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samedi 28 décembre 2019

Quels sont les motifs derrière l'arrestation du journaliste Omar Radi ?

Omar Radi/DR
Omar Radi, journaliste  d'investigation, cofondateur du site d'informations indépendant Lakome dans sa version française en 2010 avant qu'il soit interdit en 2013. Connu pour ses enquêtes économiques sur la relation entre le pouvoir et le business et son impact sur la population, et sa couverture du mouvement de protestation dans le Rif, ainsi que son soutien aux prisonniers politiques rifains. 

Convoqué le 26 décembre par la police judiciaire, le journaliste a été déféré le même jour devant le procureur du roi qui l’a aussitôt placé en détention et décidé d'une comparution immédiate pour « outrage à magistrat ». Quel bel exploit pour le régime, un record.

Il sera jugé en vertu de l’article 263 du code pénal, qui sanctionne l'accusé d'un mois à un an de prison.

Officiellement, Omar Radi est poursuivi pour le tweet de « bourreau de nos frères », dans lequel il met en cause l'indépendance du juge qui a confirmé en appel les lourdes peines contre les prisonniers politiques rifains. Mais les observateurs et les médias contestent cette hypothèse, et voient qu'il y a d'autres raisons derrière l'arrestation du journaliste, qui était apparemment dans le collimateur du pouvoir marocain. Celui-ci a décidé que l'heure est venue pour les représailles (?). 

Le déclencheur du dossier de "serviteurs d'État" 

Omar Radi est le journaliste qui a révélé le scandale de "serviteurs d'État" en 2016: l’acquisition de terrains de l’Etat à des prix dérisoires par des responsables dont des conseillers du roi et des ministres.

Ces acquisitions portaient sur des terrains d’une superficie de 3 000 à 5 000 m² vendus à de hauts responsables à des prix très bas.

Abdelouafi Laftit, qui est maintenant le ministre de l'Intérieur aurait acheté un terrain non bâti dans la capitale à 350 dirhams marocains (32 euros) le m², alors que la valeur du m² s’élève normalement à 25 000 dirhams (2 300 euros) et 30 000 dirhams (2 780 euros) pour des habitations dans des quartiers huppés de Rabat.

Selon les mêmes révélations, Fouad Ali El Himma et Mohamed Moâtassim, deux conseillers du roi Mohammed VI, avaient également acquis des terrains à des prix dérisoires.

Enquêtes sur les expropriations des terres tribales en utilisant une loi coloniale 

Le journaliste menait des enquêtes également sur les expropriations des terres tribales, une épée de Damoclès qui pend au-dessus de la tête des pauvres du pays dans une flagrante prédation de la part du pouvoir. 

Il en a parlé sur les ondes de la webradio algérienne Radio M quelques jours avant son arrestation, au lendemain de sa participation au panel maghrébin « le journalisme d’investigation par ceux qui le pratiquent » à Alger samedi dernier.

Omar Radi a mis en exergue notamment les formes utilisées par l'État marocain pour exproprier et déposséder les gens des terres collectives comme la répression, la manipulation et la désinformation.

« La loi n'oblige pas l'Etat à notifier la personne de son expropriation (..) Quand vous êtes exproprié la décision est affichée dans un mur à la Commune et les gens ne vont pas au siège de la Commune (..) beaucoup des gens sont surpris », a-t-il précisé. 

D'ailleurs, la loi utilisée par l'État marocain pour exproprier les gens des terres collectives date de 1919. « L'une des premières lois que la France a instauré pour récupérer les terrains au Maroc », souligne Omar Radi. 

En outre les expropriations des terrains, le journaliste s’est consacré également aux barons des carrières de sable. Une autre forme de prédation et de pillage au Maroc. 

« Ils te savaient souffrant et tes médocs coûtent bonbon. Ils se sont dit « Il fait le beau, comme tant avant lui. Il entendra raison ». Tu parles. Même pas mal. Après une enquête primée sur l’exploitation des carrières de sable par les copains et les coquins, tu t’attaques au casse du siècle. Comme le Makhzen et ses obligés se sont bâfrés des terres du peuple », analyse le journaliste Aboubakr Jamaï dans un texte de solidarité avec Omar Radi. 

Un déplacement en Algérie et une interview franchise 

Omar Radi s'est rendu également en Algérie la semaine passée pour un séjour de 48 h où il était invité à la 3e cérémonie de remise du prix Ali Boudoukha du meilleur article d’investigation décerné par Maghreb Emergent. Il a participé au panel maghrébin « le journalisme d’investigation par ceux qui le pratiquent », et a accordé une interview à la Radio M dans laquelle a fait la lumière sur les expropriations des terres tribales, comme nous l'avons indiqué ci-dessus. 

Plusieurs médias et observateurs estiment que son arrestation est due à ce séjour également, et principalement à son interview. « La relance de cette « affaire » laissée en suspens durant toute l’année 2019 a de sérieuses raisons d’être liée au récent séjour de 48 h de Omar Radi à Alger », observe la webradio algérienne Radio M. 

Les médias marocains solidaires avec le journaliste donnent le même son de cloche. « Poursuivi pour «outrage à magistrat» suite à une série de tweets publiés le 15 avril dernier, il paraît plus vraisemblable que ce soit sa participation à une émission radio en Algérie, publiée le 23 décembre sur YouTube, qui a remis son dossier en haut de la pile », estime le site Yabiladi dans un édito. 

« Ces dernières années, il s’est consacré à de nombreux sujets d’intérêt public, comme les expropriations des terres tribales, un sujet à la confluence de tous les pouvoirs, de toutes les prédations. Il en a parlé avec franchise sur les ondes d’une webradio algérienne quelques jours avant son arrestation. Est-ce pour cela que la justice a déterré un de ses vieux tweets pour le punir ? La question mérite d’être posée, car, sans aucun doute, un esprit de vengeance se tapit derrière son cas »,  contextualise de son côté un édito du site Le Desk. 

Solidaire avec les prisonniers politiques rifains 

Le journaliste Omar Radi a couvert parallèlement le mouvement de protestation dans le Rif depuis ses débuts. Il s'est déplacé à plusieurs reprises à Al Hoceima, et il a subi même la répression pour cette raison. 

Connu pour sa solidarité et son soutien aux prisonniers politiques rifains, il est cofondateur du Comité de soutien aux prisonniers du Rif - section Casablanca, et réalisateur d'un film documentaire qui retrace le parcours du mouvement du Rif intitulé "Lmout oula lmadella" 
(Plutôt la mort que l'humiliation), qui est l'un des slogans entonnés lors des manifestations dans le Rif. Le tweet qui a publié en mettant en cause l'impartialité du juge qui a confirmé en appel les peines allant jusqu'à 20 ans de prison ferme à l'encontre des détenus rifains, et le qualifiant de « bourreau de nos frères » lui a valu une arrestation et un emprisonnement à son tour. 

« C'est une énième confirmation que le Hirak est devenu l'épouvantail absolu pour le pouvoir marocain, à l'affût de tous les éventuels soutiens de cette révolte. Il y a un peu moins de trois mois Hajar Raissouni a semblé payer le prix de sa couverture du soulèvement populaire dans le Rif », analyse le quotidien français Libération. 

Le régime s'enfonce, mais jusqu'à quand ? 

Rien que ces derniers jours, le Maroc a enregistré une vague d'arrestations et de condamnations à la prison dans une attaque farouche contre la liberté d'expression menée par le régime monarchique. Notamment des personnes qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux. Un activiste de la région de Khenifra pour une publication sur Facebook, un lycéen à Meknès pour avoir repris la chanson "Vive le peuple" sur Facebook, un jeune à Tetouan qui a publié une diatribe depuis le lit dans un hôpital, les deux youtubeurs alias "Moul Kaskita" et alias "Moul Hanout", sans omettre le Rif qui connaît des condamnations qui sont devenues banales, et qui passent souvent inaperçues à force de leur déroulement répété presque chaque semaine. 

« Le Maroc a changé. Les Marocains ont changé. Mais un irréductible noyau sécuritaire composé de nostalgiques des années de plomb ne savent traiter les maux de notre société qu’à coup de traitement de choc. Une seule issue pour ceux qui tiennent le marteau lorsqu’ils voient en chaque tête qui dépasse un clou : frapper (Hajar Raissouni, Gnawi), frapper fort (Mahdaoui, Moul Kaskita), parfois de toutes leurs forces (Zefzafi, Ahamjik, Bouachrine) », résume l'éditorial du site Yabiladi ce que le régime fait endurer aux opposants dans ce pays. 







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