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mercredi 4 décembre 2019

Les Frères Bourequat: «La classe dirigeante française a eu un comportement ignoble, voire sordide, à notre égard»

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Les Frères Bourequat, Midhat-René, Ali-Auguste et Jacques-Bayazid Bourequat (décédé 30 mai 2018), de nationalité française, nés et grandi au Maroc. Ils ont passé près de 20 ans à la prison de Tazmamart pour avoir averti le roi Hassan II de l’imminence d’un coup d’Etat contre sa personne. Après leur sortie de la prison, ils témoigneront: «La classe dirigeante française a eu un comportement ignoble, voire sordide, à notre égard (..) Pendant les dix-huit ans et demi de notre séquestration, alors que l’Ambassade de France avait été sollicitée par les membres de notre famille exigeant des autorités diplomatiques et consulaires d’intervenir pour des ressortissants citoyens français enlevés, ni l’Ambassade ni le Consulat général de France ne levèrent le petit doigt».



«La classe dirigeante française a eu un comportement ignoble, voire sordide, à notre égard. D’une bassesse abjecte alors que nous étions citoyens français depuis toujours et avions joué des rôles importants pour la sauvegarde des relations franco-magrébines tant dans le domaine religieux que politique et économique. Le fait de nous avoir totalement ignoré durant notre calvaire, la France est devenue complice du roi du Maroc. Vous ne pouvez imaginer le nombre de Ponce-Pilate que compte la classe politico médiatique française. Au-delà de toute imagination».

«Pendant les dix-huit ans et demi de notre séquestration, alors que l’Ambassade de France avait été sollicitée par les membres de notre famille exigeant des autorités diplomatiques et consulaires d’intervenir pour des ressortissants citoyens français enlevés, ni l’Ambassade ni le Consulat général de France ne levèrent le petit doigt. Pourtant, nous étions des capitaines d’industries, nous étions des promoteurs de grandes marques françaises telles que Peugeot, France Auto, Michelin pneumatiques, des marques d’électro-ménager».

«Nous faisions la promotion de toutes les marques françaises, nous avions initié le dossier de montage automobile à Tanger dans la zone franche industrielle, nous avions appris lors de notre libération que ce dossier avait été repris par des concurrents en complicité avec l’Ambassade de France à Rabat».


«Lors de notre libération, le consul général de Casablanca en personne nous a conseillé de ne pas faire de vagues pouvant contrarier la bonne entente entre la France et le Maroc. Les relations avaient connu un certain froid et il valait mieux ne pas faire de déclarations aux médias qui seront à notre arrivée à Paris !!!»

«Nous avions déclaré à notre arrivée que notre libération du bagne de Tazmamart était due aux pressions exercées par les États-Unis d’Amérique, Amnesty International. En France, seule Madame Danielle Mitterrand s’était engagée à travers sa fondation sans succès».

«Sous Valéry Giscard D’Estaing (1984-1981) aucune démarche n’a été entreprise par la France pour notre libération. Sous François Mitterrand (1981-1995), Claude Cheysson, ministre des relations extérieures, sur instruction du président socialiste, a engagé des démarches auprès du palais royal, alors que Midhat René se trouvait à l’hôpital militaire de Rabat pour des soins urgents. En vain. Finalement après des démarches de Mme Mitterrand, les modalités de notre indemnisation seront négociées par son successeur Roland Dumas. Cette indemnisation était assortie toutefois d’une clause de mutisme, une des principales conditions à notre remise en liberté. Ce qui a expliqué notre silence».

«Mais notre véritable libérateur est le Président George Bush sr, qui a adressé un message comminatoire aux autorités marocaines, non une demande, mais un message comminatoire pour la libération des survivants du fameux camp de la mort de Tazmamart. Auguste Ali l’a personnellement remercié au nom des trois frères, lors d’un diner. Bien que de nationalité française, nous ne sommes redevables en rien de la France de cette libération. Il faut que cela soit dit pour que cela soit bien clair pour tous».


«Hassan II a voulu détruire notre famille. Il est mort et quinze ans après sa disparition, en 1999, nous sommes encore là, vivants, portant, certes, les séquelles physiques de notre longue incarcération. Mais vivants, et notre cas est sorti de l’oubli».

«L’injustice à notre égard est inqualifiable, tant cette monarchie nous est redevable de son maintien, particulièrement Hassan II, qui semble avoir oublié le temps, où, prince héritier, il avait sollicité notre mère pour ramener au palais sa propre mère lorsque Mohammed V l’avait répudiée».

«En 1953, ce sont mes parents et notre oncle maternel, Manoubi Meknassi, qui avaient mandaté l’avocat international Maître Hachemi Cherif, bâtonnier de Tanger, pour défendre le sultan Mohammed V, alors en route pour l’exil vers Madagascar».

«Et c’est l’avocat mandaté par notre famille qui le ramena d’exil en 1955, grâce à son intervention auprès du président du Conseil Edgar Faure qui avait été son condisciple à la Faculté de Droit, alors que le sultan avait obtenu la permission de venir terminer son exil en France et avait loué une résidence à Beauvallon, sur la Côte d’Azur. Ce n’est qu’en atterrissant à Nice qu’il apprit qu’il était attendu à Paris, et fut ré-intronisé. Maître Cherif devint après cet épisode le conseiller juridique du roi et du royaume».

«Hassan II a appauvri le Maroc en éliminant des personnalités d’envergure, tels Mehdi Ben Barka, le propre professeur de mathématiques du Roi, une figure de proue de la «tricontinentale» et le syndicaliste Omar Benjelloun. Le martyr de Ben Barka est à jamais associé à la mémoire de Hassan II et à son passif, tache indélébile. Que reste-t-il d’Hassan II au terme de 38 ans de règne ? Un pays porté au pinacle par de panégyriques intéressés, mais fragile. Mohamad VI ferait mieux de servir son peuple plutôt que de s’enrichir prodigieusement. Plus riche que le crésus du Qatar. Sans gaz ni pétrole, il faut le faire quand même».

«Le peuple courbe l’échine mais ne rompt pas. Que le Sahara occidental tombe et le trône tombera à son tour».

Cet article est un extrait d'un entretien publié par René Naba. Cliquez ici pour lire son intégralité.


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