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24 janv. 2020

Les « Focos du Net ». Se battre contre la répression

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Chaque jour qui passe voit la répression des libertés entreprise par le Makhzen gagner en intensité et le délit d’opinion se généraliser jusqu’à rapprocher dangereusement le pays des années de plomb, de sinistre mémoire. Plus personne ne semble à l’abri de cette déferlante de procès orchestrés par le régime en vue de semer la terreur.

Les « Focos du Net »

Dans son pamphlet contre Hassan II, « Notre ami le roi », Gilles Perrault décrivait les actions subversives initiées par Mohamed Basri de « Focos du Fqih ». Une allusion claire aux célèbres « Focos du Che » qui pensait que la lutte armée, menée par un petit groupe d’activistes, avait toutes les chances de rallier à la cause le plus grand nombre et mettre en place les conditions d’un changement de régime. Le guérilléro échoua à mener à bien son entreprise. Il le paya de sa vie, le 9 octobre 1967, dans la jungle bolivienne alors qu’il tentait d’allumer un de ses fameux feux, dans le pays.

Fqih Basri, ancien résistant et co-fondateur de l’Union Nationale des Forces Populaires (UNFP) avait, en effet, décidé d’en découdre avec le régime marocain en s’inspirant des feux préconisés par Ernesto Guevara. Il n’eut guère plus de succès que son modèle argentin mais conserva toutefois la vie.

Les temps ont bien changé. Le « Foquisme » a échoué et la lutte pacifique a été si bien théorisée et expérimentée, sous ses formes les plus diverses qu’elle a remisé aux oubliettes, sinon ringardisé la lutte armée et les soulèvements meurtriers.

Qu’ils se soient appelés « Mouvement des Indignés », « Occupy Wall Street », « Nuit Debout » ou « Mouvement du 20 Février », les pacifistes sont les héritiers du combat initié par Henry David Thoreau, le transcendantaliste américain, en lutte contre l’esclavage et la guerre américano-Mexicaine ou encore Mohandas Karamchand Gandhi confronté au colonialisme britannique ou Martin Luther King, le défenseur des droits civiques des noirs américains.

Les « Pyromanes de la Liberté »

Mais si la violence et les armes ont désormais cédé le pas au pacifisme, il n’en demeure pas moins que subsiste toujours le principe du groupuscule ralliant à ses idées les masses. Le régime marocain a pris le pli de faire son marketing à travers les associations des Marocains Résident à l’Etranger, (RME) dont il tire les ficelles en sous-main. Il actionne également les Imams qu’il envoie prêcher aux quatre coins de l’Europe, en faveur de la commanderie des croyants. Il compte également sur ses légions de lobbyistes-voyageurs qui sillonnent la planète pour convaincre du bien-fondé de la démocratie façon Makhzen. Une manipulation de masse qui coûte chaque année des centaines de millions de Dollars puisés dans les caisses noires innombrables, aux mains du Palais ou prélevées sur le Trésor public.

Les amis de la liberté, qui ont abandonné kalachnikovs et bombes, n’ont plus pour seule arme et pour toute fortune qu’un simple téléphone portable. Les émissaires de jadis, sillonnant la campagne afin de battre le rappel des troupes ou distribuant des tracts, ont été remplacés par des Tweets ou des Posts. Une redoutable méthode qui a fait ses preuves. N’importe lequel des patriotes peut désormais allumer ses propres « Focos du Net » et les entretenir à sa convenance. Ces incendies sont si dévastateurs pour l’image des despotes qu’ils les terrorisent. Et ils les terrorisent tant et si bien que ces derniers croient avoir trouvé la parade en investissant massivement dans une contre-subversion par le Net. Pourtant, le vieil adage prétend que « c’est s’avouer vaincu que de copier les armes de son adversaire. Le temps de les reproduire, ce dernier est déjà passé à une nouvelle arme ». Les sécuritaires sont à ce point convaincus de leur propre défaite, qu’ils puisent à présent, dans les recettes éculées du passé: les procès fabriqués et les machinations qui font taire.

La mythologie de la stabilité

La stabilité et l’exception marocaines ne sont que des constructions mythologiques imaginées par des prédateurs en bande organisée, vendeurs de chimères, de surcroît, qui se sont accaparés le pouvoir et n’acceptent plus de le partager qu’à la condition, sine qua non, que l’on se plie à leurs diktats et que l’on nourrisse les mêmes sombres desseins que les leurs.

Mohamed Sekkaki, Alias « Moul Kaskita », Mohamed Boudouh, Alias « Moul Hanout » et avant eux, Nasser Zefzafi et ses compagnons ou encore les journalistes, aujourd’hui emprisonnés ou forcés à l’exil, sont les auteurs de ces innombrables « Focos du Net ». Ce sont les « Pyromanes de la liberté ». Ils se sont donnés comme mission de démontrer que la mécanique, les rouages du Makhzen et son modus operandi sont les seuls et uniques responsables de la tragédie marocaine. Ils le paient de leur liberté.

Les sécuritaires et leurs complices au ministère de la justice, pourront sans doute éteindre quelques incendies, en circonscrire d’autres, emprisonner les incendiaires, rien n’y fera jamais. Les flammes continueront de dévorer à petit feu, le monstre du Makhzen jusqu’à l’abattre tôt ou tard. Et pour paraphraser Abraham Lincoln, « On peut éteindre une partie du feu tout le temps et tout le feu, une partie du temps, mais on ne peut éteindre tous les feux, tout le temps. »

Par Salah Elayoubi
Twitter: @salah_elayoubi
Le blog de Salah Elayoubi


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