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mercredi 11 décembre 2019

L'Anhazi, entre le règne du narcissisme et la suspicion généralisée

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Il y a maintenant plus de 3 ans, à Al Hoceïma, mourait un jeune rifain de 31 ans, Mohcine Fikri, victime de l'arbitraire, de la corruption, et de la sauvagerie d'un policier marocain.

Une contestation sociale, l'Anhazi qui signifie mouvement en tamazight, et pas Hirak en arabe, qui s'empara du Rif et de ses habitants, comme révélateur d'un malaise, d'un sentiment d'oppression n'ayant pas disparu, malgré le discours officiel qui catalogue les années de plomb au Maroc comme appartenant à un passé révolu.

L'arrestation des principaux leaders tels que Nasser Zefzafi, Nabil Ahamjik, Mohammed Jeloul et d'autres, puis leur condamnation à des peines allant de 15 à 20 ans de prison, à l'issue d'une parodie de procès, montrent bel et bien, si tant est qu'il est besoin de le prouver le caractère de plomb impitoyable de la justice aux ordres marocaine.

Cependant dans cet article, nous souhaitons attirer l'attention sur un fléau qui gangrène l'Anhazi, comme toutes les sociétés humaines, à savoir le narcissisme.

En effet, très rapidement s'est développé l'envie de manifester, de s'exprimer par les Rifains, qu'ils vivent au Rif, ou qu'ils fassent partie de la diaspora vivant en Europe.

Cependant très vite, et comme à chaque événement ou contestation à connotation politique et sociale, les appétences pour la notoriété s'aiguisèrent, l'attirance pour les feux de la rampe se développèrent.

De plus à l'ère des réseaux sociaux, se développa le phénomène du « live », à savoir que bon nombre de Rifains s'estimant légitimes à parler et à entraîner d'autres dans leurs lubies, organisèrent des sortes d'entretiens vidéos sans contradicteurs où ces derniers aimant s'écouter parler, insultent, dénigrent tout ce qui dans l'Anhazi ne leur plaît pas. L'insulte, la calomnie s'étant substitué à l'argumentation, ces derniers traitent de « traîtres », de « royalistes », de « faux rifains », ou alors « d'agents à la solde du makhzen », quiconque ne souhaitant pas les suivre dans leurs lubies, leur folie, leur désir de notoriété, toutes celles et ceux qui ne souhaitent pas leur faire allégeance et ne souhaitent pas voir en eux le chef ou le prophète des Rifains. Si vous avez le malheur de vous rendre au stand du Rif à la fête de l'Huma qui a le mérite d'exister et de faire en sorte que des Rifains se rencontre, vous êtes un traître. Si vous avez le malheur de vous rendre à la célébration du nouvel an amazigh à Lille pour des raisons familiales au lieu de vous rendre à celle organisée à Rotterdam, vous êtes un traître. Arme imparable mais ô combien ridicule et grotesque qui permet de clore tout débat.



Il est triste et déplorable de voir à quel point les espoirs, les desseins de justice et liberté étaient immenses au début de l'Anhazi, combien étaient charismatiques et sincères certains leaders rifains même si ces derniers n'étaient certes pas parfaits, mais en tout cas seuls ces derniers ont risqué leurs vie pour leurs idées, et croupissent aujourd'hui en prison. Car disons-le tout net, l'égalité n'est pas l'égalitarisme. Et même si la liberté d'expression est un droit légitime, tout citoyen a le droit de s'exprimer, doit pouvoir parler sans crainte de quelque sujet que ce soit, quitte à dire des bêtises. Il vaut mieux pouvoir dire des bêtises, que de ne pas pouvoir dire des vérités. Cependant on a aussi le droit d'exprimer son désarroi, sa colère face à ce qui est devenu une guerre de tous contre tous, avec la suspicion généralisée qui règne en maître désormais au sein de l'Anhazi rifain, que ce soit au Rif ou en Europe, comme en témoigne récemment la démission d'Ahmed Zefzafi, père de Nasser, de l'Association Tafra après une campagne de dénigrement sans précédent.

Les coups pleuvent de toute parts, que ce soit sur les réseaux sociaux, ou dans la rue. Oserons-nous rappeler le triste spectacle de la marche du samedi 26 octobre dernier à Paris, pour commémorer les 3 ans de l'assassinat de Mohcine Fikri, où en lieu et place d'un cortège uni, où au lieu d'enterrer la hache de la zizanie, certains Rifains qui ne représentent qu'eux-mêmes ont cru bon de scinder non pas en 2 ; comme si cela ne suffisait pas ; mais en 3 le cortège qui se devait d'être unitaire ! Heureusement que le ridicule ne tue pas, car là il y avait de quoi fabriquer mille cercueils !

Il y avait d'un côté ceux qui ne souhaitant qu'exprimer les revendications issues de la plate-forme initiée par les manifestants au Rif, les républicains, et les partisans d'un avocat.      

Voilà donc où mène la politique du « moi je », du pathos généralisé : à faire d'une puissante contestation qui avait un gros potentiel, et beaucoup d'énergie à revendre, une meute de lions qui se déchire entre eux, sans reporter leur colère sur les braconniers qui veulent leur mort.

Comme tout le monde pense qu'il a quelque chose à dire, qu'il est incontournable sans avoir à prouver quoi que ce soit, alors il faut se taire, les admirer et les suivre...

Alors que bon nombre de modes d'actions, de réflexions sont urgentes, sur le plan économique, social et culturel sont à mener, certains préfèrent l'objectif de la web cam, à l'objectif historique. 

Mais le Rif a plein de ressources que ce soit au sein de sa terre, de ses habitants, et de sa diaspora.

Gageons que les générations suivantes sauront tirer les leçons des échecs passés.

Le Rif vivra malgré l'oppression et la bêtise.                                                                                      
Par Ithri n'Arrif



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