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25 avr. 2020

Un jihadiste de l'EI jugé pour génocide contre les Yazidis en Allemagne


Un membre présumé de l'Etat islamique (EI) comparaît à partir de vendredi en Allemagne pour génocide et le meurtre d'une enfant de la minorité yazidie qu'il avait réduite, ainsi que sa mère, à l'état d'esclave.

Présenté comme Taha al-J., 37 ans et originaire d'Irak, il est également accusé de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et trafic d'êtres humains devant le tribunal régional supérieur de Francfort.

Son épouse, l'Allemande Jennifer Wenisch, comparaît de son côté depuis un an devant une cour de Munich pour le meurtre de la fillette, que le couple est accusé d'avoir laissé mourir de soif en 2015 à Falloujah, en Irak.

L'ouverture de l'audience en avril 2019 avait été considérée comme le premier procès au monde des exactions commises par l'organisation jihadiste à l'encontre des Yazidis, une minorité kurdophone du nord de l'Irak, persécutée et asservie par les jihadistes à partir de 2014.

La mère de l'enfant, présentée par la presse comme Nora, a témoigné à plusieurs reprises à Munich du calvaire qu'elle affirme avoir subi avec sa petite fille, Rania.

Selon l'acte d'accusation, Taha al-J. avait rejoint dès mars 2013 les rangs de l'EI et occupé jusqu'à l'an dernier diverses fonctions pour le compte de l'organisation à Raqqa, "capitale" du groupe EI en Syrie, mais aussi en Irak et en Turquie.

"Esclaves"

La justice allemande lui reproche notamment d'avoir "fin mai-début juin 2015 acheté comme esclaves" une femme de la minorité yazidie et sa fillette de cinq ans et de les avoir emmenées à Falloujah, où elles ont subi de graves sévices et été en partie privées de nourriture.

Après de nombreuses maltraitances, au cours de l'été 2015, la petite fille avait été "punie" par l'accusé pour avoir uriné sur un matelas, et attachée à une fenêtre à l'extérieur de la maison où elle vivait enfermée avec sa mère par des températures autour de 50°C.

La fillette est morte de soif tandis que la mère avait été contrainte de marcher dehors pieds nus, s'infligeant des brûlures graves en raison de la chaleur extrême du sol.

Les deux victimes avaient été enlevées à l'été 2014 après l'invasion par l'EI de la région irakienne du Sinjar. Elles avaient ensuite été à plusieurs reprises "vendues" sur des "marchés aux esclaves", selon le parquet.

Placé sous haute surveillance policière, ce procès devrait s'étaler au moins jusqu'à la fin août.

Interpellé en Grèce le 16 mai 2019, l'accusé avait été remis à l'Allemagne le 9 octobre et placé en détention provisoire le lendemain.

Potentiel génocide

Au procès de Jennifer Wenisch, la mère de la petite victime est représentée par l'avocate libano-britannique Amal Clooney et par la Yazidie Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle de l'EI et co-prix Nobel de la paix 2018.

Les deux femmes sont à la tête d'une campagne internationale pour faire reconnaître les crimes commis contre les Yazidis comme un génocide.

Néanmoins, prouver l'existence d'un génocide devant la justice s'avère difficile car la volonté d'anéantir tout un groupe comme les Yazidis doit être avérée, selon des spécialistes.

"Il n'y a souvent pas d'ordre d'anéantir", explique à l'AFP le juriste de l'Université de Leipzig Alexander Schwarz. "Il n'y a pas d'instructions écrites dans lesquelles figure: +Anéantissez les Yazidis+".

La petite minorité ethno-religieuse yazidie est considérée comme la plus persécutée par les jihadistes, qui ont réduit ses femmes à l'esclavage sexuel, enrôlé de force des enfants-soldats et tué des hommes par centaines.

En août 2014, l'EI s'est livré, selon l'ONU, à un potentiel génocide: d'après leurs autorités, plus de 1.280 Yazidis ont été tués, et plus de 6.400 Yazidis ont été enlevés.

Irakiens non-arabes et non-musulmans, de nombreux Yazidis ont trouvé refuge en Allemagne, notamment dans le sud-ouest du pays où des femmes et leurs enfants, victimes de viols répétés, ont été pris en charge et soignés. Parmi les bénéficiaires de ce programme mis en place fin 2014 figurait Nadia Murad, qui parcourt aujourd'hui le monde.

Par AFP

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