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14 juil. 2020

Walid Mimoun... comment vous parler de cet être hors du temps ?

DR
Ainsi nommait-on autour de moi, bien avant que je le rencontre, ce légendaire poète chanteur...

Bien avant de le connaître, j’avais entendu, pleurée sur trois accords, la nostalgie de "dccar inu"...

On m’avait raconté ses années de galère dans nos infernales cités du Nord où semblent régner tant de liberté et de richesse, et, cependant, galères grâce à lui productrices de réflexion, d’espoir et d’action.

Bien avant de savoir ce qu’est réellement un "amedhyaz", j’avais vu s’organiser, peu ou prou, des réseaux de survie pour ces "amuseurs publics"...

Mais j’ignorais encore — hormis celle, inégalée, que confère l’exil — la place centrale, vitale que gardent ces poètes pour les amoureux de la langue que sont les Imazighen.

Il devait être écrit que je n’en resterais pas là et qu’à mon tour j’aurais l’insigne honneur d’entrer dans cette danse.

Walid Mimoun...

Comment vous parler de cet être hors du temps ?

Évoquer nos troubadours de jadis et les cours d’amour, les preux chevaliers sans peur et sans reproche, les fées et les légendes ?

Qui donc aujourd’hui se soucie de cela, à l’heure de la compétitivité tous azimuts ?

Et pourtant, pour nous aussi, égarés des brumes froides, il est plus qu’indispensable de retrouver les chemins des racines, de l’enfance et de toutes ces choses futiles qui rappellent que la vie est brève et que tout a si peu d’importance à coté d’un verre de bière ou de thé partagés au coeur brûlant d’une amitié...

Où sont-ils donc, nos poètes "qu’alors-y-faire" ?

Mais, plus que de nostalgie, ces merveilleuses chansons de Mimun nous parlent d’une réalité bien loin de ces temps d’épopées... même si les méchants rois, les ogres et les sorcières sont hélas toujours bien vivants...

Il nous parle de dure misère, de faim, d’injustice, de torture, de non-droit à dire dans sa langue maternelle, de négation d’identité au profit d’une culture dominante où l’argent fait si bien le malheur du plus grand nombre...

Non, non, ce n’est pas si loin, tout là-bas dans ces pays de beau soleil: c’est ici, sur nos propres trottoirs, dans nos abribus tout cassés du même déni de parole et de justice !

C’est sans doute pour cela qu’il est si important qu’il nous reste et qu’il chante, qu’il insuffle à nos matins déjantés la force, le courage et l’intégrité qu’il a su préserver malgré, comme on dit, les vissiscitudes d’une vie pleine d’embûches...

Pour nous et pour les générations futures avec qui nous avons tant besoin de croire qu’il est possible encore, peut-être, qu’il n’est pas tout à fait trop tard, juste "moins une"... ?

Cette langue qui n’est pourtant pas la mienne mais qui m’a prise au coeur, écoutez-la vibrer: vos oreilles vont s’ouvrir à des flots d’éternité, la longue marche des hommes et des femmes, le lent voyage d’une force qui refusera à jamais de se soumettre au désespoir de l’adversité.

Cette langue est vivante, quoi qu’on tente pour l’arrêter !

Et nos poètes sont là pour nous en faire rêver et la faire perdurer !

Par Dominique BOEL

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