Les derniers articles

Post Top Ad

Your Ad Spot

6 sept. 2020

La littérature rifaine ; de la tradition orale à aujourd'hui de Hassan Banhakeia


Retour sur le développement de l’écriture amazighe en Afrique du Nord


Quelle est la situation de la littérature amazighe ? Aurait-elle existé dans un passé lointain ? La littérature inclue-t-elle l’oralité ? Quelles en sont les perspectives ? C’est à travers ces thématiques que répond le livre La Littérature rifaine, de la tradition orale à aujourd’hui (L’Harmattan), de l’universitaire Hassan Banhakeia. D’emblée, le chercheur relève “l’erreur qui apparaît dans l’équation suivante : s’il n’y a pas d’œuvre ancienne en tifinagh, il n’y aura pas de littérature amazighe”. Or, comme le décrit Hérodote (Ve siècle avant J.-C.), l’alphabet tifinagh a existé depuis la nuit des temps. Comment l’existence d’un alphabet n’a-t-il pas permis le développement d’une littérature amazighe ? Dans la zone étudiée (le Rif), “il n’y a pas de bibliothèque qui sauvegarde les œuvres rifaines publiées. Peu d’archives témoignent de son existence physique”. Partout, la culture amazighe reste essentiellement orale : poésie, contes, chants... La littérature écrite connaît une certaine évolution, due à des initiatives d’auteurs ou aux timides progrès consécutifs à l’institutionnalisation de tamazight dans quelques pays. L’auteur pose une autre question : “Faut-il plaindre les anciens nord-africains de ne pas avoir produit une littérature écrite dans leur expression ou de ne pas l’avoir préservée en cas d’existence réelle ? Ils possèdent pourtant l’écriture ou l’alphabet requis pour une telle pratique.” Concernant le Rif, Hassan Banhakeia s’interroge sur sa littérature “après l’introduction timide de tamazight à l’école en 2003.


Les librairies locales exposent rarement des textes écrits en tarifit (…) Les bibliothèques scolaires s’efforcent à ne pas en acquérir, les militants méconnaissent les œuvres éditées et personne n’en parle dans les cafés. Les tirages sont modestes, les recueils de poésie, les romans et les pièces de théâtre ne se vendent pas bien : la distribution est presque inexistante. Tout cela constitue la preuve évidente qu’une littérature est, avant tout, minorée par ses propres parlants”. Comme il existe d’autres causes que l’auteur désigne par la notion de “communauté minorée” ou de “culture minorée”, investissant ainsi les champs historique, idéologique et politique. Reconnaissant que le chemin est long “pour consolider le système des références nord-africaines”, Hassan Banhakeia pose les jalons d’un épanouissement de la littérature tarifit et amazighe en général : “Dans les œuvres publiées, il y a un cheminement à s’écarter de l’empreinte de l’oral, à réduire le flux des emprunts souvent dérangeants dans l’établissement et parfois signe d’aliénation. Le jeune écrivain montre non seulement de la vitalité, mais prend conscience de l’importance de la tradition locale.”


Le chercheur avertit : “Cette façon de se réapproprier l’héritage ne peut se réaliser seulement par l’usage de la langue primaire. Elle se précise aussi en un intérêt constant pour les trois genres consacrés : le roman, la poésie et le théâtre.” L’autre espoir viendrait de la traduction qui ferait entrer tamazight dans le monde des lettres. En conclusion, affirme Hassan Banhakeia, “mémoire et histoire ne s’opposent pas, mais elles se distinguent l’une de l’autre. Si la mémoire préserve la parole, l’histoire se met du côté de l’écrit (institutionnel). Précisément, la mémoire énumère les contes, les légendes, les distiques et les fables (oralité). Par contre, l’histoire ne peut retenir tout cela : elle est fixation (officielle, institutionnelle) des normes”.


Par Ali Bedrici

Source: Liberté

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Post Top Ad

Your Ad Spot

Pages