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26 avr. 2020

Histoire. L'Armée française face à Abdelkrim: «Les Rifains tirent mal au canon, mais au fusil ils sont extraordinaires»

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Au cours de la première guerre mondiale, les États européens se sont livrés à une guerre industrielle qui a débordé sur le théâtre colonial. À cette occasion, certaines puissances ont utilisé localement des procédés de guerre irrégulière comme le Royaume-Uni en Arabie. Parfois elles n’ont pas hésité à sous-traiter la guerre, à l’instar des Allemands qui armèrent les bandes d’Abd el-Malek au Maroc dans l’espoir d’y ruiner le protectorat français. Dès 1919, le Moyen-Orient, débarrassé du joug turc et sonné par l’abolition du califat, semble s’embraser contre la tutelle européenne qui se met en place. Ce mouvement de contestation, qui affecte notamment la Syrie, finit par avoir des contrecoups au Maghreb où, dès 1921, l’opération maladroite de pacification espagnole dans le Rif se transforme en déroute retentissante contre les tribus menées par Abdelkrim. Dès lors, le maréchal Lyautey, Résident général de la France à Rabat, sait qu’il aura à affronter tôt ou tard les guerriers du Rif qui bordent la frontière Nord du Maroc utile. De 1921 à 1924, le problème rifain va ainsi s’imposer pour devenir une crise à part entière puis une véritable guerre en 1925. Il faudra, pour l’Armée française, une année de combat suivie d’une année de stabilisation, pour éradiquer les dernières menaces de dissidence de la région de Fez.

De nos jours, historiens et spécialistes ne sont pas tous d’accord sur la nature du conflit rifain. Certains y voient déjà les prémisses de la décolonisation au Maghreb, d’autres considèrent qu’il s’agit d’une des dernières guerres coloniales [1]. Tous s’accordent pour souligner la disproportion des forces et des moyens nécessaires à la France et l’Espagne pour en finir avec ces Berbères obstinés qui mirent à mal le prestige militaire français au point de nécessiter l’envoi au Maroc du vainqueur de Verdun, le maréchal Pétain. Dès lors une question s’impose : quelle fut la nature exacte de la guerre que mena la France dans le Rif ?

Nous prétendons répondre à cette question en soutenant que la guerre du Rif fut une guerre irrégulière [2] où l’Armée française essaya de concilier sa pratique des guerres coloniales avec l’utilisation des moyens les plus modernes pour éliminer le plus rapidement possible une force adverse, dont la maîtrise consommée de la guérilla se conjuguait avec l’emploi limité des armements modernes qu’elle avait pu acquérir.

Dans ce but, nous montrerons dans un premier temps quelles furent les différentes étapes de ce conflit atypique, puis dans un second temps comment il opposa deux systèmes fondamentalement différents, et enfin pourquoi l’asymétrie fut toujours au cœur des opérations malgré la volonté, pour l’un ou l’autre des adversaires, d’y échapper.

Les grandes étapes d’un conflit atypique

Pour l’Armée française, les grandes étapes de la guerre du Rif furent une phase de crise s’étendant de l’année 1924 au 15 avril 1925, puis une phase de guerre jusqu’à la reddition d’Abdelkrim le 27 mai 1926 [3] et une phase de stabilisation de la frontière franco-espagnole qui s’acheva en juillet 1927 avec la soumission des derniers dissidents.

Bordé par la Méditerranée au Nord, le Rif est, géographiquement parlant, un massif montagneux d’altitude moyenne qui a la forme d’un quadrilatère de 130 km de long sur 50 km de large, soit une étendue de 6 500 km2. Sur le plan historique, le Rif a tendance à désigner les montagnes du Nord marocain qui dessine, un grand arc concave délimité au Sud par la vallée de l’Ouergha, à l’Est par celle de la Moulouya et à l’Ouest, par la côte atlantique de Tanger. C’est avant tout un espace jugé marginal, car resté en dehors des points de contact du Maroc avec le reste du monde. Si le Sud marocain a toujours fasciné les Occidentaux, le Rif a généré peu d’observations. Ce fouillis de montagnes, arides ou arrosées au gré des saisons, qui a souvent réussi à se soustraire à l’influence formelle des sultans, semble un repoussoir à la pénétration européenne. Neuf années après le traité de Fez de 1912, qui a officialisé les protectorats français et espagnol, le Rif demeure presque inviolé. En 1921, le général Sylvestre se lance dans la conquête systématique de la région. Son offensive rencontre une opposition croissante jusqu’à l’été 1921 où, après une série de revers, sa colonne est anéantie par les tribus berbères menées par Abdelkrim. Les défaites espagnoles d’Anoual [4] et de Monte Arrui constituent, en quelque sorte, l’acte de naissance officiel de la puissance rifaine. Côté français, durant trois ans, les TOM (troupes d’occupation du Maroc) scrutent l’horizon des montagnes du Rif en s’efforçant de deviner quel ennemi va en déboucher.

En 1924, la crise commence véritablement avec le retrait espagnol de la région de Chechaouen, qui achève de mettre en contact Rifains et soldats français. L’affrontement apparaît inévitable pour le maréchal Lyautey qui avait déjà renforcé la frontière, en occupant les crêtes Nord de la vallée de l’Ouergha au mois de mai, afin de soustraire les tribus riveraines à l’influence de “l’émir du Rif” [5]. Cette action préventive, qui ne visait qu’indirectement les Rifains, fut vraisemblablement ressentie par Abdelkrim comme une déclaration de guerre et dès le 6 juin, une harka [6] rifaine attaqua un bataillon français. D’autres combats sporadiques eurent lieu jusqu’à l’automne, sans qu’on puisse encore savoir précisément s’ils furent ordonnés par Abdelkrim ou dus à l’initiative isolée de quelques caïds locaux, comme celui-ci le laissa entendre par la suite. Dès lors, le front s’installa dans une “drôle de guerre” avant l’heure, où chacun s’observe sans s’agresser. Les hommes d’Abdelkrim creusent ostensiblement des tranchées et installent des mahakmas [7] reliées entre elles avec le fil téléphonique dérobé en zone française, tandis que les officiers des affaires indigènes s’échinent à convaincre les tribus de rester dans le giron du Maghzen [8].

Le 15 avril 1925, le voile de l’ambiguïté se déchira et les Rifains assaillirent les tribus fidèles au sultan et les contraignirent à attaquer les postes français isolés sur leurs pitons. Fait unique dans la geste lyautéenne, ce fut, cette fois, la dissidence qui fit “tâche d’huile” et contamina les tribus jusqu’aux portes de Taza, menaçant ainsi la liaison stratégique entre le Maroc et l’Algérie. La soixantaine de postes de couverture abritant des garnisons de tirailleurs sénégalais et algériens constituait un ensemble défensif trop faible pour arrêter des harkas de plus de 2000 hommes. La plupart des positions furent rapidement assiégées. Le commandement français de Fez se trouva contraint d’en organiser le ravitaillement grâce à la manœuvre d’unités interarmes de circonstance, les groupes mobiles (GM). Ceux-ci ne purent empêcher certains postes de succomber aux assauts rifains ou à la trahison. Mais surtout, malgré d’indéniables succès tactiques, ils ne parvinrent pas à obtenir un effet durable dans une zone d’affrontements qui s’étendait sur 350 km. En effet, les opérations des GM, menés par des chefs aussi remarquables que le général Colombat, les colonels Freydenberg, Cambay ou Noguès, ne produisirent pas l’effet stratégique escompté : empêcher les départs en dissidence des tribus de l’Ouergha. En outre, le moindre ravitaillement de poste prit un caractère exagérément meurtrier [9]. Celui du Bibane le 27 mai 1925, coûta plus de 100 morts et 400 blessés, prix à payer pour débloquer temporairement un poste tenu par 50 hommes qui devait finalement succomber dix jours plus tard. Néanmoins, contrairement à l’armée espagnole en 1921, les colonnes tinrent bon dans cette fournaise insurrectionnelle. À maintes reprises, elles évitèrent l’anéantissement grâce à la valeur des bataillons, encadrés par des vétérans de 14-18, et à l’action efficace de l’aviation. La situation devint si critique que la plupart des postes avancés furent évacués au profit d’une ligne de retranchements faites de points d’appui de niveau bataillon au sud de l’Ouergha. Ce repli tactique n’empêcha pas les infiltrations rifaines de progresser à l’Ouest (secteur d’Ouezzane) et à l’Est (secteur de Taza) en juillet et en août. Lyautey arrêta néanmoins les Rifains en leur barrant la route de la plaine.

Le haut commandement militaire passa dans les mains du maréchal Pétain qui obtint plus de renforts et réorganisa le front. Il y eut désormais, en lieu et place des onze GM qui avaient été engagés jusque-là, sept divisions. Les effets successifs d’un débarquement espagnol dans la baie d’Alhucémas, en septembre, et d’une offensive française, en octobre, achevèrent de renverser l’initiative. La mauvaise saison empêcha Pétain d’obtenir un succès décisif malgré les 160 000 hommes engagés opposés à 15 000 dissidents. Toutefois, Abdelkrim ne put maintenir soudée sa confédération de tribus qui commença à se déliter durant l’hiver 1925. Au printemps 1926, la reprise de l’offensive, cette fois coordonnée, des forces franco-espagnoles acheva de désorganiser la résistance rifaine. Après une tentative avortée de paix négociée lors de la conférence d’Oujda, le front rifain éclata au point d’abandonner son chef et de le contraindre à se rendre à l’Armée française pour éviter le sort peu enviable que lui réservaient les Espagnols désireux de venger les massacres de 1921.

Cependant, les combats n’en finirent pas pour autant, le morcellement de l’alliance des tribus imposa un effort conséquent aux troupes européennes. Chaque tribu dut être persuadée de renoncer à la lutte souvent après un dernier baroud d’honneur, prélude à la demande d’aman (pardon) validée solennellement par la cérémonie de la targuiba [10]. Enfin, par effet de contagion, toute soumission de tribu ne put être considérée comme durable que lorsque son voisinage était définitivement expurgé de la moindre dissidence. Certes, les amendes de guerre exigées par famille et la livraison des fusils aux officiers des Affaires indigènes permettaient d’exercer une pression sur les communautés rentrées de siba (dissidence). Mais l’action politique dut s’adapter à chaque particularité locale pour éviter de susciter une nouvelle révolte. Parfois, les tribus furent même réarmées partiellement pour pourvoir à leur autodéfense. De fait, la pacification du front Nord se poursuivit discrètement jusqu’en juillet 1927, où une opération de police menée par l’armée française eut raison des derniers irréductibles de la tribu des Béni Mestara. Ceux-ci avaient été acculés à la soumission par le bouclage effectif de la frontière par l’Espagne, désormais capable d’assumer la surveillance d’une zone où elle n’avait jamais mis les pieds auparavant. Cette épisode final, sans tambours ni trompettes, s’apparente bien aux derniers soubresauts d’une phase de stabilisation.

L’opposition de deux systèmes fondamentalement différents

La guerre du Rif consacra l’antagonisme fondamental de deux systèmes complexes dans plusieurs domaines.

Sur le plan politico économique, le Protectorat au Maroc en 1924 est un système colonial où une minorité de Français – 180 000 personnes en comptant l’armée – tient sous tutelle un pays de 4 millions d’habitants. Son originalité et sa force sont la préservation de la légitimité traditionnelle du sultan, à laquelle est associé le Commissaire résident général de la République française, le maréchal Lyautey, ainsi que le recours au contrôle plutôt qu’à l’administration directe. La finesse politique de Lyautey, son amitié respectueuse avec le sultan Moulay Youcef, son expérience coloniale et sa connaissance du Maroc font que le Protectorat fonctionne depuis 1912 en grignotant peu à peu le bled siba (pays en dissidence) pour le convertir en bled maghzen (pays soumis au sultan). Néanmoins, cela ne se fait pas sans que l’armée n’ait à faire usage des armes pour pacifier l’espace et convaincre les dissidents à accepter la paix du Protectorat. Toutefois, la dynamique de la soumission, qui fait des ennemis d’hier les alliés du moment, semble encore en 1924 quasiment mécanique. Les tribus sont généralement contraintes à la soumission après quelques bombardements aériens sur leurs douars et leurs troupeaux, une attaque terrestre vient ensuite concrétiser l’empreinte de la puissance coloniale. Si les tribus résistent, les postes organisent un blocus qui les empêche d’accéder à leurs champs. Généralement, après un hiver rigoureux, nombreux sont les caïds qui viennent déposer les armes. Les officiers du Service de Renseignements rivalisent de pédagogie pour expliquer aux populations rétives que la pacification est inéluctable et qu’elles doivent se résigner à accepter la paix française qui amène les routes, développe le commerce et respecte leurs droits. Sur le plan économique, le Maroc, dont la banque d’État est un consortium de banques françaises, exporte des matières premières vers la métropole et en importe des biens manufacturés comme toutes les autres colonies européennes. L’habileté protectorale se ressent dans la préservation des statuts de la propriété foncières qui permettent (hormis dans le Gharb) aux tribus berbères de conserver leurs terres et, par contrecoup, de limiter la colonisation de peuplement, génératrice de frictions comme elle le fut en Algérie. L’association, certes souvent symbolique, des élites indigènes au processus administratif contribue à lui donner une image acceptable aux yeux de l’opinion publique en France et sur le plan international.

Dans le domaine militaire, les TOM (troupes d’occupation du Maroc) représentent, sous le commandement de l’état-major de Lyautey à Rabat, une force composite de 75 000 hommes. Avec cette troupe, le maréchal cloisonne les dissidents dans les régions les plus inhospitalières (Grand Atlas, Moyen Atlas, Tafilalet) à la façon des troupes romaines sur le limes. Alternant forces de surveillance dans des postes de compagnies et colonnes regroupant plusieurs bataillons, il mène au Maroc une guerre permanente à la dissidence. Chaque saison amène une opération limitée de pacification, soit au Sud, soit au Nord, conclue par de nouvelles victoires au prix d’une perte moyenne annuelle de 2 000 hommes. Chasseurs d’Afrique, spahis, goumiers, légionnaires, tirailleurs nord-africains ou sénégalais, zouaves, artilleurs coloniaux, aviateurs, tringlots ou disciplinaires des “bats d’Af” [11], tous deviennent peu à peu des “blédards” habitués à la guerre coloniale. Quelques appelés du contingent sont même présents dans les rangs de cette armée de métier encadrée par des vétérans de la Grande Guerre ou de jeunes officiers enthousiastes [12]. Le problème majeur de cette troupe est que ses effectifs tendent à diminuer. Le volume de forces du Protectorat dépend, en effet, des directives de la métropole qui ne cesse, dès 1919, de rogner sur le Maroc pour assumer les charges imposées par les ambitions françaises sur le Rhin. Chaque année, l’EMA reprend donc à Lyautey des bataillons, le contraignant ainsi à restreindre son programme de pacification, pourtant garant du succès de son entreprise. Enfin, son modèle de guerre fait qu’elle est habituée à une opposition généralement peu coordonnée et dotée d’un armement déclassé. Le lieutenant-colonel Michelin, qui fait des conférences sur la guerre du Maroc, ne précise-t-il pas qu’au Maroc, l’ennemi oppose rarement plus de 2000 fusils ?

En 1924, le modèle de développement encadré du Protectorat fait face au modèle rifain qui a déjà sérieusement mis à mal la zone espagnole. Abdelkrim, caïd des Béni Ouriaghel, en s’opposant par les armes à l’expansion militaire de la Commandancia de Melilla, a puisé dans les plus vieilles racines de l’identité marocaine, l’antagonisme avec l’ennemi héréditaire espagnol, le roumi. De plus, sa victoire et sa connaissance des tribus lui ont permis de les fédérer sous son autorité parfois implacable. Pour étendre son influence en pays Ghomara, Djebala ou sur les rives de l’Ouergha, il n’a pas hésité à alterner séduction et répression, menace et persuasion, conforme en cela à la tradition féodale marocaine. L’histoire du bled est pleine de récits de versement de tributs, d’envoi d’otages pour garantir les alliances et d’expéditions punitives entreprises contre ceux qui ont failli à la parole donnée. Il est parvenu à éliminer ses deux rivaux les plus dangereux, Abdel el Malek et Raïssouli et a même obtenu un halo, certes nébuleux, de reconnaissance internationale à travers le soutien du Riff Committee. Ce dernier a même réussi à faire croire à la presse internationale que le gouvernement d’Abdelkrim s’apparentait à une démocratie moderne, la République du Rif ou la Rifuplik. Cependant dans un contexte de conflit armé, la gouvernance d’Abdelkrim s’apparente plus à l’autocratie d’un notable de tribu qui s’est mué en chef de guerre sans se priver des conseils d’un cercle de parents et de proches. Dans sa plus grande extension, le front du Rif représente une frange de 350 km de long sur 50 km de profondeur, soit un ensemble humain approchant les 600 000 individus habitant des villages et des mechtas. La principale solidarité qui les unit est leur farouche désir d’indépendance et leur capacité à la défendre les armes à la main. Sur cette aptitude à la résistance armée, Abdelkrim applique la trame d’une autorité traditionnelle juxtaposée à une volonté de réformisme dans laquelle l’inspiration kémalienne n’est pas étrangère. L’émir gouverne, perçoit l’impôt et rend la justice, il commande à l’armée que conduit son frère et ses principaux caïds. Le système rifain est aussi un système militaire.

Il est difficile d’estimer le nombre de combattants qui se rangèrent derrière l’étendard de la révolte rifaine. Certains auteurs avancent le chiffre de 110 000 guerriers provenant des tribus du Rif et du nord de Fez. Ils sont pour ainsi dire la levée en masse du peuple rifain bien encadrée par les Béni Ouriaghel. La valeur est inégale et, ici, ce sont les perceptions ennemies qui sont intéressantes. Il a été souvent question d’un “bloc djebalo-rifain”, d’un “bloc rifain” ou encore d’un “Front rifain”. Ces termes, pour imagés qu’ils fussent à l’époque, ne sauraient être satisfaisants. Ils ne permettent pas d’apprécier la réalité du ralliement et la valeur du tissu d’alliances tissées entre les tribus et l’émir du Rif dans toute sa complexité.
16Il faut distinguer différents types d’alliance et d’engagement :

-le premier cercle avec les tribus Béni Ouriaghel, Boccoyas, Béni Touzine et Temsamane fournissant des levées pour trois à quatre semaines ;
-le deuxième cercle avec les tribus Djebalas et Ghomara ;
-les tribus périphériques de l’Ouergha corvéables à merci car sur la ligne des contacts (Béni Zeroual) ;
-les sympathisants qui conservèrent une attitude attentiste jusqu’au moment où les Rifains se présentèrent en armes chez eux, comme les Tsouls et les Branès, puis qui repassèrent dans le camp français quand les troupes d’Abdelkrim reculèrent.

Abdelkrim ne disposait, en fait, que de 5 à 6 000 guerriers soldés dont le tabor [13] de sa garde, les artilleurs et les mitrailleurs qui, coiffés du tarbouche noir, servaient l’artillerie du Rif (environ 200 pièces d’artillerie de campagne prises aux Espagnols). Ce noyau ne lui servait pas à combattre groupé, mais à encadrer les tribus ralliées en les empêchant de flancher.

Les contraintes du terrain et de la logistique s’opposent à la concentration, certes séduisante sur le plan stratégique, de 80 à 100 000 hommes dans une zone réduite. Les guerriers rifains, même s’ils sont réputés pour leur frugalité, vivent sur les villages sympathisants et ceux-ci n’ont pas de grosses réserves alimentaires. De plus, le potentiel militaire n’est pas synonyme de masse de manœuvre. De nombreux combattants sont disséminés dans de petites unités pour garder le territoire et veiller sur les tribus ralliées. Enfin, l’exigence de se battre sur deux fronts espagnols, celui de Ceuta et celui de Melilla, contraint rapidement Abdelkrim à disperser ses forces pour les réunir éventuellement pour une offensive. Ces facteurs permettent de comprendre que sur un front, Abdelkrim n’aligna pas plus de 20 000 combattants permanents en additionnant le noyau rifain et les contingents alliés. Aussi, ses grandes unités, les fameuses harkas qui donneront tant de fils à retordre aux armées européennes, comptent au maximum 1 000 à 4 000 guerriers chacune. Ce chiffre n’en reste pas moins conséquent quand il s’agit de manœuvrer dans un terrain compartimenté et chaotique de moyenne montagne. Lyautey, au début de la crise, le 15 avril 1925, ne peut opposer aux Rifains que cinq bataillons de manœuvre sur la quarantaine dont il dispose pour tenir tout le pays. Les renforts augmentent peu à peu, mais l’obligation de garder les postes consommateurs d’effectifs et la nécessité de sécuriser les voies de communication font que le Protectorat n’a, pendant plusieurs mois, qu’une force de réaction de seulement 20 000 hommes. Le ratio rifains-troupes mobiles françaises est donc quasiment de un contre un. Néanmoins, ce ratio, à peu près équivalent sur le plan tactique, ne suffit pas à transformer la guerre en un affrontement symétrique. En effet, la disproportion des effectifs à grande échelle milite déjà pour un rejet du conflit vers l’asymétrie. L’afflux des renforts français par l’axe Oujda-Taza fait pencher progressivement la balance. Enfin, s’ajoutant aux différences structurelles des deux armées antagonistes, c’est la nature des affrontements qui accentue la tendance asymétrique du conflit rifain.

L’asymétrie au cœur des affrontements

La guerre fut asymétrique sur le plan technologique, sur le plan tactique et surtout sur le plan stratégique.

Sur le plan matériel, il existe entre les forces du Rif et l’Armée française un différentiel technologique évident en faveur de cette dernière. L’Armée de la IIIe République, sortie victorieuse de la guerre mondiale, a atteint un degré élevé de modernité et de perfectionnement technique, même si ses matériels ont parfois mal vieilli. Les chars Renault FT 17 ou les avions Breguet 14 sont déjà en phase d’obsolescence sur un théâtre européen. Les troupes au Maroc ont une aviation de 80 appareils, une artillerie constituée de pièces de campagne et de montagne, un système de transmissions et même quelques automitrailleuses. En face, les Rifains ne jouissent pas des mêmes équipements. Ce rapport a pour corollaire une adaptation dans l’art de combattre et une démarche pour pallier ce désavantage, comme le pense Jean-Paul Charnay :


La technologie guerrière, renvoie à la notion d’acculturation tactique. Comme la plupart des campagnes coloniales, la guerre du Rif posait, notamment du côté des Rifains, le problème suivant : comment faire la guerre avec un ennemi qu’on ignore ou plus exactement dont on ne possède pas les armes ? Toute acculturation tactique commence par une recherche conceptuelle de son ennemi. Tout conflit de ce type est asymétrique [14].

Abdelkrim rencontre un problème propre à toute armée insurrectionnelle à ses débuts : la formation et l’entraînement des troupes. Si les Rifains et leurs vassaux sont des guerriers accomplis, au sens traditionnel du terme, ils n’échappent pas à la nécessité de s’approprier les nouveaux matériels acquis sur l’adversaire. Cette formation requiert des instructeurs. Les rapports de renseignement et les témoignages des captifs permettent d’évaluer à environ 500, dont environ 50 européens, les déserteurs des armées espagnole et française qui rejoignirent les rangs rifains [15]. Conscientes de la capacité des armes adverses, les Rifains épaulés par leurs mentors apprennent à creuser de remarquables réseaux de tranchées et de nombreux abris pour se soustraire aux bombardements. Ils seront capables d’étrangler de petits postes en les entourant de boyaux profonds débouchant parfois sur des galeries de sape.

23Sur le plan tactique, les Rifains continuent de pratiquer leurs méthodes traditionnelles de harcèlement. Cette “petite guerre” berbère consiste à rechercher localement la supériorité que confèrent tour à tour, la surprise, l’attaque sur les arrières, les débordements par les flancs ou l’engagement à très courte portée qui prive l’ennemi de ses moyens d’appuis. Dans cet art de la guérilla, l’artillerie a surtout valeur de symbole. “Les Rifains tirent mal au canon, mais au fusil ils sont extraordinaires. Ils tirent comme des Suisses et font des contre-attaques en débouchant par surprise à 30 mètres” [16]. Les unités sont souvent des harkas importantes qui adoptent deux modes d’action offensifs, d’une part un harcèlement omnidirectionnel, d’autre part des attaques brutales effectuées contre des troupes mal installées ou en cours de repli. En règle générale, les déplacements des Rifains et de leurs alliés se font en ordre dispersé. Cette dilution sur le terrain les rend peu vulnérables au feu des mitrailleuses, armes de saturation par excellence, et de l’artillerie. Leur grande mobilité en terrain montagneux fait le reste. Pour leurs opposants français, les premiers accrochages sont caractéristiques. Les Rifains semblent insaisissables quand les troupes régulières sont en surnombre et très nombreux quand ils tendent une embuscade à un bataillon isolé ou à un convoi muletier. Enfin, largement pourvus en fusils à répétition moderne, les tireurs rifains utilisent des cartouches sans fumée [17], ce qui surprend les soldats français habitués à des adversaires équipés de fusils traditionnels à poudre noire, les vénérables moukalas. Les troupes mettent plus de temps à repérer les tireurs isolés [18]. C’est un véritable combat asymétrique qui est mené avec une grande habileté par les guerriers marocains d’Abdelkrim. Pour toutes ces raisons, les premiers accrochages n’ont pas été aussi payants qu’ils auraient dû l’être pour les troupes françaises. Les Rifains semblent passés maîtres dans l’art de l’esquive. Lorsqu’ils se retirent, ils prennent bien soin d’enlever leurs morts. Les bilans côté français sont donc mitigés et les communiqués officiels de Lyautey ne peuvent que reprendre les comptes rendus relativement flous de ses subordonnés quand il s’agit des pertes infligées à l’ennemi. Un mythe commence à se créer dans la vallée de l’Ouergha, comme le relate le colonel Boutry en parlant des Rifains : “La sorte d’invulnérabilité dont ils jouissent les rend hardis et tenaces, tandis que nos soldats deviennent timides et hésitants à force de recevoir des coups sans pouvoir en rendre” [19]. Forts de cet ascendant moral, les dissidents étendent désormais leurs attaques aux secteurs jusque-là épargnés et conservent l’initiative stratégique jusqu’en août 1925.

Cette incapacité première à prendre l’ascendant tactique sur les Rifains suscite des réactions très critiques chez certains officiers qui s’efforcent d’analyser la vraie nature de la guerre et de proposer des solutions : “Je persiste à croire que notre système consistant à courir sus à des isolés est absolument inopérant ; à une guerre de guérillas il faut répondre par une guerre de contre-guérillas, quoiqu’on en dise, il ne semble pas impossible de réunir des partisans, indigènes ou non, des aventuriers de tout poil, qui opèreraient en petits groupes aussi légers que leurs adversaires, leurs tendraient des embuscades, les harcèleraient nuit et jour, bref leur enlèveraient l’impunité dont ils peuvent actuellement se targuer ; il n’y a qu’à y mettre le prix, cela ne coûtera pas plus cher que les pensions offertes aux parents des victimes offertes journellement aux victimes du feu ennemi” [20]. Cette infériorité des troupes régulières valait même pour les troupes marocaines qui semblaient surclassées par leurs frères en dissidence. Après coup, le général Vanbremeersh, qui avait commandé une brigade, proposa pour elles un entraînement spécifique visant à établir une parité entre combattants individuels : “Tâchons au moins de conserver à nos tirailleurs leurs qualités actuelles, très grandes encore, de rusticité, de résistance à la marche, d’ardeur guerrière en ne les traitant pas tout à fait comme de bons petits Français de vingt ans appelés pour quelques mois sous les drapeaux. Surtout conservons intacte, développons même la formule du Goum et des moghzanis qui nous donne des combattants identiques en tous points à nos adversaires, aussi mobiles qu’eux, usant des mêmes procédés de combat” [21].

L’asymétrie en faveur des rifains incita l’Armée française à changer partiellement de méthodes. Il n’y eut pas de remède radical, mais une adaptation progressive et pragmatique de solutions existantes. L’état-major du général Naulin, commandant supérieur des troupes durant l’été et l’automne 1925, adopta les directives du maréchal Pétain et créa 7 divisions pour tenir le front. Avec le colmatage du front et le repli rifain vers le Nord pour repousser les troupes espagnoles, les modes opératoires changent. On semble renoncer définitivement aux manœuvres de GM dans un environnement hostile ainsi décrites par le sous-lieutenant Beaufre : “Une colonne, c’était une petite armée de quelques bataillons avec des spahis, des partisans et de l’artillerie qui se déplaçait dans une formation en carré, codifiée depuis Bugeaud. Au centre était l’artillerie et les bagages, les bataillons déployés formaient les faces du carré, les partisans et la cavalerie escadronnaient autour. Ce carré humain, isolé au milieu du pays hostile, gravissait les collines, franchissait les oueds en conservant sa formation. Comme les bagages suivaient la piste, les flanc-gardes pitonnaient inlassablement sous un soleil de plomb”.

Paradoxalement, en octobre 1925, les attaques de ces grandes unités, appuyées localement par des compagnies de chars et de l’artillerie lourde, n’amenèrent que peu de résultats. L’ennemi refusa le combat par trop disproportionné qu’on lui proposait. On eut donc recours à l’engagement des brigades légères (fortes de 6 bataillons), utilisées en appui des forces supplétives (goumiers, moghzanis et partisans) [22]pour mener un combat dans le no man’s land. Les pertes françaises baissèrent considérablement durant l’hiver, car les combats furent sporadiques et l’emploi des supplétifs accru. Leur efficacité est incontestée selon les témoins de l’époque [23]. Tactiquement, la “petite guerre” reprenait ses droits, mais les partageait avec la guerre moderne, comme le prouvait l’efficacité des bombardements par les hydravions gros porteurs de la Marine. Cette hybridation de l’affrontement fut également portée à un niveau stratégique.

Sur le plan stratégique, la volonté conjuguée d’atteindre le cœur du Rif par une offensive de grand style et la dissociation des alliances par l’action politique sur les tribus furent la cause du succès franco-espagnol. Les méthodes rationnelles de Pétain se réconcilièrent peu à peu avec la pacification selon Lyautey.

29Au début de l’intervention de Pétain, l’orthodoxie héritée de la victoire alliée sur l’Allemagne amena un effort de rationalisation certain, qui n’était d’ailleurs possible que grâce au sésame du maréchal vice-président du Conseil supérieur de Guerre. Jouant de son influence considérable sur l’état-major général (EMG) [24], Pétain accéléra l’acheminement des renforts et pilota à distance la réorganisation du théâtre marocain en imposant un changement de l’architecture du commandement. Le général Naulin, héritant des prérogatives militaires de Lyautey en juillet 1925, devenait Commandant supérieur des Troupes et disposait d’un état-major chargé des opérations à Fez et d’une Direction de l’Arrière stationnée à Rabat. La rationalisation à tous crins atteignit ses limites sur le problème des bureaux de renseignements. Après avoir voulu, un temps, calquer le modèle des 2e bureaux métropolitains sur le théâtre marocain, car “le terme politique indigène ne contenait pour lui, en langages d’opération militaire, rien de concret” [25], Pétain décida, après conseil, d’utiliser le Service des Renseignements (Affaires indigènes) du Maroc dont on inséra les officiers au sein des 2e bureaux de divisions et de brigades [26]. Prenant ensuite la mesure de la guerre irrégulière, Pétain tira les enseignements du demi-succès d’octobre 1925 et passa la main aux officiers des Affaires indigènes pour obtenir le ralliement des tribus. Durant l’hiver, quelques officiers subalternes [27], menant des levées de partisans et des goums mixtes, combattirent au coude à coude avec les caïds locaux et taillèrent des croupières aux réguliers rifains encore présents sur l’Ouergha. Ces succès tactiques locaux eurent une vraie portée stratégique et confortèrent le commandement dans le choix d’une combinaison étroite entre action politique visant à convaincre la population et action militaire visant à détruire le potentiel adverse. Le raid du capitaine Schmidt les 8 et 9 octobre sur El Beraber, à 25 km en avant des lignes, reste un des exemples les plus fameux de cette adaptabilité à la “petite guerre”.

La réussite de l’offensive-éclair du printemps 1926 est un cas d’école à ce titre. L’avancée fut fulgurante, car le principe rifain d’infiltration des tribus fut retourné contre ses premiers utilisateurs. Les tribus furent, cette fois, travaillées en profondeurs par les AI et fournirent, le moment venu, du renseignement, des guides et même des combattants contre les guerriers du front rifain déliquescent. Les troupes régulières prirent d’assaut les quelques points d’appui qui se battirent avec acharnement, mais souvent les attaques ne rencontrèrent que peu d’opposition. La stabilisation qui suivit durant une laborieuse année (mai 1926-juillet 1927) rappelle toutefois que le temps stratégique est souvent incompressible quand il s’agit d’obtenir un effet sur une population entière. L’action des officiers des Affaires indigènes face aux tribus rentrées de dissidence fut pragmatique et efficace : “Il importe à tout prix d’apporter à cette situation intolérable tous les remèdes nécessaires ; il faut tout d’abord organiser un contrôle étroit sur les petits chefs actuellement en fonction, écarter sans ménagement ceux dont l’influence ou le loyalisme laisse à désirer et répartir enfin les fractions sous l’autorité de quelques notables dévoués et capables d’assumer les responsabilités de l’ordre et de la sécurité sur leur territoire. Le contact étroit que l’appui et la collaboration de ces chefs ainsi choisis, nous permettra de reprendre avec des populations farouches et fermées, rendra possible leur apprivoisement et leur mise en confiance” [28].

Si l’adaptation d’une armée occidentale a été profitable dans l’offensive, à l’inverse, les tentatives d’Abdelkrim pour protéger son sanctuaire avec des méthodes conventionnelles empruntées aux guerres européennes s’avérèrent inefficaces. Elles ne purent souffrir l’accumulation de moyens matériels adverses. L’incapacité des batteries rifaines, regroupant une cinquantaine de canons, à contrebattre les cuirassés et les croiseurs français du 6 au 9 septembre 1925 consacra l’isolement du Rif et son étranglement économique. En pensant qu’il pouvait vaincre deux puissances européennes sur trois directions géographiques sans aide extérieure, le leader rifain avait, semble-t-il, surestimé l’avantage tactique que représente la bataille en position centrale au détriment de la situation stratégique.

La guerre du Rif fut bien une “petite guerre” qui emprunta à la modernité ce que les combattants d’Abdelkrim purent récupérer comme armements européens. La volonté d’obtenir une symétrie pour des raisons de prestige politique, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, ne permit pas au chef rifain d’obtenir une parité technologique. Sa guerre devint une guérilla sans avenir stratégique à partir du moment où la dynamique insurrectionnelle prit fin, en juillet-août 1925, sur les contreforts de Taza et Ouezzane. Seule une guerre au sein de la population eût pu prendre le relais d’affrontements, où la disproportion des moyens condamnait à moyen terme le succès du combat mené par les tribus montagnardes.


Pour l’Armée française l’épisode rifain ébranla certaines certitudes coloniales et métropolitaines en prouvant, aux uns, que l’ennemi pouvait acquérir un semblant de parité technologique conciliable avec les tactiques de guérilla, aux autres, que la guerre européenne n’était pas complètement exportable sur un théâtre outre-mer. Le Rif constitua donc un épisode original de synthèse qui eût gagné à être théorisé pour déboucher sur des évolutions doctrinales. L’obsession allemande enterra toute velléité de le faire.

Par Jan Pascal
Cet article avait été publié initialement sur la plateforme Cairn

Notes

[1]“Cette guerre pose un important problème d’épistémologie stratégique : fut-elle la dernière campagne coloniale entraînant conquête de style classique, fut-elle la première guerre révolutionnaire préfigurant un quart de siècles à l’avance les luttes de libération ?” Jean-Paul Charnay, La Guerre du Rif-Dernière campagne coloniale ou première guerre révolutionnaire ?, Paris, Anthropos, 1984, p 9.

[2] Concernant le concept de guerre irrégulière, la définition que donne Gérard Chaliand de la guérilla nous semble convenir idéalement : “Forme de conflit particulier utilisée par le faible contre le fort, la guérilla se caractérise par le refus du combat frontal décisif, par l’emploi du harcèlement et de la surprise”.

[3] Officiellement, la guerre du Rif française couvre la période du 15 avril 1925 (attaque de la zaouïa d’Amjot) au 27 mai 1926 (reddition d’Abdelkrim).

[4] La retraite d’Anoual le 22 juillet 1921 vit la complète déliquescence du corps de bataille du général Sylvestre qui périt sans livrer bataille avec 12 000 de ses soldats. Abdelkrim récupéra dans cette affaire un important stock d’armements et de munitions, encore accru par la reddition de Monte Arrui dont la garnison fut massacrée.

[5] “[…] Le développement d’Abdelkrim, majoré par ses derniers succès, constitue une menace d’autant plus sérieuse qu’il n’y a pas là seulement le point de vue local, mais aussi et surtout tout ce qui vient se greffer là-dessus d’interventions et d’appuis extérieurs tendant à constituer au Nord du Maroc un État musulman autonome se réclamant d’Angora [Ankara] et de tout le nationalisme musulman d’Afrique du Nord, Égypte comprise. Il est maintenant hors de doute qu’autour d’Abdelkrim, on envisage une action contre nous succédant à celle contre les Espagnols”. Télégramme du 11 décembre 1924 au président du Conseil Herriot, ministre des Affaires étrangères.

[6] Troupe en armes.

[7] Centre de commandement rifain de niveau régional ou local.

[8] Gouvernement marocain alors sous tutelle française.

[9] Pour les chefs des groupes mobiles, le ravitaillement des postes devient un fardeau tactique qui hypothèque la manœuvre des bataillons. Les dissidents ont généralement investi le poste en l’entourant de tranchées et d’observatoires. Quand les colonnes arrivent aux abords du poste situé sur la crête, c’est toute une manœuvre d’attaque en montagne qu’il faut organiser pour parvenir à l’entrée du blockhaus principal.

[10] Cérémonie berbère d’origine antique lors de laquelle on égorge un taureau après lui avoir coupé les jarrets pour officialiser la soumission de la tribu.


[11] Bataillons d’Afrique constitués par les petits délinquants de métropole que la nature de leurs fautes n’excluait pas du service actif.

[12] En 1923, le service militaire est de 18 mois et la conscription s’applique également aux populations indigènes de Tunisie et d’Algérie, les conscrits représentent parfois 50 % des effectifs des régiments comme pour les tirailleurs algériens, 10 % d’entre eux viennent de métropole et constituent souvent les gradés d’encadrement qui secondent des officiers dont le bled est l’horizon quotidien, à l’exemple fameux du lieutenant de Lespinasse de Bournazel, du commandant Stefani ou des capitaines Juin et de Lattre.

[13] Terme marocain désignant une unité de la taille d’un bataillon.

[14] Jean-Paul Charnay, op. cit., p. 11.

[15] Ce chiffre doit être considéré avec précaution. Il ne s’agit pas d’un bloc cohérent de formateurs partageant la même culture et les mêmes références. C’est un conglomérat informe et complexe, une somme totale d’individualités très diverses. Le profil type de l’Européen va du légionnaire déserteur, ancien sous-officier de l’artillerie allemande au télégraphiste espagnol capturé à Anoual et menacé continuellement des pires tortures. Pour les cadres non-européens, on trouve aussi bien l’ex caporal de regulares partis volontairement que des sergents de tirailleurs algériens capturés et incités à donner des gages de fidélité en instruisant leurs frères marocains sur le fonctionnement de la mitrailleuse.

[16] Lettre du lieutenant de Perrot datée du 11 juin 1925, in En pleine mêlée marocaine, un soldat chrétien, Paul de Perrot, p. 218.

[17] Rapport Delpy. Archives SHD/Terre, série 3H carton n° 106.

[18] Une des première leçons tirées par le commandant Deslandes, commandant le 2/1er RE, concerne l’attitude à avoir contre les Rifains embusqués, même si cela doit nuire à la sacro-sainte discipline de tir en vigueur dans l’Armée française : “l’ennemi étant peu visible, il est nécessaire que chaque tireur se tienne à l’affût et tire de lui-même quand il aperçoit quelque chose”..JMO 2/1er RE Archives SHD/Terre, série 34N carton n° 310.

[19] Rapport du Colonel Boutry. Archives SHD/Terre, Série 3H Carton N° 106.

[20] Rapport du colonel Boutry. Archives SHD/Terre, série 3H carton n° 106.

[21] Rapport du général Vanbremeersh, Archives SHD/Terre, série 3H carton n° 106.

[22] Une étude des pertes de la 128e division d’infanterie du 1er septembre 1925 au 15 février 1926, donne, pour un peu plus de 6 mois, un total de 133 tués, 246 blessés ayant nécessité une évacuation, 12 disparus ou déserteurs et 798 malades. L’attrition au combat (tués, blessés et disparus) représente donc 391 hommes, ce qui équivaut à peine à 3,25 % sur un effectif moyen de 12 000 soldats et donc, par mois, à un taux de pertes au feu de 0,54 %. Ramené à un taux journalier, ce chiffre ne donne que 0,01 % de pertes au combat par jour quand celles dues aux maladies représentent 0,03 %.

[23]“ Je vois encore les partisans nous dépassant, les caïds au petit galop, les hommes les suivant au pas de course en poussant des cris aigus, puis rapidement couronnant les crêtes, incendiant les villages après quelques coups de feu ; ils pratiquaient la tactique marocaine traditionnelle, ardente au pillage, aussi prompte au repli.
Nous, les réguliers, nous peinions dans la nature au sol inégal, maquis ou maigres champs de blé et de sorgho, écrasés de soleil et de sueur, les hommes ployant sous leurs bardas alourdis des munitions de guerre, les pieds meurtris dans leurs godillots remplis d’eau à chaque passage d’oued. Encore mal entraînés, nous étions aux limites de la fatigue”. Général Beaufre, Mémoires, Plon, Paris, 1965, p. 39.

[24] Équivalent de l’État-major des Armées (EMA) actuel.

[25] Général Catroux, Lyautey le Marocain, p. 253.

[26] Il fallut l’expertise du chef du 2e bureau de l’EMG, le colonel Dumont, qui soutint le colonel Catroux, alors chef du 2e bureau de l’EM de Fez, pour ne pas détruire cet outil de maillage territorial dirigé par le colonel Huot, dont Pétain pensait qu’il avait failli à anticiper l’insurrection.

[27] Capitaine Schmidt commandant le 16e Goum mixte avec pour adjoint le lieutenant de Bournazel, capitaine Maestracci commandant le 10e Goum mixte.


[28] Lettre du général de Chambrun, commandant la région de Fez au colonel Huot, commandant le territoire d’Ouezzane, datée du 15 juin 1927, SHD Terre, série 3H, carton n° 2297.

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