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Une propagande « hors norme » du Maroc sur les masques sanitaires qui fait peur

Le 17 mars 2020, Mohammed VI convoque au palais royal de Casablanca un comité restreint pour gérer la crise sanitaire du coronavirus. Heu...


Le 17 mars 2020, Mohammed VI convoque au palais royal de Casablanca un comité restreint pour gérer la crise sanitaire du coronavirus. Heureux hasard du calendrier, le confinement commence le même jour en France. Tout comme ce qui avait été décidé en France les citoyens ne sont autorisés à sortir que pour se soigner, aller au travail ou faire des courses de première nécessité. Mais, le parallèle franco-marocain s’arrête ici. Les policiers circulent dans des véhicules munis de haut-parleurs et appellent les gens à rentrer chez eux. Le 20 mars, les autorités prennent une direction qui éloigne le pays de la gestion française. Forte d’un savoir-faire répressif confirmé à maintes reprises dans l’histoire du royaume chérifien, des unités de blindés de l’armée patrouillent dans les grandes villes comme pour mieux intimider les récalcitrants. Le 7 avril le port du masque est rendu obligatoire dans l’espace public. Dès lors, dans ce pays de 36 millions d’habitants, le royaume mobilise ses entreprises de textile pour fabriquer des masques grand public 100 % marocains, vendus 0,8 dh (0,07 euro l’unité). Le royaume du Maroc se lance alors dans une vaste offensive médiatique. Le ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, annonce le 13 avril que la production de plus de 3,2 millions de masques par jour a été dépassée. Les autorités déclarent que 13 millions de masques ont été à cette même date distribués dans les commerces de proximité. Un « succès » qui pourrait conduire les responsables marocains à entonner « We are the champions » comme pour mieux se convaincre de la supériorité de la politique marocaine à l’échelle du monde entier.

En France, le quotidien Le Monde fait cependant état dans un article publié en ligne le 1er mai d’une réalité bien différente du discours officiel marocain. Il rappelle notamment : « Distribués dans un premier temps dans les grandes surfaces par paquets de 50 et de 100, les millions de masques promis par le gouvernement pour couvrir les besoins de la population se sont comme évaporés ». Le quotidien appuie son analyse par les propos du responsable d’une grande enseigne à Casablanca qui confie « qu’au fur et à mesure, on en a reçu de moins en moins, jusqu’à ne plus en recevoir du tout. Il paraît qu’il y a des magouilles dans le circuit de distribution. » Le ministre de l’industrie, Moulay Hafid Elalamy, se voit forcé de reconnaître que des dérapages auraient été constatés au début, mais évoque, selon Le Monde, une situation désormais sous contrôle.


Dès lors les chiffres du nombre de masques produits par jour et par semaine au Maroc inondent les salles de rédaction de la presse du monde entier. Le « We are the champions » des autorités marocaines peut ainsi être exporté au-delà des frontières nationales. En France, deux hommes politiques reprennent la chanson du Makhzen qu’ils traduisent et adaptent dans une nouvelle version, « Le Maroc est champion ». Florian Philippot, un ancien dirigeant du Front national à la tête aujourd’hui d’un mouvement politique groupusculaire, Les Patriotes, soutient sur sa page Facebook que le « Maroc a mis KO la France ». Il se vante du prix modique de ces masques commercialisés au Maroc à 8 centimes. Dans la foulée, il cite les chiffres beaucoup moins élevés de victimes du coronavirus au Maroc qu’il compare à ceux très élevés enregistrés en France… Le constat serait parfait s’il n’avait pas omis de préciser que le Maroc n’a rien de particulier à l’échelle du continent africain, et s’il avait remarqué que la France ne se distingue en rien de la situation préoccupante constatée dans le sud de l’Europe et en Grande-Bretagne. Pris dans son élan patriotique marocain, Florian Philippot ne se pose même pas la question de savoir ce que valent les statistiques au Maroc ou plus généralement dans les pays Africains alors même que celles produites dans les pays européens sont critiquées et vues comme très parcellaires par les médias et par la population de ces pays. A l’autre extrême du spectre politique français, le même chant « Le Maroc est champion » est repris par un autre patriote, mais cette fois-ci dirigeant de la France insoumise. Lors du débat qui suit la présentation du plan de déconfinement du gouvernement français le 28 avril, Jean-Luc Mélenchon se montre éblouit par la bonne gouvernance marocaine. Et de s’exclamer dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale française : « (…) des réquisitions de la totalité de l’industrie textile pour qu’ils produisent les masques dont nous avons besoin à l’image du Maroc que nous devrions imiter dans ce domaine parce qu’il parvient à cette performance ». L’insoumis Mélenchon peut alors faire acte de soumission au système marocain : « Oui, ben le Maroc c’est très bien, c’est mon pays natal et je pense qu’il mérite votre admiration. ». Les brillantes analyses dénonçant la mondialisation que l’homme politique répandait à tue-tête depuis des années disparaissent d’un seul coup de baguette magique. L’homme en va jusqu’à oublier de se poser des questions pourtant si élémentaires. Si le Maroc est capable de produire en grand nombre autant de masques en aussi peu de temps, cela ne tiendrait-il pas en ce que la mondialisation a conduit à la délocalisation des industries textiles européennes dans des pays comme la Turquie, le Bengladesh… et le Maroc ? Peu importe les salaires de misère des ouvriers et ouvrières au Maroc, peu importe le respect d’un droit du travail, peu importe de savoir si ces masques respectent des normes, peu importe de savoir s’il existe même des normes au Maroc, peu importe de ne pas avoir une pensée pour les patients traités dans des conditions déplorables dans les hôpitaux… l’essentiel est de dire au Président Macron qu’il n’est pas à la hauteur du champion marocain. La fiabilité des arguments avancés apparaît des plus douteuses lorsqu’on sait que ces personnalités françaises qui défendent les masques du régime marocain n’ont jamais prononcé ne serait-ce qu’un seul mot de soutien pour les prisonniers politiques au Maroc et jamais dénoncé la corruption, l’état de droit divin, la répression que subit le peuple dans tout le pays et dans le Rif où le mouvement démocratique du hirak a été écrasé sous la botte du régime.

Qu’en est-il alors précisément de la qualité de ces masques ? La question a été posée début avril par la presse marocaine...Un grain de sable venu contrarier la mécanique communicationnelle du Makhzen.



Dans l’édition du 8 avril, l’éditorialiste du journal Maroc Hebdo déplore en effet la qualité de la production marocaine : « Ce masque que vous avez subventionné pour être vendu à 0,8 dh TTC est un « chiffon » qui ne protège personne. Et le pire, c’est que les conditions d'hygiène qui accompagnent sa production dans certaines usines et sa distribution (notamment dans les épiceries et les supermarchés) sont déplorables et peuvent être un facteur de contamination à large échelle ». Depuis, l’article a disparu du site internet de l’hebdomadaire. Pourquoi aurait-il été retiré devant la vérité prétendument irréfutable de la bonne qualité de ces masques ?




Cette question et plus généralement la question de la qualité des masques sanitaires n’ont pas droit de citer dans le chant des patriotes du monde entier. Le site internet le360.ma, un site acritique de la Monarchie, met en valeur le propriétaire d'un atelier de confection à Tanger qui produit des masques sanitaires aux couleurs du drapeau national destinés aux médecins et aux policiers de la ville. « C'est un tissu solide et sain, on peut le laver autant de fois qu'on le souhaite et le stériliser comme on le veut », confie-t-il au journaliste satisfait de la réponse. Des lavages à l’infini… alors que les masques lavables en France testés et reconnus par la Direction générale de l’armement (DGA) ne sont assurés d’une conformité d’au maximum 30 lavages. Le Maroc est vraiment champion…

Par Hassan Oumessaoud