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1 août 2020

Muhend Abdelkrim - "Di Dewla n Ripublik" par Aumer U Lamara

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Le livre "Di dewla Ripublik" reprend les principales étapes du soulèvement, de l'organisation de la guérilla et de la construction de la République du Rif en expliquant les mécanismes internes de la société dans ses réflexes amazighs : mobilisation, autonomie et efficacité pour intégrer les nouveaux concepts militaires et la construction d'une république moderne, non coupée de la culture amazighe 


("Di Dewla n Ripublik" / "Au temps de la République", comme on dit encore dans le Rif, et aussi dans d'autres régions du Maroc, quand on parle de la République du Rif).

La République du Rif a été fondée en février 1923 sur la base de la bataille, de l'honneur et du savoir. Elle a été l'événement déclencheur du mouvement mondial contre le colonialisme à partir des luttes pour l'indépendance politique, engagées après 1945.

La République du Rif a été construite sur le substrat de tribus autonomes, et elle a intégré avec succès, en seulement trois ans et avec des moyens limités, de nombreuses contributions extérieures qui ont permis de construire un État moderne et une armée populaire.

Muhend Abdelkrim n At Khettab n At Yusef U Aâli, de la tribu At Waryagen, plus connu sous le nom de "Mohamed Abdelkrim El Khettabi", en a été le principal organisateur et acteur. Il a réussi à faire une synthèse efficace entre le mode d'organisation sociale et autonome amazigh, le réformisme islamique et la modernité espagnole, avec un haut niveau de soutien et de mobilisation populaire.

Pour l'aspect militaire, les Rifains armés ont vaincu l'armée espagnole, vaincu l'armée française, et ont mené un projet de modernisation de leur société où chaque citoyen manie le fusil aussi bien que la faucille du fermier.

Contrairement à la croyance populaire, la jeune République rifaine n'a pas été vaincue par les 100 000 soldats espagnols, les 350 000 soldats français, les 44 bataillons, les 73 avions militaires qui ont largué 11307 bombes, dont certaines au gaz mortel, "gaz moutarde", larguées sous les ordres du maréchal Lyautey et du maréchal Pétain.

La défaite de la République rifaine dans sa dynamique de libération et d'émancipation, à partir du Rif, pour englober tout le pays "d'Ajdir à Agadir", et ensuite pour englober Tamazgha, est due principalement aux forces arabo-islamiques dirigées par le Sultan alaouite et plusieurs Zawiyas manipulées par les offices coloniaux, les "Bureaux des affaires indigènes" français et les "Oficinas de indigénas" espagnols.

Au cours de l'année 1927, Muhend Abdelkrim a reconnu lui-même que parmi les causes principales de la défaite : " les cheikhs se sont opposés à moi [...] Je dois préciser que je n'ai trouvé aucune motivation dans le Rif pour réaliser mes projets de réforme. Certains petits groupes ont compris mes idées et m'ont aidé... ".

L'alliance objective du sultan Moulay Youssef et de la France, après le tristement célèbre appel à l'intervention de son frère Moulay Abdelhafid en 1911 qui a conduit au protectorat français en 1912, a transformé par la suite la lutte de libération (nationalistes d'un côté du Rif et autres colonisateurs français et espagnols), en une guerre civile entre Marocains, afin de préserver le trône alaouite et la colonie.

Le sultan Moulay Youssef a envoyé des soldats pour se battre contre le Rif, il a fait lire son appel dans les mosquées et les marchés de Fès, de Taza et de la région pour encourager les Marocains à ne pas suivre Abdelkrim et à le combattre. En 1925, il a demandé plus fermement à la France : "Je ne veux pas traiter avec Abdelkrim, je souhaite que vous débarrassiez le Maroc de ce rebelle."

Lorsqu'en 1925, les Rifains armés et l'armée régulière du Rif ont poussé le déploiement du mouvement vers le sud pour sortir du Rif et se répandre dans toute la région à partir de Taza, Fès et Ouezzane et en soulevant dans leur mouvement des tribus, pour engager tout le Maroc dans la guerre de libération, l'action du Sultan et de ses complices de la bourgeoisie Fassi a déjà manipulé la société. Les défections de nombreux villages et tribus ont entraîné des combats intestins et freiné l'action rapide des libérateurs rifains.

Le livre "Di dewla Ripublik" reprend les principales étapes du soulèvement, de l'organisation de la guérilla et de la construction de la République du Rif en expliquant les mécanismes internes de la société dans ses réflexes amazighs : mobilisation, autonomie et efficacité pour intégrer les nouveaux concepts militaires (commandement unifié, guérilla, mobilité, formation, positions défensives, ...) et la construction d'une république moderne, non coupée de la culture amazighe (assemblée démocratique des tribus, organisation de la justice, établissement de prisons républicaines jusqu'alors inconnues en pays amazigh, réseaux de communication entre les tribus et les villages, ...).

Ce livre comble les lacunes des études et des articles ont été publiés jusqu'à présent sur cette période plus que jamais d'actualité pour l'Afrique du Nord.

Il montre comment la complicité de la dynastie alaouite avec le colonialisme français a évolué depuis la guerre du Rif, détournant le mouvement de libération nationale au Maroc et en Afrique du Nord, préoccupation stratégique de Muhend Abdelkrim, en intégrant le parti Istiqlal dans sa vision arabo-islamique.

L'indépendance du Maroc octroyée en 1957 est la négation de la bataille d'Anoual et de la République du Rif. L'action du Makhzen s'inscrit dans la continuité de la politique arabe de la France, du projet de royaume arabe de Napoléon III et du modèle archaïque de société imposé par la force, la tromperie et la mystification du pouvoir par les monarques et la bourgeoisie urbaine arabo-islamique.

Aujourd'hui, la République du Rif est pour tout le territoire de Tamazgha (Afrique du Nord, Grand Maghreb, etc.), un repère historique et une perspective d'avenir.

L'expérience du Rif a montré que la culture du peuple est primordiale dans tous les aspects de la société, dans ses luttes défensives, ainsi que dans ses projets de construction et ses progrès.

Le livre "Di Dewla Ripublik" se termine par une réflexion très optimiste de Muhend Abdelkrim : "Je suis convaincu que mes aspirations se réaliseront tôt ou tard, par la force des choses...".

À propos de l'auteur :

Aumer U Lamara est un physicien (PhD) ; il a été étudiant des cours de berbère enseignés par Mouloud Mammeri à l'Université d'Alger. Il a été auparavant enseignant et chercheur dans différentes universités et écoles d'ingénieurs. Il est actuellement cadre dans une société multinationale.

Il a publié des livres en langue tamazight :

1- Iberdan n Tissas (Voies d'honneur), biographie militante de Mesâaud At Ammar (Oulamara), officier de l'ALN, 1934-1965, éd. Le Pas Sage, Alger 2007.

2- Agellid n Times (Roi du feu), roman, internet 2007 ; à paraître aux éditions Achab, Tizi ouzou.

3- Tullianum - Taggara n Yugurten (Fin du Roi Yougouren), roman historique, internet et Haut Commissariat à L'Amazighité (HCA), Alger 2009

4- Omaha Beach - Ass-a d Wussan (D-Day and memories), roman, internet et éd. du Festival National du Film Amazigh, Alger 2010

5- Muhend Abdelkrim - "Di dewla n Ripublik", Etude historique sur la Guerre du Rif et la République Rifaine, internet 2011, à paraître aux éditions Achab, Tizi ouzou.



Lire l'article original en anglais sur Agraw

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