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Les sujets de sa majesté ! héros point vous ne serez !

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DR
Pourquoi le Maroc n’a pas de héros d’envergure internationale ? Un Gandhi, un Che Guevara, un Malcom X ou un Lech Walesa ? Pourquoi ceux qui auraient pu figurer dans le panthéon des héros historiques, les Raissouni, Khattabi et autres ont tous été discrédités par le pouvoir ?

Tout simplement parce que depuis plus de 12 siècles, il est interdit d’être un héros au Maroc. Le seul, l’unique, l’incontestable héros, batalou l’abtal (le héros des héros) reste le sultan. Et tous ceux qui lui font de l’ombre ont été bannis.


Depuis des siècles, les érudits, les génies, les inventeurs marocains devaient soumettre leurs idées et leurs découvertes au sultan qui, du haut de sa majesté, présentait les ingéniosités des autres comme siennes.

Souvenez-vous de ces fameuses expressions du temps de Hassan II qu’on nous faisait avaler à longueur d’années : « le premier sportif », « le premier savant », « le premier mufti », « le premier artiste », « le premier ceci », « le premier cela ».

Quelque chose a-t-elle changé depuis ? Le discours royal du 21 février, puis celui du 9 mars consacrent encore une fois la suprématie et l’héroïsme du sultan : « la révolution oui, mais elle sera celle du roi et non pas celle du peuple ».

Encore une fois, l’opportunité pour le peuple marocain, et surtout pour sa jeunesse, d’être des héros leur a été spoliée par ceux qui le gouvernent et surtout par les partis politiques qui, tels des caméléons, changent de positions comme on zappe et récupèrent les initiatives des autres.

Des héros, il y’en a sûrement au Maroc, mais qui les connais ? Qui s’en préoccupe ? Qui en parle ? Le régime et ses fossoyeurs les ont enterrés et le peuple les a oubliés. Il est de la responsabilité de tous les intellectuels en général et des historiens en particulier de dépoussiérer notre histoire, de sortir les véritables héros des ornières de l’oubli, de les réhabiliter, de restituer l’histoire occultée et de ne pas ressasser indéfiniment l’histoire officielle.

Un pays sans héros est un pays sans histoire. Et l’histoire se construit avec l’espoir de devenir une référence, de laisser sa trace à sa nation d’abord et à l’humanité ensuite, d’être le concepteur d’un projet de société, d’être créatif, d’être un héros, d’être seulement un homme libre. Cette possibilité est inexistante au Maroc, car on a brimé chez nous l’espoir d’être quelqu’un, parce que devenir quelqu’un c’est être libre ; et les régimes totalitaires ont la frousse des hommes qui se considèrent libres.

Alors on vous presse de tous les côtés, qui vous abjure pour blasphème, qui vous promet « Tazmamart » ou « Temara » pour lèse-majesté, qui vous traite de « ould la7ram », de bâtard, pour avoir critiqué nos sacro-saintes valeurs, qui vous bannit pour vos idées qui secouent les « inébranlables piliers » de notre société, qui vous crache à la figure parce que vous êtes simplement différent, etc. etc.

Et pour se tirer d’affaire, il faut être un mouton de Panurge, dire oui et suivre le troupeau.

Le véritable danger qui ronge le Maroc depuis plusieurs siècles, c’est ce soi-disant esprit de consensus. Nous vivons dans le pays du consensus : consensus entre les partis politiques, entre les intellos, entre les artistes, entre les imbéciles… Je hais le consensus. Je hais le consensus.

« Regardez les pays sans consensus, nous répètent les sous-fifres du pouvoir, ils croupissent sous des guerres fratricides. Chez eux, il n’y a que meurtres, bombes, famine et exode. Voulez-vous vivre comme eux ? Alors estimez-vous heureux d’appartenir à un pays de paix, de sécurité. Mangez ! Chiez ! Buvez du thé et taisez-vous ! ».


Seulement voilà ; ils ne savent pas, ces messies de la servilité séculaire, que la stabilité opprimante, le calme apparent, la sécurité écrasante, le consensus imposé sont les pires ennemis de la créativité, de la liberté, du progrès. Il n’y a que dans le choc des pensées, dans l’esprit de confrontation des idées (et non pas dans les idées de confrontation), dans la loi des antagonismes que progresse une société, qu’elle accouche de savants et d’artistes dignes de ce nom, qu’elle enfante des héros, des vrais.

Impossible d’enfanter des héros dans une société de la pensée unique, avec une intelligentsia démissionnaire et laxiste, un régime autocratique, une société d’auto-esclavagisme où la moindre parole nous est comptabilisée, reprochée, condamnée.

À quand ce Maroc où on aurait le droit de vivre dignement ?  de penser librement ? de s’exprimer ouvertement ? d’être un  héros, ne serait-ce qu’aux yeux de ses propres enfants ? Tout ce qui nous est permis actuellement, c’est d’être des abaisseurs de têtes et des baiseurs de mains, c’est d’être des « Ben oui oui » et des sujets.

Je refuse d’être un sujet. Je refuse d’être un sujet. Je refuse d’être un sujet. Le seul sujet que je reconnaisse est le sujet grammatical, celui qui fait l’action et non pas celui qui la subit.

Je suis né sujet et je mourrai citoyen. Et personne, personne ne m’ôtera ce droit.

Mokhtar Chaoui
Enseignant-chercheur et écrivain.
Auteur de « Refermez la nuit », « Permettez-moi madame de vous répudier » et « à mes amours tordues »