffonne qui ridiculise les victimes, a commenté un spectateur du film. 


«Le jeudi 19 janvier 1984, des milliers de Marocains descendent dans les rues pour protester contre la situation économique du pays. Mais, la répression sévère des forces de l’ordre conduit à des révoltes, engendrant de nombreux blessés et des morts. Cette nuit-là, Khamiss et sa femme passent la soirée chez eux. Soudain, des tirs de balles retentissent dans le quartier. Quelqu’un frappe à leur porte. Il s’agit d’un couple d’étudiants blessés qui cherche refuge», peut-on lire sur la description du film.

«Le sujet de ce film n'a rien à voir avec le titre "événement de 1984". Je me suis trouvé entrain de voir un film qui traite l'impuissance sexuelle, le viol, la masturbation, la trahison conjugale, pipi, kaka... Tout ce que vous pouvez imaginer sauf l'histoire de l'événement de 1984 et les crimes commis par le régime marocain contre les Rifains. Le réalisateur a insulté la femme rifaine dans ce (film), elle est soumise et infidèle. Mais le pire dans tous ça, c'est l'image que ce réalisateur a donné au soldat vers la fin du film. Soldat humain et victime obligé d'exécuter les ordres de ses supérieurs. Notre réalisateur a oublié que ces bouchers ont massacré de nouveau les innocents en 1987, 14 décembre 1990 à Fes, à sidi Ifni, à Al Hoceima, à Jrada. Bref, j'ai été déçu», écrit un internaute dans un commentaire.

«Le film crée certaines attentes quand on regarde le titre. L'année 1984 a une lourde charge et évoque certains souvenirs douloureux. Beaucoup de gens, dont moi-même, s'attendaient donc à un film qui dépeindrait principalement les événements de cette année-là. Beaucoup de gens s'attendaient à ce que les crimes de guerre commis par le Maroc contre le peuple rifain aient une image et un son», note Noureddine Adherbal de son côté.
                 
«Comme bon nombre d'entre nous et moi-même sommes nés et avons grandi ici, nous connaissons ces histoires grâce aux témoignages de survivants et à certains passages de livres. La vérité est qu'au début, le film a partiellement répondu aux attentes. L'étonnement était grand quand il s'est avéré que le film se déroule principalement entre quatre murs, avec un mari souffrant de dysfonction érectile, une femme qui trompe avec le moqadem et un militaire aux problèmes intestinaux extrêmes qui joue le rôle principal. La seule chose "positive" qui a donné du contenu au film en même temps est l'histoire d'un jeune couple dont les espoirs et les rêves sont brisés», ajoute Noureddine Adherbal, en estimant: «Personnellement, je pense que c'est une occasion manquée pour le cinéaste, parce que le besoin d'un documentaire réaliste est plus grand que celui d'une histoire fictive. Afin de juger par vous-même, vous devrez voir le film de vos propres yeux. Je ne conseillerai donc à personne de ne pas y jeter un coup d'œil (..) Le fait est qu'en ce qui me concerne, le titre est trompeur...».


Nombreux ont été déçus en fait après avoir regardé le film, et ils ont tenu à le montrer sur les résaux sociaux. Le film a été qualifié même de «le plus mauvais film de l'histoire du cinéma». C'est le cas par exemple du juriste Ibn Kafka. «Annoncé comme un film sur la répression des émeutes du Rif en 1984, ce film me laissait entrevoir un film militant. Je me disais que j'aurais à découvrir un film engagé probablement sobre dans la forme. Grande erreur. Entre scène de fellation, soldat pris de colique frénétique, étudiant blessé à sa virilité et urinant par l'anus, étudiante violée par le soldat souffreteux et mari découvrant que sa femme le trompe avec le mqadem, la sobriété n'était pas vraiment au rendez-vous...», témoigne-t-il.

«Ça commence par une scène d'émeute moyennement réaliste. Les armes et uniformes des soldats ne me semblent pas être ceux de l'armée marocaine en 1984. Un jeune couple d'étudiants fuit les soldats. Le jeune homme est atteint par un tir. Alors que les soldats ayant tiré semblent 30-40 mètres derrière le couple, le jeune homme qui boîte suite au tir et est porté par sa copine réussit inexplicablement à semer les 3 soldats. Le couple atteint une maison, semblant semer la soldatesque. On voit ensuite un couple quinquagénaire, tous deux en jellaba, dans une maison. Ils discutent. Le mari va soudain vers sa chambre et ordonne d'un ton impérieux à sa femme de le suivre. Elle le suit d'un air résigné. Plan suivant: monsieur, assis au bord du lit, visage extatique. On voit ensuite madame, agenouillée, se lever et essuyer sa bouche, lui ayant visiblement prodigué une fellation. La fellation ne semble cependant pas avoir eu l'effet espéré puisque monsieur éclate ensuite en sanglots. On comprend que monsieur a la libido en berne. Monsieur enfile des gants chirurgicaux et semble manipuler une crème», détaille Ibn Kafka qui se dit déçu par un film censé traiter la répression des émeutes du Rif en 1984.

Le film a été qualifié également de «pire film de ma vie» par Pierre-Yves Lambert, observateur franco-belge et fondateur du site Suffrage Universel. «On a eu droit au pires scènes imaginables, explicites sans "montrer", fellation, suppositoire, masturbation, diarrhée, balle retirée d'un anus, viol, et j'arrête là. Le tout sous prétexte de dénoncer la répression du mouvement social du Rif en 1984», décrit-t-il. «Je trouve vraiment insultant vis-à-vis des victimes de la répression des mouvements sociaux dans le Rif d'avoir pris prétexte de ces événements pour produire un film au scénario aussi médiocre, voire indigne. Par contre, c'est bien filmé», analyse Pierre-Yves Lambert.

A cet égard, l'association La Maison du Rif fondée en Belgique pour promouvoir la culture rifaine et qui était partenaire dans la projection du film à Bruxelles a publié un communiqué dans lequel s'est excusée auprès du public qui a quitté la salle pendant la projection. «L'objectif pour nous était de mettre en valeur le 7ème art et nous avons opté pour la projection du nouveau film de Mohamed Bouzzagou dont le titre est «Khamiss 1984». Partant de ce titre, l'idée était de libérer la parole et créer un espace de discussion pour revenir sur cet événement douloureux dans la mémoire collective des Rifains. Hier soir, nous avons projeté ce film inédit que nous n’avions, malheureusement, pas pu visionner au préalable. Nous avons découvert, en même temps que le public, une large distance entre ce qui nous avait été présenté dans la bande annonce et le sujet traité dans le film», indique la Maison du Rif.
                 
Pour rappel, le réalisateur du film Mohamed Bouzzagou est entrain de produire un nouvau film long métrage sur la bataille d’Anoual qui s'est déroulée dans les années 20 du siècle passé entre la résistance rifaine et l'armée coloniale espagnole.


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