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lundi 27 janvier 2020

Rapport de l'Association Tafra sur «la vindicte raciste contre les détenus du Hirak du Rif et tous les détenus d’opinion au Maroc»

L'Association Tafra, dans un rapport cinglant, dénonce des cas de torture dans les prisons au Maroc. ©D. R.
Un rapport de l'Association Tafra formée par les familles des prisonniers politiques du Rif sur «la vindicte raciste contre les détenus du Hirak du Rif et tous les détenus d’opinion au Maroc»



ASSOCIATION TAFRA POUR LA SOLIDARITE ET LA FIDÉLITÉ

Rapport sur la situation des détenus du mouvement populaire dans le Rif:

La Délégation générale de l'administration pénitentiaire, au lieu de prendre l’initiative de traiter les aspects des déséquilibres et de la corruption enracinés dans ses établissements pénitentiaires et dont certains ont été révélés par les rapports de la Cour des comptes, et au lieu de répondre dans un esprit de responsabilité aux plaintes et aux demandes des détenus politiques et de leurs familles, dans la perspective de leur libération et la clôture totale et équitable de leur dossier ; Nous prenons note, avec amertume, l’entêtement de cette Délégation dans sa voie de la répression et de la vindicte raciste contre les détenus du Hirak du Rif et tous les détenus d’opinion au Maroc, et le reniement de ces pratiques à tour de communiqués délabrés qui ne fait que confirmer ce qu’elle prétend nier à l’adresse des organisations nationale et internationale des droits de l’Homme.

Selon les familles des détenus du Hirak populaire dans le Rif, les détenus endurent les malheurs dans les prisons du Makhzen. Ainsi, dans la prison de Ras el-Ma à Fès, l'administration pénitentiaire a imposé un terrible siège aux détenus politiques Nasser Zefzafi et Nabil Ahamijk. Les détenus de droit commun, qui sont dans le même quartier qu’eux, sont interdits de les saluer ou de leur parler. Quiconque ose enfreindre cette interdiction est intimidé par le biais de perquisitions humiliantes et interrogé par l'administration pénitentiaire sur ses relations avec les détenus politiques, puis le menace de la peine la plus sévère s'il recommunique avec eux.

En outre, leurs appels téléphoniques à leur famille sont sous le contrôle provocateur des gardes qui se tiennent à leurs côtés et qui notent le contenu des conversations. Ils empêchent même les détenus politiques de simplement composer les numéros de téléphone de ceux avec qui ils veulent communiquer, en plus de la saisie des journaux nationaux qui ne sont pas remis à Nasser Zefzafi. Pire encore, l'administration pénitentiaire retient les plaintes et la correspondance des détenus politiques et tergiverse quant à leur envoi aux autorités compétentes.

Quant à la prison civile de Guercif, où se trouvent les détenus politiques Wassim EL-Boustati, Zakaria Adahchour, Samir Ighid et Mohamed Haki, qui y ont été arbitrairement transférés de la prison de Ras el-Ma de Fès, à la suite de leur grève de la faim avec Nasser Zefzafi et Nabil Ahamjik pour protester contre la torture subie pendant et après 31/10/2020, et contre la non satisfaction de leurs demandes : les rapprocher de leurs familles tout en les réunissant avec tous les détenus du mouvement rifain, les traiter comme des détenus politiques.

La situation des détenus est très tragique, car l'administration pénitentiaire est déterminée à les humilier en leur déniant leurs droits légaux, même le droit aux rayons de soleil, et parfois des plus simples droits naturels. C’est le cas du détenu politique Mohamed Haki qui s'est vu refuser le droit à un traitement médical, suite à son refus de porter l'uniforme de prison attentatoire à la dignité humaine, sachant que l'administration pénitentiaire a conditionné son transfert à l’hôpital par l’obligation de mettre ladite uniforme.

L'administration pénitentiaire a utilisé ce refus comme prétexte de continuer sa négligence médicale envers les détenus politiques, avec le risque que cela comporte quant à leur sécurité sanitaire. Il convient de rappeler que le détenu politique Mohamed Haki, depuis son entrée forcée dans la prison civile de Guercif, a écrit à l'administration pénitentiaire pour le transférer à l'hôpital pour le traitement d’une maladie à d’oreille qui lui cause une douleur intense au niveau de la tête, du cœur et de la main gauche. En plus de tout cela, l'administration pénitentiaire refuse aux quatre détenus l’accès aux livres, magazines et journaux que leurs familles leur ont fournis pendant la visite, en particulier ceux liés au Rif et au Hirak populaire. Le plus dangereux encore c’est que l’administration de cette prison se délecte de la restriction exercée sur nos détenus et leurs familles. Lors de la visite hebdomadaire du 24 janvier 2020, des membres de la famille des détenus politiques Samir Ighid et Zakaria Adahchour, ont été empêchés de la visite sous prétexte qu'ils n'avaient pas les documents requis.

Pour les onze détenus politiques de la prison de Nador 2 à Selouane, et qui sont répartis en différents blocs, la situation est encore plus terrible en raison du traitement raciste auquel ils sont exposés par certains membres du personnel pénitentiaire, des conséquences de la malnutrition, de la négligence médicale, et la limitation de la durée des visites et des appels téléphoniques à leurs familles. La violence physique dans cette prison est toujours autorisée, alors que nous attendons toujours la réponse du Conseil national des droits de l'homme et du Mécanisme national contre la torture à la plainte de la mère d’Achraf Moudid concernant la torture de son fils le vendredi 29 novembre 2019 par les gardiens de la prison de Nador 2.

À un moment où nous attendons également le résultat de l'enquête judiciaire sur la plainte déposée par Maître Khaled Ameza auprès du procureur du roi à Nador sur le même sujet, nous sommes surpris par l'intimidation continue de l'administration pénitentiaire contre les détenus du mouvement rifain, et la victime cette fois est le détenu politique Abdelhak Al-Fahsi qui a déclaré récemment qu’il a été battu et insulté par le directeur de la prison, propos qui ont été confirmés par sa famille.

En plus, les familles des détenus politiques Bilal Ahebbad et Mahmoud Bouhannouche, n’ont eu aucune information de ces deux derniers depuis plus de deux semaines, et on ignore jusqu'à présent la réalité de leur situation. Même si Mohamed Ahebbadd s’était rendu dans la matinée du jeudi 23/01/2020 à la prison de Selouane pour s’enquérir de son frère Bilal, il en était revenu plus inquiet après que l'administration pénitentiaire l'ait informé que le détenu politique Bilal Ahebbad refusait de sortir pour la visite sans lui expliquer la vérité de ce qui lui était arrivé et ce qui lui arrive.

Et à la prison agricole à Zaio, et lors de son dernier appel à sa mère, le détenu politique Hassan Hajji s'est plaint du traitement cruel et vindicatif des geôliers de cette horrible prison : maltraitance verbale et physique, harcèlement en prison, provocation lors de conversation téléphonique avec sa mère, et le contraignant de mettre fin à l'appel avant l'expiration de son délai qui est déjà très réduit. Il a récapitulé sa souffrance à la prison de Zaio par rapport à celle de la terrible prison de Toulal 2 à Meknès, avec ce proverbe rifain : "j’ai fui de là où les gens meurent vers là où ils sont dévorés".

Dans la tristement célèbre prison d'Ain Aicha de Taounate, le détenu politique Mohamed Oulad Khali qui a été arrêté pour un post sur Facebook, se trouve dans un très mauvais état, dans une cellule de prison surpeuplée d'une quarantaine de prisonniers. Il dort toujours par terre, même s'il est malade. Il souffre de malnutrition, de manque de soins médicaux et d’accès à l'argent que lui envoie sa mère. Celle-ci ne peut pas lui rendre visite en raison de la distance et de son état de santé.

Quant à la prison de Tanger 2, et bien que les conditions des détenus du Hirak du Rif y soient moins pires que celles de leurs camarades dans le reste des prisons de l'humiliation et de honte, l'administration pénitentiaire continue de tergiverser quant à la réalisation de ses promesses, dont la première est de les rassembler avec le reste des détenus du Hirak du Rif dans une prison plus proche de leurs familles, et de permettre à celles-ci et à leurs amis de leur rendre visite.

À travers ce bref inventaire de la situation des détenus du Hirak du Rif dont les échos de leurs souffrances nous sont parvenus des prisons où ils ont été dispersés, il est évident que la Délégation générale à l'administration pénitentiaire est un appareil, parmi tant d’autres, de gestion de représailles et des punitions collectives des détenus du Hirak du Rif et de leurs familles. Punition et représailles qui sont un chapitre supplémentaire de l’approche répressive adoptée par l’Etat envers le Hirak populaire du Rif.

Si nous condamnons toutes ces pratiques contraires aux conventions internationales des droits de l'homme signées par le Maroc, nous condamnons également le silence du Délégué général de l'administration pénitentiaire, du Conseil national des droits de l'homme et du Parquet, concernant les plaintes des détenus politiques et de leurs familles relatives à la torture qu’ils ont subi et subissent encore dans les prisons, et nous demandons que l'enquête soit accélérée pour tous les cas de torture de nos détenus, ainsi que la punition des personnes impliquées et l'indemnisation de ses victimes. Nous demandons également à la Délégation pénitentiaire la satisfaction rapide des demandes des détenus du Hirak du Rif et de tous les prisonniers d'opinion au Maroc.

Nous affirmons que nous ne faiblirons pas dans notre défense des droits et de la liberté de nos détenus, et nous continuerons la lutte pour un Maroc de la dignité, la liberté et la justice sociale.

Signé le 26 janvier 2020
Pour le bureau de l’association

Traduit par MT pour Amussu n Tsutiwin


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